Menu de pages
TwitterRssFacebook
Menu de catégories

Publié par le 21 nov, 2013 dans Cinéma | commentaires

Finding Vivian Maier / John Maloof et Charlie Siskel – RIDM 2013

finding-vivian-mayer-poster-m

Peut-être avez-vous déjà eu vent de l’histoire de la photographe Vivian Maier. Elle s’est beaucoup promenée dans la dernière année. Gardienne d’enfants à Chicago depuis les années 1960, Maier est morte en 2009 dans une solitude quasi complète, laissant derrière elle des boîtes et des boîtes de photographies de rue d’une grande qualité.

Personne du milieu de la photo n’avait entendu parler d’elle jusqu’à ce qu’un passionné d’histoire, John Maloof, ne tombe par hasard sur ses photos dans un marché aux puces. Ne trouvant aucune information sur cette photographe dont le talent était indéniable, Maloof a débuté une enquête et documenté sa recherche en vidéo, s’alliant Charlie Siskel en cours de route à la co-réalisation. L’histoire de cette recherche doublée de nombreuses photos de Maier compose le documentaire Finding Vivian Maier, présenté aux RIDM.

Vivian Maier

John Maloof a abordé son sujet comme un historien ou un archéologue, en utilisant les artefacts dont il disposait et les témoignages des contemporains de Vivian Maier pour reconstituer l’histoire et la personnalité de la photographe dont on ne connaissait rien. La technique comporte de nombreuses qualités, mais il y a toujours ce danger de surinterpréter les différentes trouvailles, à la manière du biographe qui utilise un événement de l’enfance de son sujet pour éclairer l’ensemble de ses décisions d’adulte: “Toute sa vie, le petit Jacques a cherché chez les autres cet ourson en peluche perdu à l’âge de 4 ans.” Oui… bon. Vous voyez l’idée.

Vivian Maier

Qu’on se comprenne bien: je ne discrédite en rien le travail des historiens et des archéologues ici, mais Maloof touche un peu au genre d’égarement décrit plus haut quand vient le temps de justifier sa propre démarche d’enquête. Au cours du documentaire, il est révélé à plusieurs reprises que Vivian Maier était une femme très secrète qui ne voulait pas qu’on ait accès à sa vie privée. Elle n’a jamais publié son oeuvre non plus. Pourquoi? Mystère. En connaissance de cause, Maloof devrait-il fouiller sa vie privée et publiciser ses photos comme il le fait? Sa seule réponse dans le film consiste en la trouvaille d’une lettre, adressée par Vivian Maier à un tenancier de boutique et lui proposant un partenariat pour l’impression de ses photos, lettre qui, à en croire les images, n’a jamais été postée. À la caméra, le chercheur l’interprète pourtant comme une preuve que la photographe voulait publier son oeuvre et que sa propre démarche est ainsi légitime. Voilà qui me semble un peu court.

Bien qu’il soit un excellent enquêteur et que son travail apparaisse rigoureux en général, Maloof est tellement enthousiasmé par son sujet qu’il l’écrase, parfois. Le titre du film est déjà éloquent en soi: Finding Vivian Maier. Trouver Vivian Maier. La quête de John Maloof et son désir de résoudre les mystères prennent le dessus sur la dame dont il parle. Et sa quête est fascinante, c’est bien le pire! D’où le danger pour les réalisateurs, comme pour les spectateurs, d’oublier la personne de Vivian Maier pour en faire un objet de fascination désincarné, une fiction que tous se racontent ensemble et à accoler aux nombreuses photos de l’artiste.

Malgré ce malaise, je n’irais pas jusqu’à recommander de ne pas écouter Finding Vivian Maier.  Il faut le répéter: les photos (artefacts bien réels, traces physiques laissées par Maier et trouvées dans un marché aux puces) sont superbes. L’histoire de ce jeune homme qui découvre un tel trésor et de sa curiosité (compréhensible) face à celle qui l’a légué est fascinante. Mais alors, peut-être faut-il aborder le film comme tel: l’histoire de John Maloof. Pas celle de Vivian Maier. Madame Maier, elle, a choisi de ne jamais raconter la sienne.

Bande-annonce:

À écouter aussi, un épisode spécial de l’émission This American Life dans lequel un segment est consacré à Vivian Maier. Il en coûte 5$, mais toute l’émission vaut l’écoute.

Finding Vivian Maier sera présenté à nouveau le 24 novembre à 21h au Cinéma du Parc, dans le cadre des RIDM.

À propos de Dominique Charron


Dominique danse depuis qu'elle est toute petite, tant en ballet classique qu'en danse moderne et contemporaine. Elle a aussi étudié le cinéma et la littérature par le passé. Entre ses cours actuels de science politique et d'anthropologie, elle se fait chroniqueuse Premières Nations à Canal M et alimente le Tumblr d'actualité autochtone Peuples visibles. Elle a aussi collaboré comme recherchiste au magazine radio Dans le champ lexical.



%d blogueurs aiment cette page :