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Publié par le 15 nov, 2013 dans Théâtre | commentaires

Orphelins – Théâtre La Licorne

Orphelins_06_ph S ONeill

Après avoir brillamment orchestré Après la fin en 2008, Maxime Denommé s’est replongé dans l’univers de Dennis Kelly avec Orphelins. Grand succès de la saison 2012 de La Licorne (et pour cause), la pièce s’est promenée un peu partout au Québec avant de revenir à Montréal ces jours-ci.

Dans chacune de ses pièces, Kelly explore la question de la violence latente en chacun. Et il réunit les conditions pour que celle de ses personnages finisse par jaillir. Dans Orphelins, c’est l’irruption soudaine de Liam, le chandail recouvert de sang, qui poussera sa sœur, Helen, et le copain de celle-ci, Danny, dans leurs derniers retranchements. Surexcité, Liam expliquera de façon confuse l’origine du sang, ce qui sera le point de départ d’une escalade de violence entre les amoureux. Même si le mystère entourant les agissements du frère constitue un enjeu important de l’histoire, c’est davantage le dévoilement graduel des valeurs profondes des personnages (et la laideur qu’elles peuvent cacher) qui est savoureux.

Orphelins_02_ph S ONeill

Grâce à ses dialogues rythmés (finement traduits par Fanny Britt), Kelly s’illustre. La partie non assumée de la pensée des personnages est transmise par le non-dit : les phrases qui achoppent, l’irruption de tics nerveux, les hésitations, les intonations. À ce chapitre, Steve Laplante, en Danny, est excellent. Il sait rendre la plus petite de ses inflexions vocales significatives. En outre, les répliques graves et anodines se côtoient, formant des contrastes hilarants, car malgré la tension, Orphelins est empreinte d’un humour noir réjouissant. À cause de cet humour, Kelly réussit à aborder sans lourdeur la question de la xénophobie et celle de la difficulté à composer avec le monde en restant intègre. Par sa façon de recréer la manipulation domestique et ses sophismes, il fait aussi montre d’une grande lucidité vis-à-vis la nature humaine. Evelyne Rompré incarne une soeur et une mère parfois si manipulatrice qu’elle fait sursauter l’audience et Étienne Pilon s’en tire bien dans un rôle d’écorché vif qui pourrait être casse-gueule. Olivier Landreville au décor et Éric Forget à la composition sonore parviennent à nous évoquer une ville envahissante, voire inquiétante, autour de l’appartement propret du couple.

Comme l’ensemble a quelque chose de cinématographique, cette pièce convaincra même votre ami qui a peur du théâtre. C’est le temps de l’inviter.

À voir.



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