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Publié par le 31 oct, 2013 dans Bande dessinée | commentaires

Croquis de Québec – Guy Delisle / Éditions Pow Pow

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En plus de Zviane, dont je vous parlais récemment, Pow Pow a repêché un autre gros nom, en la personne de Guy Delisle, connu pour ses chroniques de voyages à l’étranger (Pyongyang, Shenzen, Jérusalem, Birmanie). Originaire du Québec mais vivant en France – et ailleurs! – depuis un bon moment, Guy Delisle a eu l’occasion de revisiter la Capitale provinciale à l’occasion du Festival de la Bande Dessinée Francophone de Québec en juillet 2012.

Dans ses premiers albums de voyage, soit Shenzen et Pyongyang, Delisle avait démontré un savoir-faire d’illustrateur extrêmement impressionnant, et avait proposé un dessin dense, riche et chargé. Il est ensuite passé à une approche plus directe, basée sur le trait fin et les aplats de couleur, dans Chroniques de Birmanie et Chroniques de Jérusalem. J’ai une préférence pour ses premiers albums, mais je peux comprendre qu’il devienne tentant pour un bédéiste d’adopter un style moins laborieux – j’ai d’ailleurs remarqué une tendance générale allant vers l’épuration à mesure que les bédéistes vieillissent. Croquis de Québec constitue en ce sens un point culminant dans l’esthétique épurée du dessin de Delisle, qu’il élabore depuis quelques albums.

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La plupart des lecteurs de bande dessinée ne saisissent peut-être pas immédiatement l’intérêt de «lire» un recueil de dessins. On lit habituellement de la BD pour les récits, et Delisle a un talent de conteur très certain, doublé d’un sens de l’humour efficace, et on pourrait être déçu de l’absence de personnages, d’histoire ou de dialogues dans Croquis de Québec. Mais ce serait une déception aussi ridicule que celle exprimée par un spectateur qui se rendrait à un spectacle de patinage artistique et en déplorerait le manque de buts comptés ou de mises en échec, puisque, après tout, il y avait une glace et des patins.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, il y a une corrélation entre patinage artistique VS Hockey et album de BD VS recueil de dessins. On saisit mieux l’enjeu quand il y a un objectif clair, comme c’est le cas au hockey et dans un récit en bande dessinée, mais c’est justement l’absence d’objectif qui permet de mieux apprécier les prouesses techniques du patinage artistique et du recueil de dessin (*).

C’est justement l’absence de récit dans Croquis de Québec qui permet une “confrontation” avec le dessin de Delisle, qu’on peut apprécier à sa juste valeur puisqu’il n’y a pas de récit pour détourner notre attention. Qui plus est, les paysages de Québec nous sont généralement familiers, et c’est donc une occasion de confronter notre propre expérience des bâtiments reproduits avec la représentation qu’en propose Delisle : on peut même mieux mesurer ses choix graphiques justement parce qu’on connaît déjà le Silo à grains Bunge ou encore Ex Machina.

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Les recueils de dessins des bédéistes sont rarement publiés, et lorsqu’ils le sont, c’est généralement à l’occasion de la publication d’une “édition de luxe”, d’un tirage de presse ou d’une autre manoeuvre commerciale qui vient avec une étiquette de prix pouvant aisément décourager les néophytes. C’est dommage, parce que pareils recueils sont très formateurs pour les lecteurs qui ne portent pas assez attention au travail visuel des bédéistes, et les croquis ont une qualité spontanée qui les distinguent des produits finis.

C’est parfois comme la différence entre la version studio et la version en concert d’une même chanson. On peut autant être déçu de la ressemblance quasi parfaite entre les deux comme ça peut être l’occasion d’une redécouverte fascinante qui informe énormément les écoutes subséquentes, ou dans le cas présent les relectures des oeuvres de Delisle.

Croquis de Québec n’est peut-être pas un indispensable, mais c’est un document fascinant, abordable et dont les lecteurs de Delisle ne devraient pas se passer.

 (*) Oui, je sais bien qu’il y a un objectif dans une compétition de patinage artistique, avec des juges et des points; je fais ici référence à un spectacle de patinage artistique traditionnel – mais pas aux Ice Capades, le concept de voir un humain dans un costume de Goofy faire des doubles axels m’a toujours semblé très absurde et ridicule.

Retrouvez la BD chez les Éditions Pow Pow

À propos de Gabriel Gaudette


Gabriel aime les textes autant que les images, mais comme il n'a pas envie de choisir un camp, il combine et lit des bandes dessinées.



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