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Publié par le 20 oct, 2013 dans Littérature | commentaires

Chanson française – Sophie Létourneau

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Beaucoup de bruit autour de cette petite et jolie (comme toujours) plaquette chez Le Quartanier. Le commentaire le plus fréquent entendu à son sujet? « Tu vas voir, c’est de la chick litt! » De la « chick litt » au Quartanier? Vraiment? Moi qui n’est pas du tout le public-cible pour ce type de littérature, il fallait que je m’y penche. Et c’est donc ce que j’ai fait.

L’histoire de Chanson française est, en soi, banale. Une demoiselle qui s’appelle Béatrice (ou Béa) rencontre un jeune homme, Christophe. Au premier regard, lors d’un souper entre ami(e)s, c’est l’amour. Ils sont faits pour aller ensemble, c’est manifeste. En plus, Christophe est français. Quelle est l’importance de ceci? C’est que Béatrice est amoureuse de la France et, particulièrement, de Paris. Elle prévoit d’ailleurs y vivre pendant un an et, même, tout est organisé; elle fera un échange avec une autre jeune enseignante. Alors on ne sait trop si c’est Christophe qu’elle aime, ou le fait que son rêve se reflète en lui. Mais le problème, c’est que Christophe lui, n’a aucune envie de retourner en France. Encore moins Paris qu’il déteste. Et Béatrice, dans son étourderie, sa naïveté ou encore son désintérêt (on ne sait trop), lui annoncera la nouvelle de son départ  au moment même où il lui dit qu’il a acheté un cottage et qu’il aimerait bien qu’elle y vive avec lui. « Tu es la femme de ma vie » dit-il à une Béatrice qui réagit à peine. Elle part, lui reste. C’est le début de la fin.

Voilà la prémisse de ce drôle de roman qui, en effet, se rapproche de la fameuse « chick litt », mais dont la narration singulière le fait légèrement détonner parmi la pléthore de livres du genre. Dans ce roman, exit le « je », c’est le « tu » qui est utilisé. Tout est décrit comme à distance. C’est peut-être la raison qui fait qu’on ne s’attachera pas au personnage de Béatrice, qui nous semble fort lointain. Mais la dichotomie n’est pas sans intérêt: alors qu’on évoque une histoire d’amour qui devrait nous saisir aux tripes et nous faire soupirer, tout est froid et détaché. Béatrice demeure comme absente, comme en retrait de sa vie et cela fait du lecteur un observateur encore plus externe qu’il ne l’est déjà, car tout est analysé froidement comme un portrait qu’on détaillerait avec minutie. Et ce qui est intéressant c’est que, les romans de « chick litt » ont cette propension à devenir des livres qu’on dévore pour savoir – enfin! – le déroulement tant attendu de cet amour (souvent) improbable ou complexe. Tout cela en nous emportant  et nous laissant constamment à l’affut. Ce livre… y arrive aussi. Mais avec une toute autre façon d’approcher le lecteur.

Par contre, plus le livre avance, et plus il perd de sa force en s’éparpillant. Par exemple, l’histoire de la soeur de Béatrice en visite à Paris – et qui tombe dans le sensationnalisme inutilement – n’amène rien de bien concret au récit. À cette étape du livre, le récit est déjà plus complexe et le processus décisionnel auquel Béatrice est confronté (on ne vous volera pas de punch ici, lisez-le vous comprendrez) nous demande déjà une attention particulière sans qu’il soit nécessaire d’en ajouter. Plusieurs éléments s’embrouillent ; les sentiments des personnages sont trop esquissés et on ne saisit pas bien les actions, les paroles et les gestes posés. Bref, le tout s’étiole un peu. Des moments assez durs sont décrits ainsi que des états de détresse profonde, mais le fameux « tu » nous laisse comme en superficie, encore une fois détaché de tout ce qui se passe.

Il demeure que la plume de Sophie Létourneau est efficace, concise et joue agréablement sur ce sentiment d’étrangeté provoqué par l’utilisation du « tu ». Ajoutons que le fait d’être publié chez Le Quartanier confère à ce livre une aura « d’intellectuosité » et de préciosité qui nous fait dire: mais y’a-t-il plus à chercher et à découvrir que ce qui nous est offert là? Un sens caché que l’on aurait pas saisi? Mais non, c’est un roman charmant et sans prétention où l’exercice de style et la contrainte d’épuration que l’auteure s’est donné (elle en parle dans une entrevue pour la revue Le Libraire) prend le pas sur l’histoire qui sert de prétexte.

Malgré les bémols, une auteure qui donne envie de la suivre et de s’intéresser également à son premier recueil de nouvelles intitulé Polaroids. 

Un dossier fort intéressant sur l’auteure dans La Recrue du mois

À propos de Myriam Daguzan-Bernier


Myriam est fondatrice et rédactrice en chef de Ma Mère Etait Hipster. Pigiste à temps complet, vous pouvez la lire chez BRBR et chez Châtelaine. Elle est également gestionnaire de communauté pour l'émission LIRE à ICI ARTV et édimestre pour Châtelaine. Dans ses temps libres (ça existe ça?) rien ne la rend plus heureuse que de passer des heures à fouiner sur le web pour dénicher plein de choses: musique, art, projets, bouffe, nouveautés, etc. Bref, vous ne la trouverez jamais loin d'un ordinateur ou de son téléphone un ti-peu intelligent.



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