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Publié par le 19 oct, 2013 dans Bande dessinée | commentaires

Les deuxièmes – Zviane / Éditions Pow Pow

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À surveiller la fréquence de publication de Sylvie-Anne Ménard (Zviane), on peut deviner qu’elle est à la fois surdouée et hyperactive. Sa production boulimique aux tons et thématiques variés (cinq albums depuis 2006, trois tomes de l’Ostie d’chat avec Iris, des collaborations à des ouvrages collectifs, je-sais-pas-combien de zines et j’en oublie probablement) atteste de sa grande créativité.

Au plan technique, son découpage, son trait, l’expressivité de ses personnages et sa maîtrise du dialogue vont sans cesse en s’améliorant. J’attends toujours (et avec impatience) chacune de ses nouvelles parutions parce qu’on ne sait jamais ce qu’elle va proposer à ses lecteurs, de quelle manière elle va s’y prendre, et la trouvaille qu’elle va leur sortir cette fois-là.

Les deuxièmes vient de paraître aux éditions Pow Pow. C’est, en gros, le récit  de deux amants qui folâtrent, dans tous les sens du terme, pendant un week-end au beau milieu d’un chalet magnifique situé en Hollande.

Au plan narratif, peu d’«événements» ont lieu en 128 pages : on en apprend peu sur les deux protagonistes et on ne saura pas ce que l’avenir leur réserve au terme du récit. Le tout est comme une parenthèse dans leur existence, à laquelle on assiste en posture de voyeur. Eh oui, on se rince un peu l’oeil parce qu’il y a ébats amoureux, mais on fait surtout intrusion dans une intimité fragile entre deux personnes qui s’aiment sans pouvoir le vivre pleinement, et dont la sincérité mutuelle se manifeste plus sur le plan physique que dans leurs paroles.

Je minimise peut-être trop le développement des personnages et l’évolution de leur rapport que l’on y retrouve. C’est parce que ce qui m’a frappé et plu davantage encore, c’est ce portrait atmosphérique très réussi et cette étude de personnages vraiment prégnante.

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D’abord, le décor de l’action est sublime : le chalet, apparemment conçu par un architecte qui doit affectionner l’école Bauhaus, est somptueux et bien meublé. Sa représentation est soignée et généreuse : Zviane n’hésite pas à accorder des pages pleines à la présentation de cet espace aux aires ouvertes, dont le volume disparaît quand les personnages se rapprochent, mais qui ressurgit brusquement afin d’appuyer les moments où la distance entre les personnages se manifeste à nouveau. Les deux protagonistes sont bien campés, autant par leurs mimiques que par leurs échanges verbaux : on en cerne mieux leurs personnalités par ce biais que par un accès à leurs données biographiques.

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Ma seule déception est arrivée lors de ma lecture de la scène finale, “point d’orgue” (excusez le vilain jeu de mots) de l’oeuvre. On avait vu plus tôt les deux personnages jouer une pièce à quatre mains au piano – séquence qui avait d’ailleurs fait l’objet d’une bande-annonce très chouette, que je vous invite à visionner ici – et on connaît donc leurs aptitudes à la musique. Alors que les deux personnages sont au lit, la femme lance une idée saugrenue : « e serait cool qu’il y ait des partitions de sexe». Après un échange très drôle autour de cette idée, les deux amants passent du concept à la pratique, et la scène de sexe est jumelée à une véritable partition, assortie d’un système d’annotation créé pour l’occasion, que l’on peut consulter sur le rabat intérieur de la première de couverture. L’idée est amusante en théorie, mais la lecture jumelée de la baise et de sa notation musico-érotique en consultant le code s’avère plutôt fastidieuse.

On peut évidemment décider de ne pas lire la partition qui surplombe les images, ce que j’ai choisi de faire assez rapidement, mais dans ce cas, on se demande un peu ce que vient faire là cette partition. Cette dissonance est la seule réelle faiblesse que j’ai relevé lors de ma lecture. L’idée est intéressante, l’exécution en est impeccable au plan technique, mais ce n’est pas très concluant comme expérience.

J’ai trouvé beaucoup plus évocatrice la planche où l’on voit les bras et les mains entrecroisés des deux personnages ballotter avec indolence et complicité, qui révélait de manière très touchante le rapprochement entre les deux personnages.

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Hormis ceci, Les deuxièmes est une très belle oeuvre, où Zviane explore de nouvelles régions de son registre de dessinatrice et de scénariste.

Retrouvez la BD sur le site des Éditions Pow Pow

À propos de Gabriel Gaudette


Gabriel aime les textes autant que les images, mais comme il n'a pas envie de choisir un camp, il combine et lit des bandes dessinées.



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