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Publié par le 13 oct, 2013 dans Musique | commentaires

Quartetski does Stravinsky – Entrevue avec Pierre-Yves Martel

 
quartetski-stravinsky

Il y a 100 ans, à Paris, Le sacre du printemps, plus récente composition de compositeur russe Igor Stravinsky faisait scandale. Les rythmes percutants et les harmonies dissonantes ont eu l’heur de ne pas plaire au public du Théâtre des Champs-Élysées. S’ensuivit des huées, des sièges arrachés et presque une émeute.

Se passera-t-il la même chose avec la relecture du Sacre que propose le groupe Quartetski sur son nouveau disque, Quartetski Does Stravinsky ? «Ho, ce serait vraiment cool !», répond Pierre-Yves Martel, leader et arrangeur de Quartetski.

[NOTE : Nous étions au lancement du disque, et il n’y eut pas émeute. Tant pis.]

Dans le passé, Quartetski s’est attardé à des œuvres d’Érik Satie, de Prokofiev et de John Cage. Les arrangements transforment ces pièces du répertoire classique en prétexte à l’improvisation et à l’exploration.

C’est à la demande du festival Montréal Nouvelle Musique (MNM) que Quartetski s’est attaqué au Sacre du printemps. « Je n’aurais jamais osé sinon », nous a dit Pierre-Yves Martel.

MMEH : Pourquoi cette résistance?

Pierre-Yves Martel : Je suis un fan de Stravinsky, mais pendant six mois, je me suis demandé comment j’allais faire sonner ça.


La version en spectacle de l’arrangement de Quartetski. Pour entendre la version de l’album, passez sur le site du magazine Exclaim.


Nos précédents projets étaient faits à partir de pièces courtes, où on pouvait simplement improviser après le thème. Avec le Sacre, ça ne fonctionne pas : il faut le jouer d’un bout à l’autre.

Aussi, les autres projets partaient de pièces pour piano seul ou pour viole, que je réarrangeais pour plusieurs instruments. Ici, c’était l’inverse : il fallait passer d’un orchestre symphonique à un petit groupe.

MMEH : Quels sont les points importants du Sacre, les éléments qu’il fallait absolument conserver ?

P-Y M : D’abord, l’aspect rythmique. C’est ce qui compte avant tout.

Ensuite, il y aurait la simplicité. À premier plan du Sacre, il y a des mélodies simples, qui s’empilent et forment ensuite une masse complexe. Mais au départ, il y a la simplicité.

Densité, simplicité, mélodie, rythme.

MMEH : Ramener tout un orchestre à cinq musiciens sans perdre l’essence du Sacre, est-ce que ça a été aussi difficile qu’on l’imagine ?

P-Y M : Dans sa version orchestrale, c’est un chef-d’œuvre. Partant de là, tu peux le jouer n’importe comment, ça va bien sonner. On avait donc une bonne base sur laquelle travailler, mais oui, ça a été difficile.

J’ai beaucoup écouté la version pour orchestre, puis j’ai travaillé avec les partitions de la réduction pour deux pianos, faite par Stravinsky lui-même. J’ai fait un premier arrangement avant de laisser de côté même la version piano. J’ai simplifié encore et changé des choses sans trop réécouter la version orchestre. Je voulais l’oublier, pour pouvoir en faire autre chose.

En fait, c’est surtout une question de faire des choix. On ne pourra jamais avoir toute la masse de l’orchestre, alors il faut choisir ce qu’on va garder et laisser. J’ai pris les mélodies et j’ai tenté de choisir les notes les plus importantes dans l’accompagnement, pour qu’on sente l’harmonie. On ajoute le grain des instruments, la batterie, un peu d’électro, un peu de viole préparé : tout ça ajoute de la masse, de la palette sonore.

MMEH : Quel a été le passage le plus difficile à adapter ?

P-Y M : Le dernier mouvement. Tout était fait, et il ne restait plus que la Danse sacrale, ce long segment qui change constamment de métrique. C’est en 4/4, puis en 7, puis en 3, etc.

Je ne voulais pas que ça sonne comme du rock progressif. On fait donc un long crescendo, avec des indications d’impro un peu vagues, dans une montée qui mène vers la finale : le motif rythmique joué par la batterie. C’est un peu comme du Godspeed You ! Black Emperor, à la limite.

Derrière tout ça, je fais jouer l’enregistrement d’une version pour orchestre de la Danse sacrale, mais à l’envers. C’est gravé de manière artisanale sur un disque vinyle, alors ça griche et l’aiguille reste prise à certains endroits. Ça tombe en boucle, puis ça décoince…

C’est très différent de la version pour orchestre. J’aime qu’on finisse de cette façon, alors que les gens ont des attentes parce que c’est l’un des mouvements les plus connus du Sacre.

MMEH : Stravinsky, il était plus rock, jazz ou musique actuelle ?

P-Y M : Dans sa première phase, avec le Sacre, Petrouchka et l’Oiseau de feu, c’était du rock, c’est clair.

C’est ce que j’ai essayé d’aller chercher avec les arrangements. Au départ, j’avais orchestré avec des cuivres, comme d’habitude, mais à mi-chemin, j’ai complètement changé de direction.

J’ai aussi ajouté une guitare, pour avoir des accords et j’ai essayé d’écrire de façon idiomatique pour chaque instrument, pour que ça sonne le plus naturel possible. C’est peut-être ce qui fait sortir le rock par moment.

MMEH : Le Sacre du printemps fait-il ses 100 ans?

P-Y M : Ho Non. Ça sonne toujours totalement moderne. Stravinsky n’est pas comme d’autres compositeurs de la même époque, comme Schoenberg ou Webern. Leurs œuvres étaient plus conceptuelles, elles sont devenues très datées. Stravinsky est allé à la source et il est resté simple. Il travaillait avec des mélodies, souvent venues du folklore, avec de vieilles musiques traitées de façon très moderne.

En 1929, Igor Stravinsky dirige un orchestre

À propos de Mathieu Charlebois


Vous pouvez lire Mathieu dans les pages du magazine L'actualité, où il tient une chronique musique. Il fait également des critiques dans le Voir, quand celui-ci lui demande poliment. À la radio, il était le co-réalisateur de Dans le champ lexical, et vous pouviez parfois l'entendre parler trop vite à Bande à Part.



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