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Publié par le 23 sept, 2013 dans Dossier critique | commentaires

Dossier critique — Réflexions sur la critique cinématographique en ligne

 
Quand j’ai reçu l’invitation de MMEH pour réfléchir sur la place de la critique culturelle en ligne, j’ai immédiatement pensé au texte de Robert Lévesque, « Là où l’épicier ne va pas faire son marché » publié sur le blogue de la revue 24 images, que je venais de lire la semaine précédente.

Si Lévesque tire sur quelques cibles précises, il s’en prend davantage à la nature même du geste de critiquer, et de l’environnement dans lequel cette réflexion évolue. Sans masque il clame :

« mais des critiques, de vrais critiques, de ceux qui pensent, qui osent penser, qui écrivent, qui savent lire une image et écrire une phrase qui se tient, ceux qu’on aime lire, y en a-t-il ? Je vous le demande ! »

Quelques mois auparavant, le réalisateur Simon Galiero avait lui aussi lancé l’assaut. Sa charge écrite dans le numéro 299 de la revue Liberté,  du cinéma d’auteur et du « renouveau » dans le cinéma québécois, en plus de poser un regard lucide sur l’industrie cinématographique, ricochait également sa rhétorique sur ceux qui se disent critiques. Tout comme Lévesque, il en a surtout contre une certaine homogénéité des propos. À la page 29 de la revue on peut lire ses mots :


dan-racine

Daniel Racine

Blogueur pour @CineTFO. Animateur/réalisateur radio de @CinefixCibl le jeudi 18h au 101 5 FM. Cet automne dans les maisons de la culture pour le CAM en tournée.

Twitter : @DanRacine


« (…)  dans la sphère « critique » (existe-t-elle encore sous son acceptation originelle ?) qui, au-delà des fausses distinctions (critiques classiques, chroniqueurs, blogueurs, commentateurs) et peu importe son degré de cinéphilie et ses aptitudes à écrire, se retrouve hypnotisée par les mêmes affectations. (…) Pas étonnant que le vocabulaire s’appauvrisse ou s’embrouille de plus en plus, par manque de mots ou inversement par enflure théorique ».

De l’un et de l’autre, il faut se demander pourquoi nous en sommes rendus là. Si la place du critique ne semble plus se trouver dans les médias traditionnels (on ne compte plus le nombre de critiques de cinéma respectés et établis dans les quotidiens américains qui sont tombés au combat de la concurrence dans les dernières années) l’est-elle davantage dans les magazines spécialisés souvent confidentiels ?

Bien entendu, les quelques paragraphes d’untel dans un journal, noyés dans des pages de publicité, ne permettent pas au critique de contextualiser, analyser, comparer, et surtout de développer une réflexion sur une œuvre comme telle et face aux autres. Est-ce que de pouvoir faire tout ça, mais dans des feuilles glacées, qui peinent à se réchauffer entre des mains assoiffées de savoir, est vraiment mieux ? Si le premier peut donner faim à un public qui se contente de peu, le second ne rejoint peut-être pas entièrement ceux qui pourraient s’y intéresser.

Revenons à nouveau aux textes de Lévesque et Galiero, cette fois du point de vue du contenant et non du contenu. Trop peu de gens ont eu accès au texte du réalisateur de La mise à l’aveugle contrairement à la pensée de Robert Lévesque qui a eu l’avantage d’être diffusé sur un blogue culturel (donc facilement partageable via les médias sociaux et accessible grâce à la mobilité de nos appareils).

Plusieurs amis à qui je parlais du texte de Simon Galiero me disaient en avoir entendu parler, mais qu’ils ne l’avaient pas lu. La revue Liberté permet seulement de consulter un bref extrait sur la page dédiée à leurs anciens numéros. Si cet accès limité est compréhensible (contenu papier exclusif aux abonnés et acheteur de la revue), il peut sembler complètement dépassé aujourd’hui. Ce n’est pas pour rien que la majorité des magazines ou revues offrent désormais des articles en ligne, qui sont parfois complémentaires voir même différents que ce que l’on retrouve dans la version vendue dans les kiosques à journaux. Mais pour bien comprendre ces décisions, il y a un tout autre débat économique dans lequel je ne m’aventurerai pas.

Car je tiens maintenant à mettre de l’avant ces blogues culturels originaux qui ne découlent d’aucune version papier ou empire médiatique. Bien sûr pour un site pertinent, combien d’« URL » prétendent vouloir réfléchir à l’invention des frères Lumière ?

Je ne reviendrai pas en détail sur le site de la revue 24 images qui poursuit en ligne le travail de fond de leur version papier. Lancé aux débuts des années 2000, le site Hors champ s’impose comme le modèle à suivre, tant sur le plan de la rigueur que de leur approche. L’équipe réussit à proposer un contenu lié à l’actualité tout en étant légèrement décalé de celle-ci en plus d’offrir de nombreux dossiers étoffés. Qui ne se souvient pas du texte d’André Habib, « Mortes tous les après-midis », retour approfondi et éclairé sur le film Polytechnique de Denis Villeneuve. Jamais une telle critique n’aurait pu occuper un espace dans un quotidien, voir même dans un hebdomadaire montréalais.

Autre site qui devient tranquillement, mais sûrement une référence, c’est celui de la jeune gang de Panorama-cinéma. Impressionnante cinéphilie pour de jeunes hommes de moins de trente ans, de quoi rendre jaloux plusieurs pique-assiettes que l’on croise régulièrement dans les visionnements de presse. Car s’il faut bien commencer quelque part, certains prouvent qu’ils n’ont rien à envier à leurs aînés. Un sérieux travail d’analyse dans un contenant visuel fort agréable à consulter.

Et je ne peux passer sous silence le remarquable défrichage du blogueur Charles-Henri Ramond de Films du Québec. Véritables archives du cinéma d’ici, ce cousin français est tombé amoureux de nos fictions et nos documentaires. Il le prouve quotidiennement avec un site touffu, précis et bien foutu.

Ces quelques blogues montrent qu’il y a de la place pour réfléchir sur la toile, et qu’il faut maintenant les prendre au sérieux, malgré tant d’autres qui ne veulent qu’attirer l’attention. L’accessibilité des blogues culturels et la facilité de partage sont désormais des atouts majeurs pour entretenir un suivit auprès de ses lecteurs, mais aussi pour échanger, débattre, contredire ou tout autre moyen d’épicer la discussion. Ce texte sans prétention m’a permis de réaliser que le mot clé est désormais « l’engagement » que l’on choisit. Il y a l’engagement de quelques-uns pour un art qu’ils aiment plus que tout et, en contrepartie, l’engagement purement narcissique de certains pour un avancement possible dans l’échelle sociale. Si vous lisez ceci, vous avez sélectionné votre camp.

RÉFÉRENCES :

— Robert Lévesque, Là où l’épicier ne va pas faire son marché

— Simon Galiero, Du cinéma d’auteur et du« renouveau » dans le cinéma québécois

revue 24 images

Hors champ

— André Habib, Mortes tous les après-midis

Panorama-cinéma

Films du Québec

dossier-une



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