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Publié par le 23 sept, 2013 dans Dossier critique | commentaires

Dossier critique – Écrire sur la danse : Clio et Terpsichore à la rescousse!

 
Quand on lit ou écrit sur la danse, on passe par un langage mis de côté par les danseurs. Pour parer à cette difficulté, la mise en mots du mouvement requiert « un corps […] simultanément parlant, écrivant et dansant»*. Les critiques-blogueurs de danse doivent donc taquiner deux muses à la fois, Clio et Terpsichore!*

(*) Geisha Fontaine, Les danses du temps chez CND, 2004.

Les œuvres chorégraphiques sont par nature éphémères. Elles ne continuent à vivre que parce qu’on en parle. Les « plumes » de danse informent le public sur les spectacles à l’affiche et fournissent des retours critiques aux chorégraphes – une étape très utile, voire indispensable, à leur démarche artistique. De cette manière, les journalistes et les blogueurs participent à une dynamique collective de réflexion et de créativité. Ils contribuent à la construction d’une culture chorégraphique.

J’ai commencé à écrire sur la danse en démarrant mon propre blogue, avant de rejoindre également Ma mère était hipster et d’autres publications. Un des déclencheurs était mon désir de conserver et de transmettre une mémoire écrite des pièces de danse auxquelles j’assistais, celles des chevronnés, mais aussi et surtout celles des jeunes pousses. Transformation du journalisme et manque de fonds obligent, on ne parle pas assez du travail des chorégraphes émergents.  En fait, on ne parle pas assez de la danse tout court.

On reproche souvent aux blogueurs de danse leur manque de formation, de professionnalisme ou encore de déontologie. On leur reproche aussi parfois d’être trop complaisants et de fournir de la promotion gratuite. Le renom d’un blogue dépend souvent du nombre de textes diffusés à travers les réseaux sociaux et les sites Internet des diffuseurs. Or, une critique négative ou mitigée sera moins « partagée » qu’une critique dithyrambique. Il y a donc des risques de céder au chant des sirènes de la popularité électronique.

Ceci dit, ce qui est génial avec les blogues, c’est qu’ils fournissent des possibilités infinies pour renouveler la critique, grâce à la liberté de format, de style et de propos. Il est rare qu’un journaliste soit complètement indépendant. Par exemple, on lui demandera d’écrire un papier sur un spectacle présenté par un diffuseur qui a acheté un espace publicitaire : dans ce cas, tout en étant autonome en matière de contenu, il n’est pas libre de son sujet. Les blogueurs, eux, peuvent se permettre d’être indépendants, à condition d’éviter le copinage et – souvent – de ne pas être trop friand de clics


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Crédit: Claudia Espinosa

Nayla Naoufal, critique de danse sur MMEH et Dance from the mat

Nayla écrit sur la danse et la performance pour Ma mère était hipster, Voir et son propre blogue, Dance from the Mat. Dans ses autres vies, elle fait de la recherche en éducation relative à l’environnement et coordonne un centre en communication à l’UQAM.


Dans mes critiques, je tente de proposer une immersion dans l’œuvre teintée de ma sensibilité et de mes interrogations. Je regarde cette œuvre sous plusieurs angles et la décris, pour la faire parler d’elle-même. Comme la plupart des critiques de danse, je cherche aussi à situer l’œuvre dans le panorama actuel de la danse et dans le parcours du chorégraphe, tout en m’attardant souvent à sa démarche artistique et au processus de création de la pièce présentée. Ma particularité à moi – liée à mes autres intérêts et à mon métier – serait de mettre en lumière le contexte plus large où elle s’inscrit, en la reliant à des tendances et, ou préoccupations sociétales ou encore à des courants de pensée. Ainsi, chaque critique de danse a son style et sa marque de fabrique. Ce qui compte, comme le dit la critique Isabelle Ginot, est de tenter d’avoir un regard singulier sur chaque création et de laisser sa grille de lecture au vestiaire.

Une des questions qui m’avaient été proposées en vue de l’écriture de ce papier portait sur la manière de rendre compréhensible des mouvements de danse. Il existe tout un vocabulaire et une terminologie pour décrire ce qu’on appelle la gestuelle et la situer par rapport à des courants de danse contemporaine.  Si l’on écrit pour une publication spécialisée ou un public d’amateurs de danse, ce vocabulaire s’impose. Dans des journaux ou webzines culturels, c’est moins le cas, surtout si on veut être compris par tous ses lecteurs. En ce qui me concerne, je parle souvent des mouvements de danse en les décrivant de manière impressionniste. Tout en cherchant à donner des informations sur la pièce qui aident le lecteur ou la lectrice à décider d’aller la voir ou pas, je ne cherche pas nécessairement à rendre intelligible la gestuelle. Les gens en jugeront par eux-mêmes. Pour voir et apprécier de la danse, nul besoin d’être des experts.

La danse contemporaine est souvent vue, à tort, comme un art réservé à des connaisseurs et incompréhensible. Mais qu’y a-t-il de plus organique que de voir des corps bouger? Et un spectacle de danse est un tout ; la musique, la scénographie, l’éclairage, les arts visuels, la vidéo en font partie intégrante aujourd’hui. Ces éléments ne rebutent pas le public, pourquoi leur assemblage l’intimide-t-il? Là réside peut-être la mission que devraient se donner les critiques de danse : montrer que la danse, c’est pour tout le monde, sans pour autant la simplifier, mais plutôt en fournissant au public des clés pour qu’il y prenne goût.

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À propos de Nayla Naoufal


Nayla est stagiaire postdoctorale à l'Université Laval, où ses travaux s'inscrivent au croisement de l'éducation relative à l'environnement, de l'éducation interculturelle et de l'éducation à la paix. Dans son autre vie, elle est critique de danse et collabore à Ma mère était hipster et au Devoir. Fondatrice du blogue Dance from the mat et vagabonde intellectuelle assumée, elle affectionne les librairies, les bibliothèques et les salles obscures.



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