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Publié par le 23 sept, 2013 dans Dossier critique | commentaires

Dossier critique – Le blogueur n’est-il qu’un journaliste qui s’ignore?

 
Le journalisme est en guerre; en guerre contre un modèle d’affaires déficient, contre le paradigme du web, mais surtout contre lui-même. Bien engoncé dans ses vieilles habitudes et ses façons de faire, le milieu n’a pas su s’adapter, et se casse les dents depuis plusieurs années à tenter de se réinventer.

Dépassé, le journalisme s’en prend à une victime toute désignée: les blogueurs. Ces versions médiatiques des immigrants illégaux venus « voler nos jobs », et qui sont, soudainement, mis sur un pied d’égalité avec la classe journalistique au grand complet, grâce aux nouveaux outils de création et de diffusion de contenu.

Se sentant menacés, les journalistes s’appuieront sur les ressources qui ont fait la renommée de la presse écrite — les grandes équipes, l’expérience de terrain, les ressources mises en commun — pour dénigrer le blogueur qui travaillera le plus souvent en solitaire, de chez lui, avec les moyens du bord.

Dans le domaine culturel, l’impact est encore plus marqué: alors que l’espace consacré aux arts dans la presse généraliste se réduit comme peau de chagrin, les blogues sur la musique, la danse, le théâtre, la littérature se multiplient, et les différentes compagnies de relations publiques ou de production en profitent pour multiplier les plateformes où leurs spectacles et œuvres sont présentés, analysés et évalués.


Hugo Prévost

Hugo Prévost

Journaliste à La Presse Canadienne, Hugo Prévost est également co-fondateur et rédacteur en chef du média web Pieuvre.ca. Diplômé du certificat en journalisme de l’UdeM en 2009, au plus fort de la crise, il tente de trouver une voie par laquelle il serait possible de rentabiliser le journalisme en ligne.


De fait, le journalisme culturel est peut-être celui qui a le plus à gagner de cette myriade de nouveaux critiques amateurs: souvent libérés des contraintes habituelles de tombée, puisqu’il n’existe pas de copie papier à envoyer à l’imprimerie, ni, forcément, de contraintes d’espace, cette critique culturelle peut s’éclater et donc se décliner sous diverses formes: textuelle, certes, mais aussi vidéo, audio, photographique…

N’est cependant pas un bon blogueur — ni un bon journaliste — qui veut! Ironiquement, j’aurais tendance à dire que les meilleurs blogueurs sont ceux ayant une expérience approfondie des notions de rédaction, de recherche et de travail médiatique, toutes des notions que doivent acquérir… les journalistes. Le blogueur n’est-il alors qu’un journaliste qui s’ignore, ou qui explore de nouvelles avenues? Dans le domaine culturel, et si le produit est bon, je crois que c’est effectivement le cas. Car pour moi, être journaliste, ce n’est pas nécessairement faire partie d’une grande équipe, à l’ancienne, et devoir tenir compte de l’espace dans une page de journal, par exemple.

C’est plutôt livrer une information de qualité, fouillée et juste, et ce de manière professionnelle. Qu’importe, alors, si l’on préfère s’appeler journaliste (c’est mon cas pour Pieuvre.ca), ou encore blogueur.

Reste, bien sûr, la question des revenus, et la tendance baissière des salaires entraînée par cette multiplication des blogueurs écrivant pour des pinottes ou, le plus souvent, pour rien du tout. Mais là n’est pas le sujet… Du moins, pas cette fois.

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