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Publié par le 19 sept, 2013 dans Théâtre | commentaires

Moi et une love letter – Théâtre La Chapelle

Crédit photo : Rosalie H Maheux

Crédit photo : Rosalie H Maheux

S’agit-il d’une autre œuvre tourmentée sur la rupture amoureuse? Pas du tout.

La pièce Moi et une love letter nous invite à découvrir plusieurs versions d’une réponse à une lettre d’amour (de rupture). Le texte repose sur une dissection poétique du sentiment d’échec, de résignation et de vide émanant de cette situation. Alexa-Jeanne Dubé (mise en scène et  textes) et son acolyte Alexandra B Lefebvre s’expriment avec un langage à la fois personnel et universel, créant des moments intenses et comiques dans lesquels peuvent se reconnaître tous ceux et celles ayant déjà vécu une peine amoureuse.

La pièce s’ouvre sur cinq femmes dénudées assises sur des chaises pliantes. Elles ont en main des walkies-talkies, tentant tant bien que mal d’établir un semblant de communication à travers les ondes embrouillées. La mise en scène se construit sur une série de réponses à une lettre d’amour, dans lesquelles se mêlent les voix et les personnalités des interprètes. Tout au long de la pièce, elles se rhabilleront et se dénuderont à nouveau au fil des monologues entrelacés, leurs costumes délicats (Cloé Alain-Gendreau) étant similaires sinon identiques : une robe couleur chair, des sandales à talons bas et une perruque platine. Le décor présente principalement une toile en plastique blanc, évoquant la dissection des sentiments qui s’y produit. La scène est baignée d’une lumière crue dont la source est un rétroprojecteur à l’ancienne (visuels par Rosalie H Maheux) sur laquelle évoluent des formes et couleurs visant à soutenir le jeu, créant une scénographie minimale et aussi brute que l’émotion véhiculée.

Crédit photo : Rosalie H Maheux

Crédit photo : Rosalie H Maheux

Qu’y a-t-il de plus troublant qu’une peine d’amour? Moi et une love letter détaille ce moment où l’on cherche successivement à comprendre, à oublier, à trouver une excuse pour revenir en arrière. Comme une seule et même femme, les comédiennes (Marie-Philip Lamarche, Marie Favreau, Catherine Paquin-Béchard, Fanny Migneault-Lecavalier et Marie-Emmanuelle Boileau) livrent ce texte tantôt fort, tantôt vacillant. Le ton, au départ très déshumanisé, devient progressivement plus personnel et intime. Les niveaux d’interprétations irréguliers n’enlèvent rien au sentiment d’authenticité qui émane de l’expérience. Une phrase parfois pragmatique, parfois mélancolique, nous invite d’une manière sensible à partager cet état de chaos intérieur. Il s’agit de démontrer l’instant où tout bascule dans l’incertitude, entraînant un déferlement de questions sur soi, sur l’autre, sur l’univers environnant. La pièce va jusqu’à s’interroger sur les conventions sociales de l’accomplissement à travers le couple et l’instinct de procréation. Elle témoigne d’une perplexité face à l’existence humaine, l’absurdité des relations et l’impossibilité de se rejoindre. L’œuvre dépasse ainsi la situation personnelle de rupture et en profite pour décortiquer, tout en restant lyrique, les principes du fonctionnement humain en société.

D’abord expérimentée lors de l’événement Zone Homa en août 2012, la pièce  Moi et une love letter a évolué pour devenir la performance présentée actuellement à La Chapelle. La jeune compagnie À Deux, fondée en 2011 par Alexa-Jeanne Dubé, regroupe pour ce spectacle des collaboratrices offrant une judicieuse pluridisciplinarité.

Nous pourrons retrouver Alexa-Jeanne Dubé et Marie-Philip Lamarche comme interprètes à la Chapelle en novembre lors de la présentation de Clap Clap (mise en scène de Gabriel Plante), une pièce qui plonge encore une fois au cœur du délicat sujet des relations humaines dans leurs grandioses contradictions.



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