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Publié par le 3 sept, 2013 dans Théâtre | commentaires

Le projet bocal – Petit Outremont

Crédit photo : Hugo B. Lefort.

Crédit photo : Hugo B. Lefort.

C’était ma première visite au Théâtre Outremont, jeudi. Chanceuse que je suis, j’ai pu du même coup inaugurer une toute nouvelle salle, celle du petit Outremont. Le directeur artistique, Raymond Cloutier, a choisi pour le coup d’envoi d’y présenter un Objet Théâtral Non Identifié : Projet bocal. Cette pièce constitue une série de tableaux, parodies et situations poussées à l’extrême, qui normalement savent m’agacer, mais qui ici sont menées avec tant de brio de la part des trois comédiens que je n’ai pu qu’en être charmée. En effet, si, durant les premières minutes de la représentation, je n’étais pas certaine de vouloir me laisser aller à l’humour bon enfant proposé, quelques instants plus tard, j’avais déjà un début de crampe aux joues.

Dans cette nouvelle salle au style cabaret, l’ambiance est conviviale. Quelques-uns sirotent une bière en conversant, d’autres se laissent plutôt aller à la contemplation, sur un air d’Elvis. Le décor fait très fifties : un frigidaire tout arrondi, chaises vintage, quelques lumières dans des pots Mason (quoique ça, ça ne fait pas fifties), table de cuisine en formica et au pourtour métallique sur laquelle est disposé le fameux bocal en verre. Shiny. L’action se fait un peu attendre, mais le directeur artistique vient finalement prononcer son mot de bienvenue. Il dit entre, autres avoir, eu la chance de côtoyer les trois jeunes artistes que nous sommes venus voir alors qu’ils étaient au Conservatoire d’art dramatique. Il raconte avoir été ébloui par la complicité qui les unissait.

Cette complicité, elle est littéralement palpable sur scène. En effet, la chimie qui lie Simon Lacroix, Raphaëlle Lalande et Sonia Cordeau est peu commune et absolument nécessaire à ce spectacle pour le moins éclaté. Les saynètes présentées n’ont pas de grands thèmes en commun ni de véritable fil conducteur. Les spectateurs n’ont pas la chance non plus de voir évoluer les personnages et de s’attacher à eux puisqu’il s’agit de sketches, ceux-ci changent donc à chaque « scène ». De surcroît, on joue sans cesse sur des quiproquos (le tableau où trois personnages mangent de la crème glacée pousse d’ailleurs ce lexème à son point culminant) et des décalages, par exemple entre les propos des personnages et le ton qu’ils emploient ou encore leurs expressions faciales. La deuxième saynète en est probablement le meilleur exemple. C’est elle qui, selon moi, propulse véritablement le spectacle, qui en donne la tonalité. Elle met en scène une petite fille qui, en pleine nuit, cherche sa sœur, alors allée aux toilettes. La trame frôle le ridicule. Ajoutez à cela le ton faussement (ou plutôt, exagérément) enfantin des deux jeunes filles, une bande sonore digne d’un film d’horreur des plus kitch et un autre personnage complètement insolite. Je n’en dis pas plus.

Toujours comme assis entre deux chaises, les spectateurs n’ont alors d’autre choix que de repousser leurs mécanismes spectatoriels habituels et de se laisser aller aux historiettes, aux chansons, au jeu pur et simple des comédiens, qui ont leur énergie propre qui complète celle des deux autres et, surtout, qui semblent avoir un plaisir fou à être ensemble. « Le but, dit un des personnages interprétés par Simon Lacroix dans un jeu qui superpose fiction et réalité, c’est qu’au moins un des spectateurs ressorte avec un frisson coloré au niveau de la poitrine ».

Je ne peux en révéler beaucoup plus, car, dans ce cas-ci, en dire peu c’est déjà en dire beaucoup. Cependant, je vous assure que vous serez balloté entre différents genres, que le malaise ne se cachera jamais très loin et que les fous rires seront souvent au rendez-vous. L’écriture de Projet bocal, également prise en charge par les trois acolytes, n’est pas d’une grande finesse (bien sûr, c’est voulu comme tel), mais elle est libre, imaginative et assumée. Et son interprétation est d’une précision implacable. Les crescendos humoristiques sont éblouissants, les chutes le sont tout autant. Une mention toute spéciale à l’attachante et très polyvalente Raphaëlle Lalande. J’ai aimé son jeu, parfois exalté, parfois tout en retenue. Le sketch où elle interprète une présentatrice dans un planétarium est d’ailleurs un moment fort du spectacle.

J’ai beaucoup aimé ma soirée passée en si étrange compagnie. L’équipe gagne donc son pari, puisque c’est toute pimpante et un frisson coloré au niveau de la poitrine que je suis sortie du théâtre Outremont, avant d’aller manger, à mon tour, une crème glacée, le sourire aux lèvres.



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