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Publié par le 6 août, 2013 dans Cinéma | commentaires

Wimawi et Les défunts de la perle du Pacifique / Présence Autochtone

 
Le festival Présence Autochtone a ceci d’intéressant qu’il ne se limite pas aux cultures autochtones du Québec ou du Canada. Les films qu’il présente traitent de peuples présents ou passés du Brésil, du Mexique, de Nouvelle-Orléans, d’Argentine, du Chili et de nombreuses îles du Pacifique. Ainsi, la projection du 2 août à la Grande Bibliothèque proposait deux films s’intéressant respectivement au Kanaks de Nouvelle-Calédonie et aux Polynésiens de Bora Bora. Mes impressions sur chacun d’eux.

Wimawi / Tyéa Boaé

 
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Comme c’est le cas pour de nombreux objets culturels à travers le monde, un masque Kanak (peuple autochtone de Nouvelle-Calédonie) est exposé au Musée du Quai Branly à Paris. En croisant les témoignages du conservateur du musée et de Kanaks, le court métrage Wimawi raconte l’histoire de ce masque tout en questionnant son exposition dans un musée. Tour à tour, les intervenants kanaks critiquent l’extraction de l’objet de son milieu et de son contexte jusqu’à ce qu’il ne reste que son esthétique, exposée pour les visiteurs. “Ça frise le ridicule.”, “C’est comme si on était un trophée.”, “Ces objets n’existent pas pour ça!”.

Sous une lumière malheureusement trop sombre et malgré quelques répétitions dans les propos, Wimawi réussit à aborder un sujet complexe en peu de temps. En se concentrant sur un seul objet, le masque kanak, et en priorisant le point de vue de sa culture d’origine, le film sème les germes d’une réflexion sur l’ethnomuséologie. Ce faisant, il invite les spectateurs à s’interroger devant les objets qu’on leur présente dans les musées. D’où viennent-ils? Sont-ils à leur place ici? Et, surtout, leur déplacement vers un musée en valait-il la peine?

Les défunts de la perle du Pacifique / Sandro Ly

 
les-defunts-de-la-perle-2Colonisée par la France au XIXe siècle puis base militaire américaine au cours de la Seconde Guerre mondiale, Bora Bora (Polynésie française) porte toutes les traces du métissage. Traditionnellement, ses habitants n’enterraient pas leurs morts. Ils les laissaient plutôt à l’air libre, exposés afin que leurs âmes puissent se rendre jusqu’à la pointe Nord-Ouest de l’île, d’où elles s’envolaient. Maintenant, christianisme et infrastructures urbaines obligent, les habitants de Bora Bora doivent enterrer leurs morts. Mais voilà, il n’y a aucun cimetière sur l’île. Financés par la Commune, ils creusent donc des tombes et y coulent des caveaux, à même la terre familiale. Une pratique particulière que Sandro Ly documente dans son film Les défunts de la perle du Pacifique.

Un sujet riche, donc, mais un tantinet écrasé par une réalisation maniérée, pleine de bons sentiments et de musique un peu convenue. La narration, assurée par l’anthropologue Jean-Marc Tera’ituatini Pambrun est, elle, teintée d’un genre de poésie souvent utilisée dans les documentaires français et qui tente maladroitement d’ajouter de la profondeur au propos. Les différents témoignages auraient pourtant suffit à transmettre les émotions plus qu’évidentes des habitants de l’île. Leurs yeux et leurs voix sont déjà très bavards, comme lorsque un homme nous présente l’arbre qu’il a planté avec le placenta de son fils, pour montrer que la vie va au-delà de sa propre existence, ou quand on assiste avec toute une famille à la coulée du ciment qui scelle le caveau où vient d’être déposé le corps d’une patriarche.

Au fil des histoires racontées à la caméra, tantôt pour relater les façons de faire et d’être traditionnelles, tantôt pour donner des exemples actuels, le film trace un portrait complet de comment la mort est vécue à Bora Bora. Néanmoins, il aurait fallu beaucoup plus de retenue dans la réalisation pour laisser place à la méditation et à la réflexion chez le spectateur. Un espace qui n’est pourtant pas accessoire quand on entretien notre public d’un sujet aussi complexe que notre façon de vivre avec la mort.

À propos de Dominique Charron


Dominique danse depuis qu'elle est toute petite, tant en ballet classique qu'en danse moderne et contemporaine. Elle a aussi étudié le cinéma et la littérature par le passé. Entre ses cours actuels de science politique et d'anthropologie, elle se fait chroniqueuse Premières Nations à Canal M et alimente le Tumblr d'actualité autochtone Peuples visibles. Elle a aussi collaboré comme recherchiste au magazine radio Dans le champ lexical.



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