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Publié par le 31 juil, 2013 dans Cinéma | commentaires

Paroles amérikoises – Festival Présence Autochtone

Paroles Amerikoises

En écoutant Paroles amérikoises, le documentaire de Pierre Bastien présenté en première mondiale pour l’ouverture du festival Présence Autochtone ce mardi, on pourrait presque croire à une suite du film Le Nord au coeur, de Serge Giguère.

Sous une tente innue, la caméra de Bastien se fait témoin d’écrivains et d’intellectuels qui discutent des relations entre les Premières Nations et les Québécois, du développement du Nord et du rôle qu’ils peuvent tous y jouer avec leurs mots. La démarche est cependant plus modeste que le documentaire de Serge Giguère. Si nous sommes devant des auteurs majeurs (Rita Mestokosho, Joséphine Bacon et Louis Hamelin, pour n’en nommer que trois), l’approche rappelle plus celle du cinéma direct que du grand portrait: un événement anodin, une caméra intime sans prétention esthétique, de longs plans sur chaque intervenant et la nature de la région éloignée comme personnage.

La rencontre entre plusieurs de ces auteurs avaient déjà eu lieu en 2011 dans le recueil Aimititau! Parlons-nous!, dans lequel ils échangeaient leurs mots pour créer un pont entre les cultures. Dans Paroles amérikoises, ils poursuivent la discussion, réunis sur une île de la rivière Romaine, cette rivière même qui sert de chemin entre la côte et les territoires de chasse innus depuis des millénaires et qui fait maintenant face à un grand projet de développement hydroélectrique.

“Moi, j’aime mieux le bruit du vent que le bruit des bulldozers. Mais il faut le dire, il y en a qui aiment mieux le bruit des bulldozers.” La formule, proposée dans le film par Joséphine Bacon, est simple mais éloquente: deux mondes incompatibles s’affrontent sur le territoire Innu… et sur de nombreux territoires autochtones à travers le monde.

Mais c’est d’abord (et le titre du film est sans équivoque) la parole qui intéresse Pierre Bastien, la parole des poètes et de ceux qui en ont fait leur matériau. Un pari risqué pour le cinéaste dont l’outil principal est l’image. Malgré plusieurs plans sur les arbres et la rivière entre les interventions des écrivains, le film a un caractère statique qui pourrait en rebuter certains. Il vaut pourtant la peine d’accepter cet univers cérébral et de s’y plonger, parce que la parole amérikoise est riche. S’exprimant tour à tour sur la transformation du territoire, la dualité entre traditions et développement, le métissage ou son absence, le pouvoir politique de l’Écrivain et la place qu’occupent les autochtones au Québec, les auteurs dessinent les contours d’une réflexion nécessaire mais qui a encore trop peu d’écho.

Dans Le Nord au coeur, le géographe Louis-Édmond Hamelin semblait bien seul à y réfléchir. Voilà qu’un groupe de manieurs de mots, et non les moindres, s’engagent à leur tour sur son chemin. Signe des temps et de ce sentiment d’urgence décrit dans Paroles amérikoises par Denise Brassard? Souhaitons qu’ils ne soient pas les derniers.

À propos de Dominique Charron


Dominique danse depuis qu'elle est toute petite, tant en ballet classique qu'en danse moderne et contemporaine. Elle a aussi étudié le cinéma et la littérature par le passé. Entre ses cours actuels de science politique et d'anthropologie, elle se fait chroniqueuse Premières Nations à Canal M et alimente le Tumblr d'actualité autochtone Peuples visibles. Elle a aussi collaboré comme recherchiste au magazine radio Dans le champ lexical.



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