Menu de pages
TwitterRssFacebook
Menu de catégories

Publié par le 17 juil, 2013 dans Musique | commentaires

Savages / La Tulipe

savages-12

« Le monde était autrefois silencieux. Maintenant, il est habité de trop nombreuses voix. Et ce bruit. Cette distraction perpétuelle. Les voix se multiplient, s’intensifient, détournent l’attention à leur profit. Elles vous oublient… Si le monde se taisait. Pour un bref instant. Peut-être entendrions-nous le rythme lointain d’un jeune hymne à la colère. Pour se composer à nouveau. Peut-être, après avoir tout démoli, devrions-nous commencer à nous réassembler.

Taisez-vous. »

Ce n’est pas moi qui l’affirme, ce sont les quatre filles de Savages. À l’encre noire sur la bande blanche de leur austère pochette d’album. Et en guise d’introduction à la très dynamique vidéo officielle de la violente Shut Up (ci-jointe). Après une première lecture rapide entre les lignes et un œil jeté sur l’avertissement scotché sur les portes vitrées du La Tulipe interdisant l’utilisation des téléphones intelligents, j’en arrive à une heureuse conclusion : pour Savages, l’attention et le silence révèlent bien davantage que le verbiage inutile. Comme j’abonde dans leur sens, je clos ici mon intro.

Il fait chaud dehors, mais c’est frais en dedans. Avant les filles, c’est à Johnny Hostile de faire grimper de quelques degrés la température du parterre. Mandat rempli. C’est sombre et bruyant, fait de pistes préenregistrées bien conçues et de loop sans dentelle, parsemé de couacs vocaux et « feat. » sur deux pièces différentes Gemma Thompson et Jehnny Beth, respectivement guitariste et chanteuse de l’attrait principal de la soirée.

Trente minutes plus tard, nous y voici : Savages.

savages-2

savages-5

savages-6

Et toutes griffes dehors dès la première mesure. Shut Up (toujours ci-jointe) ouvre la danse. Mes oreilles cochent immédiatement « au-delà des attentes » sur le formulaire d’évaluation. Mais, curieusement, ce sont mes yeux, sans doute trop innocemment écarquillés, qui s’en prennent plein la gueule. Jehnny beth est la corporification de tout ce qu’il y a de meilleur dans le genre musical (post-punk). Intensité, authenticité et gravité. Mes mots sont lourds et je les pèse.

Elle séduit par sa gestuelle qui rappelle le routier au volant d’un 10 tonnes : genoux fléchis, un pied sur la pédale d’embrayage, l’autre sur celle de l’accélérateur, mains nerveuses à 14 h et 22 h, secousses de coude occasionnelles sur la boîte manuelle et coup de fouet cervical quand l’indicatif de la cymbale crash retentit. Le truc, c’est de trouver le point de friction et de le tenir, sans faire brûler les gommes. Lundi soir, le véhicule de la leader tenait la route. Comme le reste du convoi par ailleurs.

savages-42

savages-41

savages-21

Sur la partition des hics, j’inscris néanmoins un bémol devant la balance sonore. Si la section rythmique roule à plein volume et si la voix est claire et puissante, la guitare, elle, demeure étouffée et timide. Et ce, malgré toutes les bonnes intentions de sa propriétaire. Le déséquilibre est patent dès le deuxième morceau, la très guitaristique City’s Full. On aurait bien aimé mieux distinguer son traitement de distorsion au whammy-bar, sa progression agressive de power chords et sa résolution sous forme de moteur Boeing. Même chose sur Strife, à classer dans les faits saillants studio de la première moitié de 2013. Mais bon, je me console à l’idée de mes tympans indemnes.

J’aimerais en discuter davantage, mais le crédo du groupe et le nom de son magnifique premier album me reviennnent en tête. Silence Yourself.

savages-45

Je me tais.

Et j’écouterai encore et encore.

Et vous?

Photos : Jon Yu

À propos de Nicolas Roy


Nicolas écoute d'une oreille distraite pour rendre compte de manière abstraite, ou déploie un radar de pointe pour faire rapport avec sérieux. Peu enclin à juger défavorablement, il s'en tient à suggérer ce qui, selon lui, mérite l'attention de l'auditeur et commande la protection de ses tympans. À l'exception du Deathgrind, il aime de tout pour tous.



%d blogueurs aiment cette page :