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Publié par le 6 juil, 2013 dans Musique | commentaires

Dom La Nena et Chrysta Bell / Festival international de jazz de Montréal 2013

Parlons charme. De celui qui attendrit et émane de toute chose mignonne. Et de celui qui aguiche et envoûte son témoin. Par un concours de circonstances, je me suis exposé, au péril de mes sens, mais pour mon plus grand plaisir, à ces deux formes de séduction en moins de 48 heures : Dom La Nena et Chrysta Bell. Un bon exemple de la diversité offerte par le FIJM.

Dom La Nena

Dom La Nena

Dom La Nena est un petit bout de femme de 24 ans née à Porto Alegre, Brésil, mais dont les aspirations artistiques se sont affirmées et confirmées d’abord à Buenos Aires, où elle a entamé des études en musique sérieuse, puis à Paris, où elle les a abandonnées, préférant tourner avec Jane Birkin que se soumettre à l’intransigeance d’une formation de violoncelliste de grand orchestre. C’est le classique de la musique classique formatrice, mais trop rigide pour ceux et celles qui trouvent de la beauté dans la fausse note.

Bref, la voici à l’Astral jeudi dernier pour un premier spectacle en terre montréalaise. Et la voici aussi, à mon grand dam, seule sur scène avec pour tout arsenal son instrument de prédilection, un ukulélé, un Farfisa portatif, un tom basse, une loop station et quelques grelots de cheville. Dans le cadre d’une grande célébration réunissant les meilleurs dialoguistes au monde, on aura droit à un monologue. À la découverte surprise d’une scène dépouillée, j’ai toujours ce vilain réflexe de m’attendre au pire.

Oui, il y a redondance à asseoir la majorité des pièces sur un pizzicato en boucle et de leur donner de l’ampleur avec quelques passages d’archets. Oui aussi, il y a émaciement trop important dans l’interprétation de trois autres morceaux « au naturel », sans amplification de la voix et de l’ukulélé. Et pourtant…

Le charme, celui de la première catégorie, opère. Bien qu’elle soit peut-être encore trop jeune pour remplir une salle de sa seule personnalité, Dom La Nena est d’une douceur qui fait plaisir et fait craquer. Si ni sa voix, ni ses habilités techniques n’impressionnent, la joie ou la rêverie triste de ses compositions sans prétention, et surtout son sourire émerveillé, apporte sérénité à l’auditeur. Reste à espérer que le temps qui passe ne lui fera pas perdre de cette fraîcheur si séduisante. Au plaisir de la revoir accompagnée, plus tôt que tard.

Chrysta Bell

CHRYSTA-BELL

Si Dom La Nena est l’incarnation de la candeur, il en va tout autrement avec Chrysta Bell. On est en fait à l’autre pôle du spectre de la séduction. Plus âgée, plus mûre, plus sûre, Chrysta Bell est l’archétype de la femme fatale. Et c’est le grand David Lynch, en nous la présentant, qui l’affirme.

Avant l’arrivée de la dame et de ses musiciens sur les planches du Club Soda, le cinéaste apparaît sur un écran à l’arrière-scène. Il nous somme de l’écouter, oui, mais aussi de la regarder (!?). Il nous gratifie même d’une photo de sa protégée en déshabillé. Bonjour la classe.

C’est le deuxième passage de la chanteuse au Festival de jazz. La première fois, c’était il y a 14 ans. Entretemps, et c’est elle-même qui nous le rappellera trois ou quatre fois durant la soirée, elle a fait la rencontre du grand cinéaste qui en a fait sa muse officielle. Au premier coup d’œil, on peut difficilement reprocher à l’homme en lui de lui avoir offert le poste. Chrysta Bell est un pétard d’exception. Habillée d’une robe de gala dorée fendue sur deux mètres et montée sur des talons qui feraient perdre l’équilibre à la danseuse la plus chevronnée du Club Cléopâtre juste en face, elle décroche en quelques clins d’œil stratégiquement disséminés dans la salle la totalité des mâchoires masculines réunies. Et pourtant…

Soyons honnêtes, le charme, celui de la deuxième catégorie, opère. Le « pourtant » se rapporte plutôt à l’opposition de qualités qui devraient en principe être complémentaires.

Chrysta Bell n’est pas seulement jolie, elle sait chanter. Et comme elle le mentionnera avant d’interpréter le morceau le plus musclé de son répertoire, Swing With Me, elle a appris le métier à la dure dans les « dive bars » du Texas. Mais aussitôt utilise-t-elle le mot « hot » pour décrire les systèmes de ventilation défaillants des clubs les plus miteux d’Austin, aussitôt les quinquagénaires en sortie de crise autour de moi hurlent-ils à la lune. Il en résulte que ce charme du deuxième type, langoureux et enjôleur, est rompu, jetant sur le projet un éclairage différent : des musiciens qui ont plus d’attitude que de talent, des compositions pauvres et, au final, un manque de naturel qui flirte dangereusement avec l’inauthenticité.

Dommage pour Chrysta Bell. De sa rencontre providentielle avec David Lynch est né un projet racoleur sans grande substance.

Finalement, sur la question du charme, il n’y a pas à trancher. Je suis par contre d’avis que si l’un est durable et rempli de promesse, l’autre est éphémère et malheureusement condamné à l’oubli.

À propos de Nicolas Roy


Nicolas écoute d'une oreille distraite pour rendre compte de manière abstraite, ou déploie un radar de pointe pour faire rapport avec sérieux. Peu enclin à juger défavorablement, il s'en tient à suggérer ce qui, selon lui, mérite l'attention de l'auditeur et commande la protection de ses tympans. À l'exception du Deathgrind, il aime de tout pour tous.



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