Menu de pages
TwitterRssFacebook
Menu de catégories

Publié par le 3 juil, 2013 dans Musique | commentaires

Woodkid / Festival international de jazz de Montréal 2013

woodkid byMathieuCesar01

Récapitulons avant de capituler. Comme souligné dans le podcast d’éveil au FIJM, le champ sur lequel sont organisés les jeux de guerre de Yoann Lemoine, dit Woodkid, ne tient pas lieu de terrain d’entente entre factions de mélomanes. On aime ou on abomine! Pour les uns (ceux pour qui moins la concentration est grande, plus le remède est efficace), les appels de cavalerie fracassants qu’il affectionne ne déchaînent qu’une hypersensibilité agaçante. Y comprendre qu’en musique comme ailleurs, la petite gêne est de mise. Pour les autres (ceux pour qui il n’y a jamais assez de fromage sur la biscotte), les élans de bravoure chevaleresque qui l’habite provoquent une émotion émancipatrice et fournissent une belle occasion de défoulement. Y lire aussi qu’un peu de cuivres et de tambours n’ont jamais fait de mal à personne.

Woodkid était au Métropolis avant hier.

Après un court réchauffement de Mozart’s Sister (correct, sans plus), le petit Pinocchio bondit sur scène sous les hurlements d’une foule excitée. Il est accompagné d’un claviériste, d’une section de cuivres, de deux percussionnistes et d’un bidouilleur multi-instrumentiste. Sur le plan de l’exécution, l’ensemble est impeccable. Dès l’entrée en matière, la très jolie Batimore’s Fireflies tirée du EP Iron, le groupe appuie avec beaucoup de soin la voix tout étranglée d’émotion et si émouvante du kid. La suivante, Where I live, confirme le constat. On peut taxer le projet de donner dans l’emphatique, il n’en demeure pas moins qu’il maîtrise le dépouillé et le délicat.

Et si la musique est à la hauteur, le visuel n’est pas en reste. Yoann Lemoine étant aussi vidéaste accompli, le contraire aurait surpris. Encadrés de faisceaux de lumière blanche, des animations en noir et blanc — et haute définition — défilent sur un plein écran à l’arrière-scène : une toile attaquée par le vent, la nef centrale d’une cathédrale, un paysage lunaire, des bouquets de cristaux, etc. À musique retentissante nul besoin de couleurs criardes.

Bien entendu, l’attrait principal de Woodkid demeure ce qui dans son œuvre relève de l’épopée et révèle son imaginaire rempli de bêtes de guerre, d’armes médiévales, de casques à cornes et de fumée meurtrière. Et c’est à la réponse du public qu’on prend pleine mesure de son pouvoir de séduction. L’interprétation dynamique des deux pièces maîtresses de The Great Escape, Iron et Run Boy Run, a engendré une réaction apparentée au délire collectif, exprimée notamment par des cris et des piaffements à tout rompre rappelant les charges barbares tout juste évoquées. Encore une fois grandiose sans être grandiloquent.

Pour revenir à mon préambule, je capitule. Avant le spectacle, sans pour autant grossir les rangs du premier groupe de mélomanes, mes réticences étaient nombreuses. Après le spectacle, je m’avoue conquis et rends les armes du doute. Mes réserves n’ont pas tenu le coup devant un si terrible et merveilleux adversaire. Woodkid, je suis désormais votre serviteur.

À propos de Nicolas Roy


Nicolas écoute d'une oreille distraite pour rendre compte de manière abstraite, ou déploie un radar de pointe pour faire rapport avec sérieux. Peu enclin à juger défavorablement, il s'en tient à suggérer ce qui, selon lui, mérite l'attention de l'auditeur et commande la protection de ses tympans. À l'exception du Deathgrind, il aime de tout pour tous.



%d blogueurs aiment cette page :