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Publié par le 16 juin, 2013 dans Arts visuels | commentaires

Projet Homa / Maison de la culture Maisonneuve / Fondation Guido Molinari

Photo: Guy L'Heureux

Photo: Guy L’Heureux
Oeuvres: Le regard absorbé…à Aurélien (2007), Yves Louis-Seize & Sculpture pouvant être disposée dans tous les sens (2012), Guillaume Labrie

13 au 23 juin 2013

Projet HoMa est présenté par C2S Arts et événement, un organisme à but non lucratif du quartier Hochelaga-Maisonneuve qui a pour mission de faciliter les rencontres entre les publics et les artistes. Pour ce faire, il réalise des résidences d’artistes dans des écoles et des établissements pour personnes âgées, chacune se concluant par une exposition dans un lieu du quartier. Dans cette même volonté de diffuser et démocratiser l’art, Projet HoMa est une initiative qui vise à faire connaître aux gens du quartier les pratiques des artistes qui créent tout autour d’eux. Constatant l’effervescence de la vie artistique d’HoMa, C2S a invité la commissaire Geneviève Goyer-Ouimette à réunir des artistes y habitant ou y possédant un atelier.

D’abord intriguée par le projet et son ampleur : réunir 23 artistes dans deux lieux de diffusion (la Maison de la culture Maisonneuve et la fondation Guido Molinari) pour une exposition de dix jours autour de laquelle gravitent performances, visites, ateliers et conférences. Ensuite, perplexe quant à la cohésion qu’il est possible de créer en réunissant des artistes qui pratiquent divers médiums et qui n’ont à peu près pour seul point commun le lieu dans lequel ils créent. J’ai donc visité les expositions réunies sous le titre “Mémoire/Miroir”. Grâce à cette thématique et aux sous-thèmes des deux volets, des liens ont pu facilement se tisser et certaines œuvres se faire écho de façon subtile, mais conséquente. Parfois, quelques pièces semblent avoir été insérées dans les expositions sans vraiment posséder d’éléments qui nous permettent de les raccrocher aux dialogues créés entre les autres, mais il se dégage tout de même une impression de cohérence entre les pratiques, et surtout entre les œuvres choisies.

À la Maison de la culture Maisonneuve, on retrouve 12 artistes réunis sous le volet Mémoire de sens/Jeux de mémoire. Dans son texte de présentation, la commissaire précise que la mémoire serait comme un reflet de notre état actuel plutôt que de simples éléments du passé, souvent faussés ou réinterprétés par nos sens et qui influencent ces souvenirs. Les œuvres proposent donc un rapport à la mémoire, aux souvenirs, à l’Histoire et aux histoires.

Photo: Guy L'Heureux

Photo: Guy L’Heureux
L’atelier d’écriture no. 1, no. 2 et no. 3 (2007), Manon De Pauw

Au rez-de-chaussée, deux artistes : dans une salle de projection, on peut voir des vidéos de Manon De Pauw et dans l’autre salle qui donne sur la rue, la pièce Les errances de l’écho de Jean Dubois. Celle-ci occupe une place de choix qui rend tout à fait justice à son propos puisqu’il s’agit d’une forme ovale placée au mur avec une surface de miroir. On y voit donc notre propre reflet et l’activité qui se déroule à l’extérieur. On entend des murmures de conversations. Le miroir qui reflète les passages des résidents du quartier devient comme une projection d’images éphémères qui s’évanouissent tout aussi rapidement qu’elles sont apparues.

Photo: Guy L'Heureux

Photo: Guy L’Heureux
Les errances de l’échos (2005), Jean Dubois

À l’étage, les cadres vides de Guillaume Labrie (Cadre sur cadres) sont autant d’espaces à emplir de souvenirs que de blancs qui ponctuent une mémoire trouée. Un peu plus loin dans la même pièce, l’œuvre le Fil d’Ariane d’Aude Moreau propose 24 photographies. Les murs et le plancher d’une pièce sont peints en rouge et, au fil des photographies, une ligne blanche, résultante de la peinture arrachée, suit un trajet complexe formant des formes abstraites. Sur la dernière photo, la pièce est (presque) entièrement blanche à nouveau. Le chemin parcouru et suivi, comme un parcours mnémonique, s’efface lui-même jusqu’à disparaître complètement.

Un peu plus loin, on retrouve une autre œuvre de Guillaume Labrie, tout aussi efficace, par sa simplicité et son propos, que la première. Sculpture pouvant être disposée dans tous les sens, n’est rien de plus qu’une sculpture à cinq socles pouvant effectivement s’appuyer sur chacun des socles et dont l’objet n’est au final qu’un amas de matière informe. Ces œuvres témoignent bien des notions de perte, d’absence, d’association et de disparition liées à la mémoire, à ses effets et aux jeux des sens.

Photo: Guy L'Heureux

Photo: Guy L’Heureux
Cadre sur cadres (2012), Guillaume Labrie & Mechanical Dream II: Ohi Plant, Nikon inc., Japon,1980 (2008), Pascal Grandmaison & Le fil d’Ariane (2000), Aude Moreau

À la Fondation Guido Molinari, la commissaire a créé un dialogue entre Guido Molinari et les artistes d’HoMa. Le lien est simple: Molinari a  longtemps habité le quartier et son atelier, aujourd’hui transformé en fondation, était le lieu idéal pour l’autre volet de ce projet. S’inspirant des monochromes de Molinari et de son principe des quantificateurs chromatiques, le thème Réminiscence réunit les œuvres qui présentent certains effets d’apparition tant sur le plan formel, que sous la forme d’impressions.

Datant de 1976, l’œuvre 36 arbres de ma rue de François Morelli témoigne de ces effets d’apparition, ici par transferts et par textures. Avec un long rouleau de papier, l’artiste a, par une technique de frottis, laissé transparaître à la mine les textures et formes des arbres de sa rue, son papier étant toujours positionné à la même hauteur. Un numéro indique à chaque fois la taille de l’arbre. Morelli documente les éléments naturels qui se trouvent dans un espace particulier de la ville, dans son milieu de vie immédiat. Il récupère les empreintes de ces surfaces et en propose une lecture abstraite. Cela crée des dessins noir et blanc pleins de ramifications. L’artiste reprend le même projet dans le cadre de l’exposition lors d’une action performative au courant du mois de juin. La mesure (1 verge/3 pieds/36 pouces), est un parcours sur la rue Ontario entre les rues Moreau et Viau.

Photo: Guy L'Heureux

Photo: Guy L’Heureux
Œuvres de la série Bas collants / Sticky tights (2013), Nadège Grebmeier Forget

Que ce soit les carnets de Sylvie Cotton, la modélisation_visage 2 de Lise Boisseau ou les dessins de Michel Boulanger, la plupart des pièces sont des œuvres sur papier, dessins ou aquarelles qui laissent apparaître des formes, des éléments figuratifs ou de vagues impressions. Elles proposent de délicats échos à l’œuvre Sans titre (1992) de Molinari qui est présentée sur le mur du fond. Il s’agit d’un monochrome bleu, composé de différentes valeurs chromatiques, qui présente ces fameuses lignes verticales, mais ici un peu en oblique, ce qui a pour effet de renforcer cette idée de mouvement et de champ chromatique dynamique. Juste à côté on trouve deux œuvres de Marie-Claire Blais qui se trouvent en réel dialogue visuel avec celle-ci. Dans Le zéro et l’infini 3a et Le zéro et l’infini 3b, des points faits de pigments bleus composent, sur du papier blanc, des formes géométriques triangulaires et identiques. L’effet visuel du bleu et le dynamisme des diagonales font écho à l’œuvre voisine tout en saturant moins le regard. Deux effets différents, mais tout aussi efficaces et dynamiques.

Photo: Guy L'Heureux

Photo: Guy L’Heureux
Projection par Sacrifice (2013), Francis Montillaud

Il y a bien entendu beaucoup d’autres artistes présents dans cette exposition dont je ne peux vous parler ici. Malgré la diversité des pratiques – et c’est là la réussite de la commissaire – les oeuvres réunies se font écho et entre en dialogue. Pour cela, il vaut la peine de faire un détour par Hochelaga-Maisonneuve cette semaine.

Ce projet est une initiative très intéressante qui, je l’espère, atteindra son but : rejoindre les gens du quartier et leur faire voir ce qui se passe à proximité de chez eux. Cela dit, pour rendre la portée plus efficace et pour élargir les publics, peut-être aurait-il fallu investir des lieux qui ne sont pas dédiés à l’art pour ainsi confronter les gens aux œuvres ? Somme toute, l’idée reste noble, et la présentation est très efficace. Les autres arrondissements de Montréal devraient prendre exemple sur ce projet.

À propos de Catherine Barnabé


Catherine a étudié l’histoire de l’art à l’UQAM en s’intéressant particulièrement aux pratiques urbaines : à des artistes qui marchent et laissent des traces dans la ville. Depuis, elle tente plein de choses : elle écrit des textes, elle est parfois commissaire, mais jamais artiste. Elle s’occupe de la programmation à la galerie Espace Projet, où on présente des artistes de la relève en arts visuels et en design.



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