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Publié par le 12 juin, 2013 dans Varia | commentaires

OPINION: La coiffe à plumes sur la tête de ce hipster n’est pas un chapeau

Source: http://www.businessinsider.com/karlie-kloss-native-american-costume-removed-2012-12

Source: http://www.businessinsider.com/karlie-kloss-native-american-costume-removed-2012-12

Depuis quelques mois, l’histoire se répète. Tout commence par une personnalité connue qui porte une coiffe à plumes autochtone en public, comme Karlie Kloss lors d’un défilé de Victoria’s Secret, Gwen Stefani ou Drew Barrymore. En quelques heures, la photo ou la vidéo fait le tour des réseaux autochtones. Choqués, plusieurs écrivent à ladite personne ou à la compagnie qui l’endosse pour décrier l’utilisation cosmétique de leur culture. S’ensuivent parfois des excuses, souvent maladroites, quelquefois une incompréhension totale. Quelques semaines plus tard, le cycle recommence avec une nouvelle vedette. Le phénomène a même été baptisé par ceux qui décrient cette mode: le “hipster headdress”.

Au front de cette bataille, il y a entre autres Adrienne Keene, une blogueuse qui n’en peut plus de l’insensibilité et de l’indifférence de la culture occidentale aux cultures autochtones. Sur son blogue Native Appropriations, elle recense et critique tous les exemples d’appropriation de cultures autochtones qu’elle peut trouver. Et elle est fâchée!

Mais pourquoi? C’est là où le dialogue devient difficile.

D’un côté, il y a ceux qui disent simplement apprécier l’esthétique des coiffes à plumes et des vêtements traditionnels autochtones. C’est une mode, bref. Il ne faut rien y voir de plus. De l’autre, il y a ceux pour qui les coiffes à plumes font partie intégrante de leur culture et dont la signification va bien au-delà de l’esthétique. Dans son billet But Why Can’t I Wear a Hipster Headdress, Keene le résume ainsi:

“The wearing of feathers and warbonnets in Native communities is not a fashion choice. Eagle feathers are presented as symbols of honor and respect and have to be earned. Some communities give them to children when they become adults through special ceremonies, others present the feathers as a way of commemorating an act or event of deep significance. Warbonnets especially are reserved for respected figures of power.

[Le port des plumes et des coiffes de guerre dans les communautés autochtones n’est pas une mode. Les plumes d’aigle sont offertes comme des symboles d’honneur et de respect, et elles doivent être méritées. Certaines communautés les offrent aux enfants qui passent à l’âge adulte, au cours de cérémonies, d’autres utilisent les plumes pour commémorer une action ou un événement à la signification profonde. Les coiffes de guerre, en particulier, sont réservées à des personnes de pouvoir que l’on respecte].”

Mais la meilleure explication, à mon sens, demeure celle de l’artiste Cannupa Hanska Luger qui a répliqué par l’art (avec d’autres artistes visuels) à cette appropriation culturelle:

“Appropriation of cultural Regalia, such as the war bonnet … causes sacred objects to lose their power when they are represented out of context. Adopting a culture, without context or understanding, drags the stories and history of that culture through the mud and bastardizes a sacred history for the ‘kitsch’ aspect of an object. These products create a mentality of disrespect toward the culture they were derived from. They do not honor the aesthetic–they steal and consume an identity.

[L’appropriation des tenues d’apparat d’une culture, comme dans le cas des coiffes de guerre, fait perdre leur pouvoir aux objets sacrés s’ils sont représentés hors contexte. Adopter une culture, sans contexte ou compréhension de cette culture, traîne les histoires et l’Histoire de cette culture dans la boue et abâtardit une histoire sacrée pour le simple aspect “kitsch” d’un objet. Ces produits créent une mentalité d’irrespect envers leur culture d’origine. Ils ne rendent pas hommage à l’esthétique – ils volent et consomment une identité.]”

Ajoutons à ces explications que si les plumes peuvent avoir des significations précises, profondes et différentes selon les cultures autochtones, elles ont aussi servi à ridiculiser et à composer l’image uniforme et réductrice de “l’Indien” qui a nourri l’imaginaire de plusieurs générations (je vous parlais d’ailleurs cet automne de Reel Injun, cet excellent documentaire qui relate et dénonce l’histoire de l’image de l’Indien fabriquée par Hollywood). Serait-il surprenant alors que, aux yeux de ceux qui se voient souvent dépeints comme des imbéciles à plumes faisant des “wou wou wou” autour du feu, cette appropriation des coiffes à plumes n’apparaisse que comme un chapitre de plus de ce même mépris?

Les luttes pour une pleine reconnaissance des nations autochtones, de leurs cultures et de leur autonomie ont toujours cours partout aux Amériques. Le mouvement Idle No More nous le rappelait d’ailleurs cet hiver. Au Canada, la guérison suite au passage de milliers d’autochtones dans les pensionnats, où on les dépouillait de leur culture parce qu’on la considérait comme inférieure, commence à peine. Les rapports entre autochtones et allochtones sont fragiles et riches en blessures. Alors, pourquoi ne pas résister à la tentation de ce nouvel «accessoire de mode» qui n’en est pas un? La coiffe à plumes sur votre tête n’est pas qu’un chapeau.

Quelques exemples des derniers mois:

La princesse de Monaco

Michelle Williams

Nicole Richie

Drew Barrymore

Gwen Stefani

Victoria’s Secret

L’Igloofest

Ajout – 15/06/2014:
Lors de l’écriture de ce texte, j’ai oublié de mentionner cette lettre de la pertinente et documentée blogueuse Chelsea Vowell. Elle y fait la comparaison entre la coiffe à plumes et les diplômes universitaires, tous deux obtenus suite à des accomplissements reconnus par la communauté. À lire.

À propos de Dominique Charron


Dominique danse depuis qu'elle est toute petite, tant en ballet classique qu'en danse moderne et contemporaine. Elle a aussi étudié le cinéma et la littérature par le passé. Entre ses cours actuels de science politique et d'anthropologie, elle se fait chroniqueuse Premières Nations à Canal M et alimente le Tumblr d'actualité autochtone Peuples visibles. Elle a aussi collaboré comme recherchiste au magazine radio Dans le champ lexical.



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