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Publié par le 6 juin, 2013 dans Musique | commentaires

Retour sur mai en cinq albums

 

NationalThe National – Trouble Will Find Me

Permettez-moi la confession suivante : quand The National fait paraître un album, c’est Noël chez les Roy. J’aime ce groupe comme un membre de la famille. Mais comme pour tout enfant ou parent d’une cellule où la réussite fait loi, les demi-teintes ne sont pas permises*. En d’autres mots, un ratage ne fait pas que décevoir, il brise le cœur.

Après la première écoute de Trouble Will Find Me, mon âme fendue de l’ombre de la tranche d’une grande faucheuse pousse treize soupirs sur fond de sourire, lui aussi tout grand fendu. C’est ô combien beau, ô combien triste, ô combien serein, ô etc. Et pas seulement dans le propos.

Il y a bien entendu tous ces petits tableaux déchirants signé Matt Berninger, lequel est toujours habité de ses « peurs prudentes » et armé de son « dévouement inconditionnel », pas encore tout à fait maître de ses démons et de ses pensées tamponneuses. Mais il y a aussi le travail méticuleux du réalisateur et guitariste Aaron Dessner qui, depuis l’expérience Dark Was The Night en 2009, impressionne par sa maîtrise de la console et son habileté à doser pour transformer la simple mixture en onction pour oreille capricieuse.

En d’autres termes: aucun groupe ne réussit à remuer autant en bougeant si peu.

Le paradoxe demeure donc : qu’il soit exécrable ou magnifique, un album de The National me brisera toujours le cœur.

*C’est pas vrai. On adore l’échec.

***

savages

 Savages – Silence Yourself

C’est le grand cycle. Choses naissent, choses meurent et choses renaissent de leurs cendres. Et dans certains cas, choses ressuscitent, comme le Christ, pour nous rappeler que le chemin emprunté mène à l’impasse. Dans le domaine du rock, au tournant des années 2000, le garage est revenu à la vie pour révéler l’inauthenticité du nu-métal et du post-grunge. Une décennie plus tard, de nombreux genres affectés et essoufflés prêtent le flanc à un blâme de même nature et pourraient contribuer à la résurgence d’un mouvement nouveau qui ne fait pas dans la dentelle. Entendons-nous bien, on parle ici de rock à l’état pur.

Pour remplir le poste de porte-étendard du « ok-ça-suffit-le-synthé », je vote Savages. Trois Anglaises et une Française, en quatuor classique, sans artifices ni éclat. Une batteuse (Fay Milton) qui tire le meilleur de ses articulations, une bassiste (Ayse Hassan) fidèle au crédo de la première Église du punk, une chanteuse (Camille Berthomier, alias Jehnny Berth) au regard de braise qui enflamme les grosses briquettes sonores de ses partenaires sauvagesses, et surtout une guitariste dompteuse (Gemma Thompson) qui fait bondir son fauve à six laisses dans un cerceau de distorsion en lui brandissant sous le manche un jarret d’effets bien viandé. Ouais, ça goûte le sang et ça sent la braise du regard de l’autre.

Prenez des notes, les garçons.

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champion

Champion – °1

L’appréhension de la tragédie björkienne où la protagoniste danse dans le noir en comptant ses pas jusqu’à la potence. L’anxiété de l’amnésie yorkienne où la victime tente de se convaincre de son absence et de fuir le cauchemar éveillé. Toutes ces cordes angoissantes qui planent au dessus de l’œuvre, susceptibles à tout moment d’être sectionnées par l’épée de Damoclès qui oscille un peu plus haut. Ce qu’on écoute n’entend pas à rire. Et pour cause.

Au début du mois de juin 2010, Maxime Morin apprend qu’il est atteint d’un cancer du sang. Redoutable épreuve à franchir, même pour un champion, mais discontinuation totale pour l’artiste dont le cœur se demande comment battre pour aider l’esprit à se battre et le corps à combattre. L’homme est toujours, mais le DJ n’est plus. À la confirmation du diagnostic du moins.

En 2013, le DJ est de retour… mais sans l’artillerie électronique. Ou presque. La vie étant ce qu’elle est et surtout ce qu’elle aurait pu ne pas être, Maxime a dû apprendre à voguer doucement d’un jour à l’autre, laisser le courant guider, trouver le prochain rivage sans le chercher. C’est, semble-t-il, au quai de l’instrumental, de la bande sonore et de l’intimité qu’il a accosté. Bien que de son propre aveu il n’ait aucune crédibilité en composition classique, °1 est un album qu’il devait faire. Un passage obligé, par respect, pour bien des choses.

Un disque dur, mais fragile.

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cou-coup

Cou coupé – Chansons d’ascenseur, d’escalier et de chute libre

Vous avez déjà vu un cou coupé? J’en doute. À l’extérieur de la péninsule arabique, les billots et les tranches-têtes ont été remisés. Triste sort pour la guillotine, ce joli couteau à patate de conception française. Et c’est sans souligner que sur le plan sémantique, un cou coupé renvoie plutôt à un moignon de tête ou un chicot d’épaule. Bref, c’est à la fois rare et difficile à décrire. Comme le groupe québécois qui en porte le nom.

Toutefois, si on pousse un peu plus les recherches avec un peu plus de sérieux, on apprend que le cou coupé est en fait une espèce de passereaux caractérisée par son plumage fauve, sa gorge blanche, ses pattes roses et une bande rouge qui lui barre le cou. Mettez-le dans une petite horloge à pendule et on l’appellera coucou coupé, présentez-le à Jacques Bertrand Jr. et Jean-Philippe « Navet confit » Fréchette et ils en feront un projet tout aussi exotique et bariolé (avec un peu de chance, je clos le chapitre sur l’onomastique et je traite de la musique dans le prochain paragraphe).

Sur le plan de la musique, c’est du très quelque chose habillé dans du gros n’importe quoi, fabriqué avec soucis par des gens compétents qui ne cherchent pas à plaire à qui que ce soit. La liberté totale que seuls peuvent s’offrir des musiciens qui préfèrent donner gratuitement leur musique à qui veut l’entendre, et laisser à d’autres la chance d’une pitance dans le jeu cruel de la stratégie de mise en marché. Bref, comme la chose demeure inclassable (vous essaierez de classer un disque qui propose du folk touchant, un funk sur la difficulté de la gymnastique, une finale en free jazz et un duo bossa nova avec Géraldine), je vous laisse en guise d’appât un bel échantillon du travail : La prochaine fois que je jetterai mon dévolu, ce sera aux poubelles. Si le charme du titre n’opère pas, la flûte de pan devrait avoir raison de vos dernières réticences.

***

young wonder

 Young Wonder – Show Your Teeth

On termine le mois avec un EP electro-coloré. Convaincu de l’origine du groupe et peu soucieux de conjuguer convenablement mes auxiliaires, j’y ai mis ma main au feu. Young Wonder, prenez pour preuve mes pauvres paumes bandées, n’est pas scandinave. Et moi qui pensais pouvoir reconnaître les groupes suédois aussi facilement qu’un pompier repère une borne-fontaine. Boulette!

Le duo composé d’Ian Ring et Rachel Koeman émane de Cork, troisième ville d’Irlande. La preuve (encore elle) en est qu’on entend de la cornemuse filtrée sur le troisième morceau, To You. Rien de très folklorique pour autant. Show Your Teeth, deuxième EP du groupe, repose essentiellement sur la cohabitation de gros rythmes hip-hop, de synthétiseurs euphoriques et d’une voix féminine puissante aux inflexions justement si suédophiles.

Certains et certaines, et ils sont nombreux et nombreuses, ont en horreur ce genre de voix. Un croisement entre le gémissement d’une gamine qu’on prive d’une deuxième boule de sorbet et le gazouillis d’un colibri gavé de fromage en grains trempé dans le cream soda (kwik-kwik-fizzzz). C’est compréhensible. Mais moi, ornithologue amateur et partisan de la ligne dure en matière d’éducation des tout-petits*, j’en raffole. Et si le tout est au service de mélodies qui ont un goût de revenez-y, je ne demande pas mon reste et, de contentement, je me frotte les mains. OUTCH!

 *C’est pas vrai, on encourage la petite délinquance.

À propos de Nicolas Roy


Nicolas écoute d'une oreille distraite pour rendre compte de manière abstraite, ou déploie un radar de pointe pour faire rapport avec sérieux. Peu enclin à juger défavorablement, il s'en tient à suggérer ce qui, selon lui, mérite l'attention de l'auditeur et commande la protection de ses tympans. À l'exception du Deathgrind, il aime de tout pour tous.



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