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Publié par le 1 juin, 2013 dans Théâtre | commentaires

Ganesh Versus the Third Reich / FTA 2013

 

Ganesh-vs-The-Third-Reich

L’idée de départ est accrocheuse : le dieu Ganesh part à Berlin en 1943 pour récupérer le svastika volé par le parti national socialiste allemand. Brian Tilley, l’acteur qui a eu l’idée de la pièce, nous l’annonce d’emblée : « It’s a play about power. » « This seems like a good play », répond immédiatement Simon Laherty, provoquant les rires du public. Et ça commence.

Shiva et sa femme apparaissent, grâce à un jeu d’ombres chinoises. Le dieu, hors de lui à cause du rapt du svastika, veut détruire l’univers pour se venger. Son fils Ganesh s’interpose. Il ira au cœur du repère d’Hitler pour récupérer le précieux symbole et sauvera ainsi le monde de la colère de son père. Le récit de son voyage, enveloppé de la musique de Johan Johannsson, sera entrecoupé par des moments où les comédiens décrochent de leur rôle et se mettent à discuter du bien-fondé de leur démarche. Ces discussions dégénèrent souvent, parfois jusqu’à l’engueulade.

Portant son t-shirt d’ACDC quand il ne joue pas le S.S., le comédien Scott Price est préoccupé par le poids des rôles que les acteurs doivent jouer. Il est consterné de voir que Simon joue un juif sans même comprendre ce qu’est l’Holocauste. Plus tard, il s’insurgera parce que Marc Deans (atteint du syndrome de Down) ne fait pas toujours la différence entre la réalité et la fiction. Parce qu’en effet, tous les acteurs sur scène viennent nous visiter en tant que troupe composée de « gens socialement perçus comme ayant une déficience intellectuelle », tous sauf Luke Ryan. Et ils ne se gênent pas pour s’insulter, ce qui étonne. Les créateurs de Ganesh versus the Third Reich nous annoncent une sorte de duel entre une troupe de comédiens et un metteur en scène contrôlant, mais en fait les comédiens sont parfois très durs entre eux, difficile de dire qui se mesure à qui.

Le comédien Luke Ryan, seul de la troupe à ne pas souffrir d’un handicap, fait figure de metteur en scène tyrannique, ce qu’il rend assez bien, malgré son jeu parfois exagéré. Il essaie de garder les échanges constructifs, sauf quand les critiques viennent de lui semble-t-il. Le passage, superflu, où il tente de manipuler le public, fait malheureusement décrocher.

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Photo : Jeff Busby

Malgré ces bémols, si vous avez la chance de voir ce spectacle, allez-y, il est réjouissant. C’est une pièce à perles, remplie de ces petites répliques qu’on aimerait apprendre par cœur. Mark est attachant quand il fait le « mumbling Hitler ». Sa façon de mimer la domination en grognant résume le führer. A-t-on vraiment besoin de se souvenir du tyran plus en détail que cela?

Et cette question de la porosité entre la réalité et la fiction est passionnante. En fait, elle mériterait d’être encore plus approfondie, tout comme d’autres thèmes (par exemple par rapport à la santé mentale des acteurs normaux) qui sont seulement effleurés. La fin laisse également perplexe, il semble qu’une réponse ou qu’une autre couche de sens n’a pas encore été extraite de ce spectacle.

Les rapports entre les personnages de Ganesh montrent de façon éloquente que la violence peut prendre diverses formes. Malheureusement, quand le personnage du metteur en scène « normal » s’esquive sur une dernière vacherie, il ramène le propos de la pièce à une opposition gens normaux vs gens différents simpliste.



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