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Publié par le 26 mai, 2013 dans Danse | commentaires

Le pARTy, 2e Porte à Gauche: rencontre avec Katya Montaignac / OFFTA

 

Photo: Sandra-Lynn Bélanger Interprètes: Aude Rioland et Simon-Xavier Lefebvre

Photo: Sandra-Lynn Bélanger
Interprètes: Aude Rioland et Simon-Xavier Lefebvre

Une ambiance festive peut-elle aider à apprécier l’art?  Rencontre avec Katya Montaignac, commissaire et directrice artistique du pARTy de la 2e Porte à Gauche, dont la troisième édition aura lieu le 30 mai à la Tulipe dans le cadre de l’OFF.TA.

Le terme pARTy parle de lui-même : « Nous avons invité 20 chorégraphes contemporains à relever le défi de créer une œuvre, le temps d’une chanson, dans un espace festif comme celui d’une discothèque », explique Katya Montaignac. C’est un espace déjà marqué par la pratique de la danse, mais pas nécessairement celle de la danse contemporaine ».

Au son de morceaux contenant le mot danse mixés par MC Gilles, tels que Dancing Shoes d’Arctic Monkeys ou Do you wanna Dance des Beach Boys, les artistes conviés donneront à voir des propositions chorégraphiques. Certaines seront participatives et intègreront les spectateurs. D’autres évoqueront davantage des numéros : « les chorégraphes peuvent faire aussi une proposition de l’ordre du théâtral, où l’interprète fait un numéro que tout le monde regarde, ajoute Katya Montaignac. C’est d’ailleurs ce qui peut se passer dans une discothèque classique où un danseur enflammé commence à exécuter un solo improvisé. Il devient le clou de la chanson, entouré de gens qui l’encouragent, et un espace circulaire se forme autour de lui ». De par leurs approches corporelles, certaines propositions chorégraphiques sont de nature à susciter une réaction plus contemplative, alors que d’autres numéros s’imbriquent entièrement dans le contexte de party : « Un Jean-Sébastien Lourdais qui danse sur Madonna, il se peut que certains ne le remarquent pas, puisque beaucoup de personnes dansent autour de lui. Les spectateurs qui s’en aperçoivent s’écartent un peu et le regardent, souvent en continuant à danser. Comme dans une discothèque classique, certains croient que c’est un spectateur comme eux, fan de Madonna jusqu’au bout des ongles. On joue aussi sur cette ambiguïté et on ne vient pas nécessairement casser l’ambiance ».

Ceci dit, les morceaux utilisés par les chorégraphes ne sont pas tous dansants, ni populaires : « tout à coup, l’ambiance du pARTy peut volontairement s’interrompre. Ce n’est plus le pARTy, mais un truc apocalyptique, un numéro de danse contemporaine un peu grinçant. Et aussitôt que c’est terminé, VROUM, le DJ mixe une chanson des Rita Mitsouko et tout le monde court sur scène. C’est ça aussi le théâtre de la vie humaine, des drames se passent et pourtant the show must go on. Quelles que soient les propositions chorégraphiques, le pARTy continue».

Être le clou de la soirée le temps d’une chanson, avoir ses quelques minutes de gloire pendant le pARTy, ce n’est pas seulement réservé aux danseurs professionnels. Grâce au karaoké dansant, tout un chacun pourra choisir, s’il le désire, sa chanson dans un catalogue qui circulera dans la salle. MC Gilles lui dédicacera le morceau « qu’il pourra danser, et non pas chanter, sous les projecteurs parmi d’autres gens qui dansent. Ce jeu peut se faire seul, à deux, à trois, à 10, en groupe. précise Montaignac. Les participants s’approprient la danse contemporaine, l’éprouvent dans leurs corps, que ce soit par la danse libre, le pied de nez, l’humour ou la parodie».

Photo: Sandra-Lynn Bélanger Interprètes: Victoria May et Peter Trosztmer

Photo: Sandra-Lynn Bélanger
Interprètes: Victoria May et Peter Trosztmer

Ainsi, tous les projets de la 2ème Porte à Gauche tentent de démystifier la danse contemporaine. « Mais la démystifier, ça ne veut pas dire forcément la rendre facile de compréhension, mais aller vers le public et lui donner des clés pour aborder une œuvre d’art contemporaine. Est-ce que le fait d’être dans un party, d’être décontracté et d’avoir une bière à la main fait qu’on va plus ou moins apprécier la danse? Faut-il être assis religieusement et respectueusement dans un fauteuil devant un spectacle, un peu comme dans une messe, de manière à sacraliser l’œuvre d’art ? La désacraliser, ça ne veut pas dire lui enlever sa valeur, mais l’apprécier autrement » souligne Katya Montaignac. Telles sont les questions que posent les protagonistes du pARTy au public, aux artistes participants et à eux-mêmes.

Installée au Québec depuis 10 ans, après plusieurs séjours qui lui ont permis de développer des connexions avec le milieu local de la danse, Katya Montaignac crée depuis longtemps des pièces de danse qui s’inscrivent dans des contextes non conventionnels, entre autres des performances in situ et des créations participatives. Il était donc logique qu’elle croise le chemin de la 2e Porte à Gauche, avec qui elle a des atomes crochus, et qu’elle joigne la compagnie en 2006. Aujourd’hui, non contente d’œuvrer comme dramaturge pour plusieurs compagnies de danse à Montréal et comme médiatrice culturelle, elle réalise une thèse de doctorat en danse à l’UQAM et conçoit des Objets Dansants Non Identifiés à la fois pour sa compagnie éponyme et pour la 2e Porte à Gauche. Ces Objets Dansants Non Identifiés, la jeune femme les définit comme « des trucs chorégraphiques qui s’inscrivent à un moment donné quelque part, dans une rue, dans un parc, souvent in situ mais pas nécessairement. Ce n’est pas une chorégraphie, car, même s’il y a des consignes, le résultat dépend des réactions des participants, qui sont à la fois les danseurs et les spectateurs. Plusieurs chorégraphes créent des Objets Dansants Non Identifiés.  Et, c’est ce que j’aime, en tant que spectatrice et critique, voir des propositions que je ne reconnais pas formellement comme une chorégraphie ou un spectacle. Quand on me demande de créer quelque chose, je crée souvent ce genre de choses ». Et d’ajouter : «  que ce ne soit pas complètement identifiable, c’est ce qui m’intéresse.  »

Le pARTy est lui-même un Objet Dansant Non Identifié. En particulier, il implique plusieurs niveaux de réception : « Certaines personnes prises par la danse ne voient pas qu’il y a un numéro en train de se passer. C’est très intéressant pour le public à une plus grande distance, souligne Montaignac. Celui-ci voit non seulement les gens qui regardent le danseur tout en dansant avec lui, mais aussi, les gens qui dansent sans voir le danseur danser».

Le pARTy sera aussi l’occasion de fêter le 10e anniversaire de la 2e Porte à Gauche, compagnie fondée par Frédérick Gravel et Marie Béland et comptant également Rachel Billet, Catherine Gaudet et Katya Montaignac. Les artistes qui se prêteront au jeu sont à la fois des chorégraphes chevronnés, des chorégraphes de la relève et des chorégraphes en devenir : Marie Béland, Vanessa Bousquet, Dans son salon (Emmalie Ruest et Karenne Gravel), Danièle Desnoyers, Clara Furey, Paul-André Fortier, Milan Gervais, Frédérick Gravel, Emmanuel Jouthe, Sasha Kleinplatz, Hélène Langevin, Jean-Sébastien Lourdais, Thea Patterson, Raphaëlle Perreault, Isabelle Poirier, Les Soeurs Schmutt, Andrew Tay, Peter Trosztmer, Andrew Turner et Katie Ward.

Est-il possible d’avoir une proposition à la fois sérieuse et festive qui engage le rapport du public à l’art, au corps d’autrui et à son propre corps? On le saura le 30 mai. Pour la toune du karaoké dansant, mon cœur balance entre Cindy Lauper et Yeah Yeah Yeah, et vous?

À propos de Nayla Naoufal


Nayla est stagiaire postdoctorale à l'Université Laval, où ses travaux s'inscrivent au croisement de l'éducation relative à l'environnement, de l'éducation interculturelle et de l'éducation à la paix. Dans son autre vie, elle est critique de danse et collabore à Ma mère était hipster et au Devoir. Fondatrice du blogue Dance from the mat et vagabonde intellectuelle assumée, elle affectionne les librairies, les bibliothèques et les salles obscures.



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