Menu de pages
TwitterRssFacebook
Menu de catégories

Publié par le 25 mai, 2013 dans Théâtre | commentaires

Nella Tempesta – Motus / FTA2013

Nella tempesta ©Andrea Gallo IMG_1988

Enrico Casagrande et Daniela Nicolò, fondateurs de la compagnie italienne Motus, ont choisi Montréal pour lancer leur nouvelle pièce, après l’engouement qu’a connu Alexis (Une Tragedia Greca) au FTA l’an dernier. Le public s’est senti fortement interpellé par ce spectacle, au moment où le sentiment d’indignation du Printemps érable était à son comble. Sollicités lors d’une scène afin de simuler une émeute, les gens avaient été nombreux à fouler les planches. Touchés, les créateurs ont souhaité renouveler l’expérience cette année. C’est donc en grande première mondiale que le FTA présentait hier Nella Tempesta, à la Cinquième salle de la Place des Arts.

Nella Tempesta, en français, signifie « dans la tempête ». Magnifique titre qui nous dirige vers deux niveaux d’interprétation. C’est un peu dans l’œuvre de Shakespeare, La tempête, que les spectateurs seront plongés durant une heure et demie, côtoyant ses principaux personnages (Prospero, Ariel, Miranda, Caliban). Mais bien plus qu’un classique revisité, Nella Tempesta est une invitation au chaos, à plonger tous ensemble « dans la tempête ».

7_Nella tempesta ©Andrea Gallo IMG_3052

La compagnie Motus ne fait pas du théâtre « devant le public, mais avec lui *», nous dit le programme. Pour ce spectacle, l’équipe fait appel à la générosité des spectateurs et leur demande d’apporter des couvertures qui seront, dans un premier temps, utilisées pour la représentation (seules véritables accessoires, d’ailleurs) avant d’être offertes à des organismes de charité.

Plusieurs personnes ont répondu à l’appel. Des préposés amassent donc les couvertures une à une et en profitent pour discuter avec les âmes charitables, pour leur demander si leur bout de tissu est chargé de souvenirs, lesquels, etc. Ça bavarde et rigole un peu. Sur scène, les comédiens récoltent ces couvertures, les observent, les manipulent, les plient. Tout ça au rythme de « Riders on the storm » de The Doors… tout à fait de circonstance. La chimie opère. Ça me semble bien parti.

À un moment, les lumières s’éteignent. Sur scène, rien du tout. L’espace scénique n’est qu’un grand carré blanc, vide. Que des corps et des couvertures pour le remplir. Tout est à construire et ça me plaît. Les comédiens doivent se déployer, les spectateurs, imaginer.

3_Nella tempesta ©Andrea Gallo IMG_2087

Le proposition est fort intéressante et d’actualité. On souhaite questionner le pouvoir (en début de spectacle, Ariel interroge la toute-puissance de son maître, Prospero), tout comme l’a fait Ostermeier avec Un ennemi du peuple, en ouverture au FTA. Sauf qu’ici, elle est moins claire et la trame narrative ne l’est pas davantage. Ça n’aboutit pas. On propose le chaos comme mal nécessaire, petite mort avant que tout prenne vie à nouveau, autrement. « Chaque nouveau départ est une petite mort », « il ne faut pas fuir les tempêtes, mais les déchaîner *», clament les personnages, nous conviant au chaos. Mais ce chaos, justement, est trop grand. Les scènes m’ont paru désorganisées, les personnages, désincarnés et sans grande complicité. Les chorégraphies sont belles. L’utilisation des couvertures (pour en faire une île, des vagues qui se déchaînent…) est astucieuse et l’effet visuel réussi. Somme toute, je suis restée observatrice et ne me suis pas sentie partie intégrante de cette tempête qui déferlait sur scène. À l’invitation, je n’ai pas répondu. La tempête n’a pas vraiment lieu.

C’est donc un peu déçue que je suis ressortie de ce spectacle plein de promesses. Je reconnais tout de même le travail d’une équipe animée et désireuse de faire bouger les choses. Je tiens d’ailleurs à saluer celui de Silvia Calderoni (dans le rôle d’Ariel), véritable pouls du spectacle. Elle s’agite dans tous les sens, incarne véritablement ce chaos, afin que « le temps scénique [ne] tombe [pas] *». La finale, aussi, est puissante et d’une grande beauté. Il s’agit du seul moment où j’ai véritablement eu l’impression de me trouver « dans la tempête », où j’ai senti que le vent se levait. Les personnages se déchaînent, les couvertures volent et heurtent les spectateurs. Le chaos gagne enfin l’espace public. Ce souffle n’aura malheureusement pas su porter tout le spectacle. Dommage.

*Citations prises dans le programme de la soirée et dans la pièce



%d blogueurs aiment cette page :