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Publié par le 8 mai, 2013 dans Arts visuels | commentaires

Anti/Matière – Elektra Festival international d’art numérique

Pour sa 14e édition, le festival Elektra a réuni cette année une quarantaine d’artistes en art numérique d’ici et d’ailleurs autour du thème Anti/Matière. L’événement qui se tenait du 1er au 5 mai dans plusieurs lieux, a proposé une série de performances audiovisuelles, sonores et immersives. Quelques galeries et lieux de diffusion présentent par contre durant tout le mois de mai des installations sonores et visuelles d’artistes québécois. Voici un survol de ces propositions assez éclectiques, mais tout aussi efficaces et conséquentes.

Marie A. Côté, Jeux de bols et de voix – Oboro – 27 avril au 1er juin

Photo: M.A. Côté, 2011

Photo: M.A. Côté, 2011

Jeux de bols et de voix est une installation visuelle et sonore (mais qui laisse davantage de place à l’aspect visuel), qui a été développé lors d’une résidence de l’artiste au Nunavik en 2011. Présentés à Oboro, les résultats de son séjour dans le Nord du Québec, proposent une esthétique minimaliste qui joue sur l’imaginaire et les paysages nordiques. Une exposition magnifique par sa simplicité visuelle et sa pudeur qui nous permet de contempler, de nous projeter et d’imaginer.

Marie A. Côté a enregistré lors de son séjour les chants de gorge de huit chanteuses inuites avec, et dans, des bols de porcelaine fabriqués pour l’occasion. Au travers de ces sons, l’artiste a laissé paraître les trames quotidiennes, les échanges entre les femmes et les bruits imprévus. En galerie, les enregistrements sont présentés par un dispositif composé de ces bols, justement, sous lesquels sont dissimulés des haut-parleurs. Quatre bols bleus disposés en cercle diffusent donc ces enregistrements, qui sont assez discrets, et qui transposent en galerie les captations de son séjour. Elle retransmet ces paysages sonores propres au lieu, elle nous donne à entendre et à voir, l’appropriation qu’elle a faite du territoire durant son périple. Cela nous laisse de puissantes images en tête.

D’autres éléments visuels composent l’exposition. À l’entrée, l’œuvre Le son est rond, présente 30 bols blancs au mur et un peu plus loin.  Nord « At the still point of the turning world » est composée d’un autre grand bol, blanc toujours, qui tourne sur lui-même. Une Ligne d’horizon cerne le fond de la pièce. Tracée discrètement sur du papier avec de l’argile d’Inukjuak, l’effet est magnifique. L’artiste propose également une série de dessins, toujours réalisés avec ce même argile, rappel des récurrents bols de céramique. Ceux-ci, motifs qu’elle utilise depuis plus de vingt-cinq ans, deviennent des objets culturels qui servent à transmettre son propos. Leur répétition dans l’espace d’exposition, ainsi que leur utilisation (l’emploi de l’argile pour les dessins, des bols comme haut-parleurs) s’adaptent au sujet de sorte que l’on aura tendance à croire que l’artiste utilise ce motif et cette esthétique particulièrement pour générer du sens avec l’enregistrement sonore et le contexte de création. Pourtant, il s’agit d’une approche récurrente dans son travail. Tous les éléments sont essentiels et se répondent les uns les autres. On sent que Marie A. Côté maîtrise sa pratique et pensent les divers éléments de son exposition comme un tout. Le sens se alors fait de lui même.

Jean Piché, Helix – 2 au 27 mai – Cinémathèque québécoise

L’immersion est totale lorsque l’on entre dans la pièce d’exposition de la Cinémathèque plongée dans le noir complet. Un objet de lumière semble être en suspension au centre. Les couleurs et les formes défilent, et se superposent, et disparaissent. Et on sait tout de suite qu’on va y passer plusieurs minutes.

L’œuvre Helix de Jean Piché est en fait une sorte d’écran torsadé utilisant la lumière structurée, suspendu au plafond, sur lequel sont projetées des images, générées à partir d’une nouvelle technique de mapping vidéo volumétrique. Les images que l’on voit sont, pour la plupart, des formes géométriques qui nous plongent dans une atmosphère de contemplation. Les formes répétitives et colorées font parfois penser à des vitraux, ou encore, aux rayons d’une bibliothèque. Parfois on croit apercevoir des architectures ou encore une silhouette. Mais chaque fois, les volumes qui sont projetés nous ramènent à une écoute et un regard à la fois attentifs et abstraits. Pour le spectateur, suite à une recherche de sens dans les images qui défilent, l’effet immersif fait son travail et nous plonge dans un état de simple contemplation, nous détournant de ces références qui nous viennent naturellement en tête. Cherchant toujours à faire des associations concrètes lorsque l’on regarde une image abstraite, le cerveau met ce réflexe en veille et l’œil ne fait que contempler les abstractions qui bougent dans l’espace. L’ambiance sonore est tout aussi abstraite que les images et participe de cet état méditatif. La disposition de l’écran dans les airs, en flottement dans l’espace obscur, déplace notre regard vers le haut et crée un effet qui ressemble à celui de de la contemplation des étoiles. L’écran torsadé permet quant à lui une lecture inédite de ces images et nous incite à nous déplacer dans l’espace. Jean Piché, et tous ses collaborateurs, réussissent ici une vraie œuvre immersive qui utilise l’abstraction visuelle et sonore qui nous happe.

À ne pas manquer chez Occurrence et chez Skol

DARSHA HEWITT: ELECTROSTATIC BELL CHOIR (CARILLON ÉLECTROSTATIQUE)

DARSHA HEWITT: ELECTROSTATIC BELL CHOIR (CARILLON ÉLECTROSTATIQUE)

À voir également lors du festival, l’exposition Ex Vivo de Sofian Audry et Samuel St-Aubin chez Occurrence, commissariée par Aurélie Besson  et présentée du 2 au 24 mai. Les deux artistes, qui n’en sont pas à leur première collaboration, présentent des projets séparés, mais qui relèvent tous deux du laboratoire. St-Aubin présente des sculptures mécaniques et des dispositifs technologiques qui transposent des objets du quotidien ou proposent des extensions au corps humain. Audry expose une série d’interventions électroniques, réalisées in situ dans la nature, qui modifient les différents paysages.

Chez Skol du 2 mai au 1er juin, on présente une installation sonore électromécanique de Darsha Hewitt qui est composée de téléviseurs à écran cathodiques. L’artiste utilise les charges électrostatiques des téléviseurs afin de faire résonner des cloches.

À propos de Catherine Barnabé


Catherine a étudié l’histoire de l’art à l’UQAM en s’intéressant particulièrement aux pratiques urbaines : à des artistes qui marchent et laissent des traces dans la ville. Depuis, elle tente plein de choses : elle écrit des textes, elle est parfois commissaire, mais jamais artiste. Elle s’occupe de la programmation à la galerie Espace Projet, où on présente des artistes de la relève en arts visuels et en design.



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