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Publié par le 6 mai, 2013 dans Théâtre | commentaires

Le dénominateur commun – Festival du Jamais Lu

Crédit photo: David Ospina

Crédit photo: David Ospina

Emmanuelle Jimenez, dans le dernier dossier de la revue JEU, signe un texte poignant qui parle de liberté individuelle, d’impuissance et de magasinage chez Zellers ; un véritable coup de cœur pour moi. C’est grâce à cette lecture que j’ai choisi d’assister à la mise en lecture de la pièce Le dénominateur commun au Jamais lu hier soir. Cette pièce, écrite par 3 dramaturges (François Archambault, Isabelle Leblanc et Emmanuelle Jimenez) selon une idée originale de Geoffrey Gaquère, est le fruit d’une rencontre entre auteurs de théâtre et scientifiques. Pendant plusieurs heures, les auteurs ont discuté avec quatre spécialistes : Solange Lefebvre, théologienne; Jean-François Arguin, physicien; François-Joseph Lapointe, généticien et Nicolas Levesque, psychologue, afin de leur poser trois questions:

Qui sommes-nous?

D’où venons-nous?

Où allons-nous?

Les dramaturges se sont inspirés des réponses des scientifiques pour produire une pièce où sont réunies plusieurs histoires entrecoupées de monologues adressés directement au public. Le projet était ambitieux. Les questions, extrêmement larges, pouvaient pousser les auteurs vers une cérébralité à outrance. Au lieu de cela, ils nous offrent une pièce truffée de personnages incarnés, vivants, souvent drôles. Ils ont réussi à transposer métaphoriquement les explications parfois arides des scientifiques.

Le dénominateur commun s’ouvre sur un délire autour du chiffre 4 (point de départ : les 4 lettres contenues dans l’ADN). Ensuite, une femme retrouve sa liberté en pétant un plomb : elle réalise qu’elle peut choisir de s’appeler Mireille Mathieu si elle le souhaite. Un incorrigible infidèle nous explique comment il obéit à ses gènes avant tout. Un frère et une sœur se demandent quoi donner à leur autre sœur qui va mourir. Des mécaniciens parlent de l’origine du char. Une femme explique comment elle se désennuie dans le métro en choisissant un partenaire hypothétique parmi ses voisins de siège (en cas de fin du monde, précise-t-elle). Puis, le déclassement de Pluton du rang des planètes donne lieu à un passage hilarant où les personnages tentent de trouver une nouvelle phrase mnémotechnique pour remplacer la désormais désuète : « Mon vieux tu m’as jeté sur une nouvelle planète. »

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Crédit photo: David Ospina

Je vais sûrement adopter « Mon voyage tourne mal, je suis ultra névrosée », proposée par le personnage de Marie-Hélène Thibault, ou la poétique « Ma vie vient jusqu’à s’éteindre ultimement nébuleuse », dite par le personnage de Murielle Dutil. J’ai été agréablement surprise par le talent comique de cette dernière et aussi de Maxime Gaudette; je ne les avais encore jamais vus dans ce type de rôle. D’ailleurs, tous les acteurs étaient solides; nommons Julien Poulin et Marie-Hélène Thibault,  à la hauteur comme toujours. Par contre, le seul passage qui, sans me déplaire totalement, m’a semblé isolé de l’ensemble, est l’histoire de Rita Houle. La réflexion qu’elle amène est utile, mais celle-ci était difficile à recevoir par sa rupture de ton brusque.

Enfin, cette façon de nourrir l’écriture en mélangeant les disciplines est une très bonne idée de Geoffrey Gaquère  et qui devrait être expérimentée plus souvent. Les dramaturges ont écrit ce qu’ils n’auraient pas écrit autrement (pour paraphraser François Archambault lors de la discussion qui a eu lieu après la représentation). En outre, ce type de théâtre peut éventuellement devenir une façon d’intégrer les connaissances de différents domaines, ce que nos formations cloisonnées d’aujourd’hui ne nous encouragent pas à faire.

Crédit photo: David Ospina

Crédit photo: David Ospina

N’hésitez pas à aller voir Le dénominateur commun quand il fera partie des pièces à l’affiche de la saison régulière. Je vous encourage aussi à profiter des autres rendez-vous du Jamais lu. Pour ma part, je suis intriguée par la pièce The Weight de Benoit Drouin-Germain et de Emmanuel Schwartz, le mercredi 8 mai, sans oublier le fameux Bal littéraire avec Marion Aubert, Simon Boulerice (mon chouchou), Evelyne de la Chenelière (ma chouchoute), Rémi deVos (l’auteur de Sextett) et Pauline Sales, le vendredi 10 mai.

La programmation complète juste ici



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