Menu de pages
TwitterRssFacebook
Menu de catégories

Publié par le 28 mar, 2013 dans Littérature | commentaires

Visite la nuit – Caroline Legouix / Éditions de la Grenouillère

url

par LAETITIA LECLECH

Les Éditions de La Grenouillère, 2012

Dans ce recueil de 19 nouvelles, dont certaines ont été au préalable publiées dans des revues littéraires telles que Moebius ou Virages, et dont deux ont remporté des prix en France*,  Caroline Legouix manie une plume très efficace qui nous amène dans des mondes tour à tour inquiétants, violents, sombres ou nostalgiques.

Ce qui frappe dans la majorité de ces nouvelles, c’est leur brièveté. Certaines d’entre elles, les plus dures probablement («L’angelot», «Visite tardive», «La préférée»), claquent en quelques pages et se terminent de manière abrupte, nous laissant avec de fortes émotions. D’autres s’étirent sur quelques pages de plus («L’insolitude», «Le chêne du village») pour distiller des sentiments plus subtils encore, une certaine nostalgie du passé et de l’enfance.

Certaines, terribles, font écho à des événements de l’actualité («Ligne de mire en direct») ou de l’Histoire («L’été des ombres»), confirmant le talent de Caroline Legouix pour le suspense, et pour le genre de la nouvelle, qui doit en quelques pages nous amener d’un point A à un point B en nous accrochant tout du long. L’auteure s’essaie également à une sorte de calligramme en prose avec la nouvelle «Vertiges de l’amour», dont le texte suit les sentiments de son personnage, en s’étirant physiquement, en prenant des formes différentes. La dernière nouvelle, plus longue (37 pages), nous transporte au Moyen-Âge,  chez Margaux Duval, jeune femme qui devra affronter  la violence et subira de fausses accusations de sorcellerie. À moins que…

Cette dernière nouvelle nous tient en haleine malgré le changement de ton par rapport aux autres textes. Cependant, quelques clichés dans le traitement de cette période historique font que cette nouvelle – un peu trop scolaire et un peu trop précipitée dans tous les événements qu’elle relate – reste la moins marquante. Un recueil de nouvelles, par définition, contient différents styles et différents sujets. Il est parfois difficile de créer une unité dans un tel ouvrage. Caroline Legouix y parvient en nous présentant ce premier recueil aux Éditions de La Grenouillère, petite maison d’édition basée à Saint-Sauveur. Les 18 premières nouvelles se font écho les unes aux autres, allant chercher nos sentiments parfois ambigus à propos de l’amour, de l’infidélité, de la vieillesse et de la filiation.

On sent que l’auteure a travaillé ses textes, les mots sont choisis avec justesse. Si cela peut donner l’impression d’un style trop appliqué parfois, il en reste qu’une telle qualité d’écriture fait toujours plaisir et que le lecteur sent qu’il a affaire à une auteure passionnée.

Ma sève est montée presque deux cents fois et mon écorce abrite dans ses fibres les cicatrices des promesses d’amour ou des haines inavouées gravées par les humains, génération après génération. Les plus anciennes de ces balafres sont devenues illisibles avec le temps, étirées et déformées par ma croissance, colmatées par mon suc printanier. (« Le chêne du village », p. 83)

Le livre est disponible en format numérique, et l’auteure a un blogue sur lequel elle publie une nouvelle  chronique chaque samedi.

*« L’insolitude », 12e concours de nouvelles du Lecteur du Val en 2010, et « Ligne de mire en direct », 14e concours de nouvelles

À propos de Laetitia Le Clech


Lætitia rédige ses « rapports de lecture » depuis début 2006 sur son propre blogue Lectures d'ici et d'ailleurs (lecturesdicietdailleurs.blogspot.ca/) et depuis 2012 sur Ma Mère était hipster pour partager ce que la lecture représente pour elle : à la fois refuge et échappatoire, réflexion sur la vie, beauté et poésie, choc et douleur. Les livres sont ses meilleurs amis depuis toujours et elle a décidé d’essayer de leur rendre la pareille.



%d blogueurs aiment cette page :