Menu de pages
TwitterRssFacebook
Menu de catégories

Publié par le 24 mar, 2013 dans Littérature | commentaires

L’universitaire et les médias – Collectif / Éditions Liber

url
Éditions Liber, 2013

Voir des spécialistes (politologues, sociologues, psychologues, etc.) intervenir à la radio, la télévision ou dans les journaux est chose commune. On ne se questionne même plus à savoir quel est leur rôle exact dans le processus informationnel. Rappelons-nous donc que les universitaires sont appelés en tant qu’experts d’un sujet ou d’une situation. Ce sont leurs connaissances et leur capacité à vulgariser cette expertise qui sont sollicitées lors de ces différentes interactions, que ce soit dans un cadre télévisuel, radiophonique ou écrit.

Partant de ce fait, l’essai L’universitaire et les médias se questionne: de quelle façon cette collaboration doit-elle fonctionner? L’universitaire en retire-t-il réellement quelque chose de concret? Et avec les informations de plus en plus coupées dans les divers médias, le contenu offert demeure-t-il réellement pertinent? Assiste-t-on, également, à l’ère de la « vedettarisation » du spécialiste? Avec les interventions de différents acteurs du milieu et à l’aide de cas vécus, on décortique cet échange entre universitaires et médias. On fera aussi une distinction avec les médias écrits qui permettent une plus grande lattitude.

D’emblée, le fonctionnement du monde de l’universitaire et celui des médias différent énormément. Alors que dans le milieu des communications, l’information doit être traitée à la vitesse de l’éclair, du côté du chercheur, le processus est long et la recherche est basée sur des résultats sur la durée. En ce sens, lorsqu’un chercheur est invité, par exemple, pendant un bulletin de nouvelles, il n’aura souvent que quelques minutes pour vulgariser un sujet qui, en d’autres circonstances, exigerait beaucoup plus de temps. Résultat: l’analyse est sommaire, souvent incomplète. Raymond Corriveau, sur ce fait:

Leur contribution devient ainsi un simple maillon dans la chaîne de montage de l’information. (p. 29)

Il citera également un article du Courriel International, lui-même repris dans The Economist:

L’information télévisée est bien un produit comme les autres, fabriquée désormais de façon industrielle, à consommer quand on veut et où on veut sans être trop regardant sur la qualité. (p.29)

Il ajoutera à ceci:

Depuis, nous pouvons le généraliser à toutes les formes d’information, peu importe le média. (p. 30)

Le constat est dur, mais pas faux du tout. Il en résulte que c’est non seulement le public qui est lésé, mais aussi le spécialiste qui, dans son propre domaine, pourra être discrédité s’il donne l’impression de ne pas passer l’information comme il se doit.

Et celui-ci, annoncé comme spécialiste de la question, est-il le plus qualifié pour en parler? À cet effet, Sami Aoun dira:

[…] l’expert qui se montre disponible n’est pas toujours le meilleur. L’expert médiatisé se prête peut-être simplement plus volontiers à l’expérience médiatique. (p. 47)

Il réside donc là un autre problème: le spécialiste “rock star” si l’on peut dire, ou le “chercheur-vedette”. En effet, on voit souvent revenir les mêmes têtes pour parler d’un sujet d’actualité. L’expert qui est charismatique et qui passe bien à la télévision ou la radio sera évidemment privilégié. Peut-être au détriment de l’information. Le phénomène sera nommé “médiatisation de l’expertise” par Corinne Gendron, en reprenant les mots de M. Fortmann et S. Roussel:

Médias et experts entretiennent en effet une relation ambiguë  qui est plus fondée sur une convergence d’intérêts que sur une éthique de l’information: les médias ont besoin d’experts affublés de titres ronflants pour accroître la crédibilité d’une émission ou simplement pour meubler du temps d’antenne. (p. 80)

Plusieurs intervenants feront aussi la nuance entre l’écrit et les médias télévisés et radiophoniques. L’écrit permet une plus grande latitude et offre un espace de réflexion plus large, ce qui, on le disait plus tôt,  manque de plus en plus dans les deux autres médiums.

Le livre ne fera pas seulement état des mauvais côtés de cet échange universitaire/médias. Michel Lacombe, par exemple, y expliquera son intérêt pour les longs échanges et croit qu’il y a “une “compatibilité fondamentale” entre les deux partis.

Notre fonction est d’essayer de comprendre le monde et de le traduire en mots, dans le but de donner aux citoyens la capacité d’accroître leur liberté ou, pour le dire autrement, de rendre compte des réalités politiques, sociales, etc. (.p. 86)

Il ajoutera aussi qu’il est important que chacun fasse son travail, de bien établir les faits pour assurer une information pertinente. Il y croit, bref. Et d’autres aussi. Mais il reste qu’il y a des efforts à faire pour que l’échange demeure équitable et fructueux.

Deux deux côtés, on estime qu’on a tout à gagner (pour les médias, pour la recherche et pour le public) à effectuer ces conversations entre universitaires et médias, mais on constate qu’il y a des manquements et des changements à apporter pour que cet apport soit respectueux et bénéfique à chacun.

Quelques citations et exemples en bref, qui vous donnent le ton de cet essai où l’on décortique, de façon fort intéressante, les différents enjeux de ce partage. Qu’on y croit ou que l’on dénonce les problématiques de cette pratique, les deux côtés sont analysés avec force détails et, surtout, des exemples vécus. Un survol pertinent qui pose, au final, une question encore plus fondamentale que le sujet de base du livre: quelle est la situation de l’information à l’heure actuelle? Une réflexion à poursuivre impérativement.

Un article à propos du livre sur l’ACS (Association des communicateurs scientifiques du Québec)

***

MYRIAM DAGUZAN BERNIER

À propos de Myriam Daguzan-Bernier


Myriam est fondatrice et rédactrice en chef de Ma Mère Etait Hipster. Pigiste à temps complet, vous pouvez la lire chez BRBR et chez Châtelaine. Elle est également gestionnaire de communauté pour l'émission LIRE à ICI ARTV et édimestre pour Châtelaine. Dans ses temps libres (ça existe ça?) rien ne la rend plus heureuse que de passer des heures à fouiner sur le web pour dénicher plein de choses: musique, art, projets, bouffe, nouveautés, etc. Bref, vous ne la trouverez jamais loin d'un ordinateur ou de son téléphone un ti-peu intelligent.



Commentaires

  1. bmelancon dit :

    Oups ! Il s’agit de Michel Lacombe (et non de Michel Coulombe).

    1. myriam dit :

      oups en effet! c’est changé, merci de votre vigilance!

%d blogueurs aiment cette page :