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Publié par le 23 mar, 2013 dans Littérature | commentaires

Minuscule – Andrew Kaufman

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Éditions Alto, 2012

J’ai découvert récemment Minuscule de l’auteur ontarien Andrew Kaufman, une courte histoire magnifiquement illustrée par Tom Percival. L’objet, par sa joliesse, attire d’abord l’attention, puis la prémisse originale nous convainc de nous plonger dans ce récit.

Un voleur d’un genre nouveau entre dans une banque et vole 13 objets (une photo, une montre, une enveloppe, etc.) chers aux 13 personnes présentes dans l’établissement à ce moment-là. L’argent ne l’intéresse pas. Le malfaiteur quitte les lieux en servant aux victimes un avertissement hors du commun :

En sortant d’ici, je vais apporter 51 % de votre âme avec moi. Cela va se traduire par d’étranges conséquences dans vos vies. Mais voici le plus important – et il ne s’agit pas d’une métaphore : apprenez à faire repousser votre âme, ou vous mourrez. (p. 19)

S’en suit une multitude de péripéties fantaisistes qui sont en quelque sorte des métaphores de sentiments déjà vécus par les victimes. Par exemple l’ancienne copine du chauffeur d’autobus (il avait donné au cambrioleur la bague de fiançailles que celle-ci a refusée quelques semaines plutôt) lui arrache le cœur et se sauve en Mustang. Une autre des victimes trouve Dieu en dessous de son divan. Il est sale alors elle le met dans la laveuse.

J’ai particulièrement aimé l’épisode de la vieille femme qui se subdivise en une centaine de mini elle-même. Ici, on a l’impression que la subdivision est une façon pour le malfaiteur de la forcer à faire face à sa peur de la mort. Les innombrables mini copies de sa personne disent : « Je n’ai pas peur », avant de s’envoler, emportées par la brise. Et celle que nous suivons plus attentivement parmi toutes les victimes, c’est Stacey, dont on apprend l’histoire par le biais de son mari. Tout au long du récit, nous sommes témoins de l’évolution de leur couple et des angoisses qu’ils vivent au fur et à mesure que Stacey rétrécit. Une des victimes, lui-même détective, organise un groupe de soutien pour que les 13 clients malchanceux puissent s’entraider. C’est ce stratagème qui nous permet de suivre l’évolution de chacun des personnages.

Minuscule est vraiment charmant. Cependant, j’aurais aimé que l’auteur développe davantage plusieurs de ces petites histoires. Par exemple, la femme qui a trouvé puis perdu Dieu dit à ses collègues de groupe d’entraide :

Depuis ce temps-là, je n’ai pas arrêté de le chercher. Pas tout le temps, non, mais, peu importe ce que je fais, que je sois au travail ou en ville, je le cherche. Je m’attends à tomber dessus à l’arrière du bus, ou entre deux dossiers, dans le classeur ou bien derrière le lait, dans le frigo. Et même s’il n’est jamais là, ça me suffit. C’est tout ce dont j’ai besoin. (p. 40)

Cette recherche de Dieu en tant qu’objet du quotidien me donne envie d’en savoir plus (malgré ce que le personnage en dit), par exemple le narrateur pourrait la voir un jour grimpée à un arbre, poursuivant des déchets volants ou je ne sais quoi.

La plupart des anecdotes ne donnent pas clairement les raisons des changements bizarres auxquels les personnages sont confrontés, ce qui nous fait parfois vivre un sentiment de perplexité, d’où la nécessité de s’abandonner comme un enfant au fragile équilibre de Minuscule. Ce court roman qui se construit par petites touches, avec délicatesse et dont la finale illumine l’ensemble.

***

LAURENCE JEUDY



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