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Publié par le 22 mar, 2013 dans Danse | commentaires

BIGICO: Biennale de gigue contemporaine – Semaine 1 – Tangente Laboratoire de mouvements contemporains

La Biennale de gigue contemporaine (BIGICO), dont la 5e édition est présentée dans le cadre de Tangente jusqu’au 30 mars, explore différentes façons de voir et de danser la gigue dans un contexte contemporain. Plusieurs chorégraphes (neuf, cette année) proposent donc leur vision de la chose en de courtes pièces qui sont présentées en deux spectacles distincts. J’étais hier à la première du spectacle de la Semaine 1.

Les Mioles / Nancy Gloutnez

(©) Copyright 2013 by Sandra Lynn Belanger

(©) Copyright 2013 by Sandra Lynn Belanger

La première pièce de la soirée est aussi celle qui rappelle le plus la gigue telle qu’on la connaît déjà. Quatre danseurs, composant une ligne droite et claire, gardent le haut du corps fixe pendant que leurs jambes, et surtout leurs pieds, servent d’instruments de percussion. La dimension contemporaine de la gigue de Gloutnez se trouve plutôt dans son travail rythmique, clairement emprunté au compositeur minimaliste Steve Reich. Sans aucune autre musique que celle des pieds qui frappent le sol, des motifs très simples sont initiés par un seul danseur, puis repris par chacun des autres, dans un jeu de déphasage qui traverse la pièce et qui en constitue le seul moteur. Chef d’orchestre nécessaire à ce type d’exercice, la chorégraphe demeure sur scène du début à la fin pour guider ses danseurs. Le résultat est intéressant (giguer à la Steve Reich, quand même!) et constitue une belle introduction à la soirée. Malgré quelques petites maladresses, le pièce est bien exécutée par les quatre interprètes. Mention spéciale à Louis Gloutnez pour le plaisir évident d’être là.

Interprètes:

Mélody Clermont

Philippe Meunier

Ian Yaworski

Louis Gloutnez

Trancetown / Lük Fleury et Épave / Olivier Arseneault

Trancetown

Trancetown (©) Copyright 2013 by Sandra Lynn Belanger

Les deux courtes pièces qui ont suivi m’ont laissée un peu perplexe. Dans la première, le fondateur et directeur de la Biennale, Lük Fleury, jumelle lourdes chutes et pas de gigue à une gestuelle angulaire et saccadée. Des chaises aux dossiers démesurés rappelant la structure de gratte-ciel lui servent de décor, qu’il déplace pour évoquer la difficile relation de l’homme avec la ville.

Épave (©) Copyright 2013 by Sandra Lynn Belanger

Épave (©) Copyright 2013 by Sandra Lynn Belanger

Dans la seconde, Olivier Arseneault se livre à un duel avec une palette de bois qu’il tente de conquérir dans une quête symbolique de perfection masculine. Les pas gigués sur la palette au départ se transforment vite en mouvements amples et athlétiques, où la force domine, jusqu’à ce que l’Homme s’avoue vaincu après une dernière chute.

Malheureusement, dans les deux cas, on sent plus la recherche et les concepts que la danse elle-même. Les mouvements de gigue et ceux empruntés à la danse contemporaine (plus codés qu’originaux) donnent l’impression d’avoir été collés ensemble, plutôt que d’être émergés d’un processus naturel de création. Mais rappelons-le: la Biennale de gigue contemporaine se présente elle-même comme un grand laboratoire. Et comme dans tout laboratoire, il y a de la place pour l’erreur ou l’expérimentation.

Interprète Trancetown:

Lük Fleury

Interprète Épave:

Olivier Arsenault

Six pieds sur terre / Maïgwenn Desbois

(©) Copyright 2013 by Sandra Lynn Belanger

Six pieds sous terre (©) Copyright 2013 by Sandra Lynn Belanger

La meilleure pièce de la soirée, et de loin la plus touchante. La chorégraphe et danseuse Maïgwenn Desbois a travaillé avec Gabrielle Mario-Rivard, qui a le syndrome de Williams, et Anthony Dolbec, atteint du syndrome d’Asperger, pour créer une chorégraphie sensible sur le rejet, l’exclusion et la solitude. La gigue y est parfaitement intégrée, simple outil parmi d’autres à la disposition de la chorégraphe, et elle sert de leitmotiv dans une suite de mouvements contemporains où le souffle et le sol joue un rôle de premier plan. On y traite de la douleur et de l’isolement, mais la complicité des trois danseurs évite à la pièce de devenir trop lourde. Cris, fortes inspirations, souffles coupés et agitation trouvent ainsi leur apaisement dans la relation confiante et naturelle qui unit les interprètes. Le tout laisse le spectateur sur le bout de son siège dans un état de douce tension, un peu comme de sentir les bras réconfortants d’un ami quand on est en pleine crise de larmes. Les mouvements et sections créés par Desbois sont liés entre eux avec finesse. Les interprètes sont tous trois justes et en parfaite symbiose les uns avec les autres. Au final, ils réussissent à raconter une histoire très précise tout en laissant pleine place à l’émotion et aux corps qui la portent. Une oeuvre profonde et à fleur de peau. Chapeau.

Interprètes:

Maïgwenn Desbois

Anthony Dolbec

Gabrielle Marion-Rivard

Les oeuvres de la Semaine 1 de la Biennale de gigue contemporaine sont présentées au Monument National jusqu’au 24 mars. Celles de la Semaine 2, du 28 au 30 mars.

*Merci aux organisateurs pour l’ajout d’un long texte de Pierre Chartrand sur l’histoire de la gigue et sa présence au Québec, dans le programme. Une belle idée.

***

DOMINIQUE CHARRON

À propos de Dominique Charron


Dominique danse depuis qu'elle est toute petite, tant en ballet classique qu'en danse moderne et contemporaine. Elle a aussi étudié le cinéma et la littérature par le passé. Entre ses cours actuels de science politique et d'anthropologie, elle se fait chroniqueuse Premières Nations à Canal M et alimente le Tumblr d'actualité autochtone Peuples visibles. Elle a aussi collaboré comme recherchiste au magazine radio Dans le champ lexical.



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