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Publié par le 19 mar, 2013 dans Bande dessinée | commentaires

Lartigues et Prévert – La Pastèque

La Pastèque

Je ne suis pas un grand amateur de polars. J’en lis à l’occasion et je veux bien regarder un film qui a pour enjeu principal une enquête policière, mais le canevas narratif de ce genre est très constant et il m’a souvent semblé, en tant qu’amateur, que peu d’artistes dérogent à la forme « classique » de ces récits. De sorte que je suis davantage porté à apprécier un polar qui, sans transgresser les conventions, trouve des manières de présenter le récit de manière rafraîchissante.

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p.68

C’est justement ce qu’a réussi à faire Benjamin Adam avec Lartigues et Prévert. On se fait livrer au compte-gouttes les détails du crime qui est l’enjeu principal du récit : un cadavre a été retrouvé dans le coffre d’une voiture conduite par les personnages titulaires et le doute plane jusqu’à la fin quant à leur implication exacte dans le méfait. Ce qui intéresse l’auteur, c’est de présenter la manière avec laquelle ils composent avec l’événement : se réfugiant dans une maison abandonnée appartenant à la mère de Latrigues, les deux comparses gèrent différemment les conséquences possibles du crime. Prévert est nerveux et agité, et il le sera davantage quand son ex-femme est contactée par des pégreux, tandis que Lartigues fait dans le déni et cherche plutôt à visiter la serveuse d’une brasserie locale qu’il a rencontré dans un train et pour qui il a le béguin.

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p.54

Le rythme du récit est très lent : Adam consacre beaucoup d’espace à des cases contemplatives, et entrecoupe le récit principal d’entractes où les personnages principaux sont décrits par l’entremise de quelques anecdotes à leur sujet (voir image plus haut), et certains objets importants font l’objet d’une description en double page dont la mise en page est particulièrement ingénieuse et fluide. Chacune de ces sections a droit à sa couleur dominante : le récit principal est dans un ton de vert grisâtre qui confère au tout quelque chose de paisible, les entractes des personnages emploient un vert lime pâlot et les doubles pages sur les objets optent pour un rouge plus violent. Les couleurs s’harmonisent parfaitement au rythme de la lecture.

Latrigues et Prévert002

p. 54

Mon dernier commentaire doit porter sur le dessin fabuleux d’Adam. Principalement constituée de traits fins, aux lignes rigoureuses et à la géométrie très régulière, l’approche d’Adam ne tend pas pour autant vers une « ligne claire » épurée. Au contraire, les cases sont assez chargées et méritent une attention méticuleuse, d’autant plus qu’ils forcent la contemplation tant l’organisation des éléments visuels est élégante et bien équilibrée. Les visages, faits de ces traits secs et bien répartis, n’en sont pas moins très expressifs, sans donner dans l’excès (sauf lorsque le récit le demande).

Au final, Lartigues et Prévert est un album somptueux, au récit ténu et très bien rythmé. L’approche visuelle d’Adam en fait une sorte d’amalgame de Chris Ware, de Joost Swarthe et de Dash Shaw, le déploiement narratif est d’une belle inventivité qui ferait penser à un film scandinave dont Steven Soderbergh aurait assuré le montage. Et malgré ces comparaisons, on retrouve dans le travail d’Adam une touche très personnelle qui donne envie de lire le reste de son œuvre.

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GABRIEL GAUDETTE

À propos de Gabriel Gaudette


Gabriel aime les textes autant que les images, mais comme il n'a pas envie de choisir un camp, il combine et lit des bandes dessinées.



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