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Publié par le 16 mar, 2013 dans Cinéma | commentaires

Inch Allah / Anaïs-Barbeau-Lavalette

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Histoire de 4 femmes 

Avec Inch’Allah, Anaïs Barbeau-Lavalette propose le point de vue d’une étrangère sur son expérience au cœur de la situation israélo-palestinienne. Le scénario gravite autour de Chloé (Evelyne Brochu), jeune Québécoise déterminée venue en Palestine pour mettre à profit ses compétences d’obstétricienne dans un camp de réfugiés. Elle est logée du côté israélien de Jérusalem, mais affectée à la clinique de soins pour femmes du côté palestinien. Ses journées sont donc partagées entre les deux territoires, avec beaucoup de temps passé dans la file d’attente au point de contrôle. Elle crée des liens d’amitié très forts avec une de ses patientes, Rand (Sabrina Ouazani) et, parallèlement, avec une jeune femme en service militaire du nom de Ava (Sivan Levy), sa voisine de palier. En quelque sorte, on peut dire que l’histoire est celle de ces trois femmes, teinté d’observations propres au vécu de Anaïs Barbeau-Lavalette, qui a longuement séjourné dans la région avant d’écrire le film.

Le film présente une facture réaliste, caractérisée par la caméra à l’épaule et l’aspect « au naturel » des décors et des comédiens. Il est tourné dans un style qui se rapproche du documentaire, tout en présentant une histoire fictive. Le cadrage est extrêmement serré sur le personnage de Chloé, comme si la caméra voulait prendre sa place. L’image transmet le côté instable, chaotique, de la situation aux postes de contrôle, dans les camps de réfugiés et dans les rues de la ville. L’énergie fébrile qui habite les personnages sur le qui-vive se retrouve également relevée par ce moyen de captation. Même si l’esthétique du film est très concrète, il s’agit d’une réalité recréée de toutes pièces.

Le long-métrage, dont l’histoire se déroule en Palestine et en Israël, a été tourné principalement de fait en Jordanie. Andrée-Line Beauparlant, conceptrice visuelle du film, et la réalisatrice ont profité de leur séjour au Proche-Orient en 2009 lors du tournage d’Incendies pour amorcer la recherche visuelle. Souvenons-nous qu’Anaïs Barbeau-Lavalette a effectué le making of Souvenir des cendres et Andrée-Line Beauparlant la conception visuelle d’Incendies. Par exemple, la place publique sur laquelle s’ouvre le film à Jérusalem a été recréée à Amman en Jordanie. Afin de transformer cette rue commerçante arabe, on y a, entre autres, remplacé les écriteaux arabes par des écriteaux en Hébreux et ajouté des figurants en costume de juifs orthodoxes. Les scènes situées à l’intérieur de la maison de la famille de Rand ont été tournées, sans grandes modifications, dans un véritable camp de réfugiés en Jordanie. Le point de contrôle de Qalandiya (à Jérusalem) fut également recréé dans une base militaire en bordure d’Amman. Toutefois, l’élément le plus impressionnant du travail magistral d’Andrée-Line Beauparlant est la construction du mur de séparation. Sur un terrain vague déjà investi de déchets, on a construit un mur de 350 mètres de long, fabriqué de panneaux en béton. Le mur a, par la suite, été démonté et transporté au lieu de tournage du point de contrôle pour y reproduire le côté israélien. Illustrant le contraste entre les deux côtés du mur à l’aide des décors, le film conserve une unité visuelle admirable. La richesse de l’image et des couleurs est frappante, mais surtout le souci du détail permettant de rendre les lieux crédibles : les graffitis, les plaques d’immatriculation, la couleur des keffiehs, etc.

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Inch Allah apparaît comme un film traitant, entre autres, de l’impuissance propre au statut d’étranger. « C’est pas ta guerre » nous dit Ava. Il traite d’un sujet extrêmement complexe et lointain à notre réalité québécoise, d’où la volonté manifeste d’Anaïs Barbeau-Lavalette de nous familiariser de cette situation. Par ce film, elle tente d’éveiller l’empathie des gens, devenus nonchalants devant les médias qui rapportent toujours les mêmes images des guerres, quelles qu’elles soient. Il sert en quelque sorte de lunette d’approche permettant de donner à cette guerre un visage humain. En outre, la réalisatrice offre un regard différent sur le « terrorisme » que celui véhiculé par les médias de masse, en plaçant le spectateur dans une situation où il peut saisir qu’il est possible d’en venir à poser un geste radical, sans être au départ un militant fanatique.

Les rôles de Rand et de Juseph sont tous deux inspirés de personnes réelles, dont le chemin a croisé celui de la réalisatrice. Le personnage de Rand est né d’une jeune fille de caractère bon vivant qui devint, par un concours de circonstances, la première femme bombe humaine en Israël. Anaïs Barbeau-Lavalette explique que des représentants de mouvements extrémistes approchent parfois des femmes qui sont dans une impasse personnelle et sociale pour les convaincre de « donner un sens à leur vie » par la mort. Ces femmes, pas nécessairement très politisées au départ, se retrouvent dans une situation où tout avenir leur est fermé; elle sont ostracisées et profondément blessées, à l’instar de Rand, pour laquelle il est impossible de se remarier ou d’avoir un autre enfant. La question des martyrs, que l’on retrouve sur les affiches que le frère de Rand imprime pour rallier la communauté au militantisme, est explicitée sur le site web du film.

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Lorsqu’une femme doit accoucher à un point de contrôle ou qu’une enseigne interdit le port des armes à l’entrée de la clinique, on saisit assez rapidement que les conditions de vie sont très différentes de celles auxquelles nous sommes habitués. Inch’Allah permet de ressentir la frontière israélo-palestinienne, en prenant bien soin de présenter les deux côtés du conflit, et ce, avec une vision universelle humaniste.

Inch’Allah est en nominations aux Jutra dans les catégories suivantes : meilleur film, meilleure actrice de soutien, meilleure direction artistique, meilleur son, meilleur montage, meilleurs costumes.

Pour plus de renseignements sur le film et une carte interactive permettant d’en survoler efficacement le contexte politico-historique

Pour plus de détails sur la construction du mur pour le film

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ARIANE CLOUTIER



Commentaires

  1. Merci pour cet article qui m’a donné quelques infos supplémentaires sur ce film vu il y a quelques mois. Je l’avais beaucoup aimé, cependant, je trouve que le parti pris est très visible, et j’ai trouvé que l’action finale de la part de Chloé manquait d’explicitations. Pour le parti pris, ça ne m’a pas dérangée, mais je suis restée sur ma faim face à la conclusion du film.
    Je suis étonnée qu’Evelyne Brochu ne soit pas nominée pour la meilleure actrice… Je n’ai pas été hyper convaincue par son interprétation mais de là à l’écarter totalement…je ne sais pas.

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