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Publié par le 4 mar, 2013 dans Arts visuels | commentaires

La petite collection: grandeur et splendeur + Alain Fleischer: Raccords / Galerie de l’UQAM

La petite collection.

Vue de l’exposition La Petite collection. Grandeur et splendeur
Crédit photo : LP Côté © Galerie de l’UQAM, 2013

La petite collection. Grandeur et splendeur.
Alain Fleischer. Raccords.
Galerie de l’UQAM – 23 février au 23 mars 2013

Je me suis arrêtée cette semaine à la galerie de l’UQAM où, pour leur première expérience de commissariat, Anne Philippon et Pascale Tremblay présentent des œuvres de La petite collection, un récent volet de collectionnement de la galerie. Elle regroupe une centaine d’œuvres d’artistes contemporains nationaux et internationaux : des objets usuels, affiches, disques ou autres petits formats produits pour la plupart en série limitée. Les commissaires ont pigé dans cette réserve digne d’un cabinet de curiosité pour composer une exposition qui réussit à créer des dialogues probants entre les œuvres. Trois thématiques ce sont imposées d’elles-mêmes lorsqu’elles se sont penchées sur la collection. Elles ont souligné certaines constantes imposées par le petit objet et la série et les ont définies ainsi : Traces et écritures, Critique et engagement, Musique et variations.

Un feuillet est disponible à l’entrée de l’exposition où, pour chacun des artistes, on présente la liste des œuvres exposées et une description de sa pratique. J’ai trouvé ces informations parfois un peu trop sommaires; un discours autour de l’œuvre présentée plutôt qu’une description factuelle aurait pu apporter davantage à la réflexion entamée. Mais il s’agit ici d’un choix tout aussi légitime et le discours se crée de toute façon lorsque l’on passe d’une œuvre à l’autre, les liens se tissent et on ne peut que reconnaître la cohérence du choix des pièces. Celles-ci sont présentées dans des vitrines qui font le tour du petit espace, souligné par une ligne bleue qui concentre l’activité du regard vers les œuvres. Cette ligne clos l’espace, le referme sur lui-même et dans cette petite pièce on se sent comme si on pénétrait dans un espace sacralisé et privilégié. La quantité d’objets nous permet d’y rester un bon moment et une relation d’intimité se crée entre nous et les œuvres. Peut-être est-ce dû au fait que la plupart des objets sont eux aussi de petites tailles, ce qui est rarement le cas en art contemporain, on prend alors plus le temps de les observer, minutieusement.

Vue de l'exposition La Petite collection. Grandeur et splendeurCrédit photo : LP Côté © Galerie de l'UQAM, 2013

Vue de l’exposition La Petite collection. Grandeur et splendeur
Crédit photo : LP Côté © Galerie de l’UQAM, 2013

La partie Textes et écriture met en parallèle des artistes pour qui le langage est soit un outil esthétique, un objet conceptuel ou un moyen de créer un discours, sérieux ou humoristique. Ainsi, on y voit un cahier de notes intimes de Michael Snow côtoyer les œuvres politiques et sociales de Jenny Holzer. Ou encore les Typing de Michael Dumontier et Neil Farber mis en parallèle avec le Carrousel encyclopédique des grandes vérités de la vie moderne que Marc-Antoine K. Phaneuf a conçu en collaboration avec Jean-François Proulx, dans les deux cas un rassemblement de pensées et de faits sur la vie quotidienne pour le moins déroutante. Dans Critique et engagement, les commissaires ont rassemblé des artistes phares d’un art que l’on peut dire engagé, ou à tout le moins qui produit certainement un discours et un regard critique sur la société. BGL, Mathieu Beauséjour, Yoko Ono Ben Vautier et Guerilla Girls, pour n’en nommer que quelques-uns, se partagent cet espace. Que ce soit des œuvres qui s’offrent à l’espace public, qui utilisent le détournement ou encore un rapport à l’objet intime, celles-ci se font écho et la diversité des voix n’est que plus pertinente. La section Musique et variations clôt le parcours. Encore une fois, les commissaires y vont d’un éventail éclectique afin de réfléchir à la musique (Eli Bornowski, Cranfield and Slade) et au son (Jean-Pierre Aubé, Raymond Gervais), ou à leur absence (Jérôme Fortin), dans leur rapport au visuel.

Anne Philippon et Pascale Tremblay ont réuni de façon cohérente dans la même exposition des artistes de plusieurs générations et provenances. Cet exercice fait avec La petite collection de la Galerie de l’UQAM permet de tisser des liens et de raconter une certaine histoire de l’art. En présentant cette composition, elles ne renouvellent pas tout à fait le regard que l’on porte sur des œuvres ou des artistes que l’on connaît déjà, mais tentent plutôt une mise en espace et une approche thématique particulière. Elles font ressortir les ressemblances et cela permet d’émettre certains constats et de voir, avec un certain recul, des pratiques singulières faire écho à leurs contemporains.

Alain Fleischer, Raccords : L'aventure générale, 1992-94, photographie argentique © Alain Fleischer / SODRAC (2013)

Alain Fleischer, Raccords : L’aventure générale, 1992-94, photographie argentique © Alain Fleischer / SODRAC (2013)

Dans la plus grande salle de la Galerie de l’UQAM, Alain Fleischer interroge les procédés filmiques. L’exposition Raccords, dont la commissaire est Louise Déry, pose un regard sur l’image cinématographique qui est moins mouvement continu qu’enchaînement de plans fixes. Fleischer décompose les processus techniques du récit.

Par différents procédés, il fait voir les multiples images et leurs possibilités de lecture. Avec ses écrans sensibles, l’artiste projette un film sur du papier photosensible de la grandeur d’un écran de cinéma. Du mouvement et du récit, il ne reste plus qu’une image figée et imprégnée de toute son histoire. Puis, avec ses Flip Books, il décortique la mécanique du mouvement. La main de l’homme permet l’avancement du récit et les images fixes créent le mouvement. Avec l’œuvre Raccords, des séries de photographies nous montrent la pellicule au moment d’un raccord, d’un saut d’une scène à une autre.

Exposition Alain FLeischer. RaccordsCrédit photo : LP Côté © Galerie de l'UQAM, 2013

Exposition Alain FLeischer. Raccords
Crédit photo : LP Côté © Galerie de l’UQAM, 2013

La construction de la narration par l’ellipse est ici mise en évidence par la fixité de l’image. En usant de ces diverses stratégies, et d’autres, Fleischer pose son regard non pas sur le défilement des images, mais sur leur singularité. Ses œuvres aux frontières des disciplines engendrent un dialogue entre le cinéma et la photographie et mettent en évidence leur complémentarité ainsi que leurs possibilités. Une belle exposition contemplative, mais qui à la fois réfléchit à des questions esthétiques et narratives.

***

CATHERINE BARNABÉ

À propos de Catherine Barnabé


Catherine a étudié l’histoire de l’art à l’UQAM en s’intéressant particulièrement aux pratiques urbaines : à des artistes qui marchent et laissent des traces dans la ville. Depuis, elle tente plein de choses : elle écrit des textes, elle est parfois commissaire, mais jamais artiste. Elle s’occupe de la programmation à la galerie Espace Projet, où on présente des artistes de la relève en arts visuels et en design.



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