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Publié par le 9 fév, 2013 dans Arts visuels | commentaires

Objets célestes / As Above, So Below – Centre Clark

Quel était ton point de départ? En fait, je voulais surtout savoir par quel élément entrer dans ton exposition? Formulée timidement, la question s’est imposée d’office pour approcher l’exposition As Above, So Below de l’artiste montréalaise Karen Kraven.

Un retour nécessaire. Je me rendais sur la rue de Gaspé pour visiter un atelier et j’en ai profité pour aller voir les expositions en cours au centre Clark. Ayant habité à Québec pendant 5 ans, la pratique de Claudie Gagnon ne m’était pas étrangère. Lors d’un festival de théâtre en plein air, j’avais mangé des champignons teints en mauve et des timbits que l’artiste avait disposés dans un panier suspendu à un arbre. Il y avait des hurlements de loup-garou quand on s’approchait du panier, je crois. Au centre Clark, elle installe des mobiles foisonnants, scintillants et poétiques. Dans l’installation Les queues de comètes, les matériaux confondent et trompent dans une savante dissimulation.

Crédit: Sébastien Lapointe

Crédit: Sébastien Lapointe

De l’obscurité d’une des salles d’exposition, on passe au projet As Above, So Below de Karen Kraven. Une photographie disproportionnée couvre un des murs de la pièce. Ce que l’on devine être un lieu abandonné prend des airs cinématographiques avec l’agrandissement à l’extrême d’un cliché 35mm. De près, le grain de l’image est assumé et met en relief une grille carrée de vingt-cinq roches grisâtres aux propriétés magnétiques. Une fine poussière de métal tapisse les pierres ou encore une aiguille s’y est fixée, une intruse. C’est tout le mur du fond de la petite galerie qui devient une brèche énigmatique, une courte ouverture où l’on se bute à une entrée condamnée par un bloc de ciment. S’établit alors une tension formelle entre la dimension de l’obstruction photographiée et l’écran quadrillé de roches, une oscillation entre le réel et le suggéré.

Crédit: Sébastien Lapointe

Crédit: Sébastien Lapointe

Contre un mur peint en gris, deux encadrements se côtoient sans vraiment se répondre. En pointant celui de gauche, l’artiste m’explique avoir essayé d’acheter sur Ebay un tirage argentique du jockey Earle Sande. Ayant perdu son enchère au dernier moment, elle adressa cette nouvelle problématique comme une opportunité d’explorer les limites du fichier numérique en basse résolution dont elle disposait. S’en suivirent une série de manipulations et l’impression d’une photographie de taille réduite qui reprend l’apparence de l’argentique. Un cheval – Gallant Fox –, un jockey, une chemise à pois. De format supérieur, l’encadrement de droite nous amène dans une réalité fort différente. Quelque chose de cosmologique s’en dégage, comme regarder un modèle réduit de notre système solaire. Karen me confie avoir installé une camera obscura dans son espace d’atelier pour capter le passage de vénus devant le soleil du 6 juin dernier. Rendez-vous manqué, elle recrée le passage de la planète à l’aide d’un pendentif qu’elle suspend devant l’image inversée du soleil. Le prochain transit de vénus est attendu le 11 décembre 2117.

Crédit: Sébastien Lapointe

Crédit: Sébastien Lapointe

Crédit: Sébastien Lapointe

Crédit: Sébastien Lapointe

De la figure du jockey se dégage un réseau d’éléments qui viennent ponctuer l’espace. D’abord, une chemise accrochée sur un cintre circulaire. Le dispositif d’accrochage est complexifié par l’ajout à la base d’un contenant de peinture renversé, une addition singulière qui souligne la précarité de l’entreprise. Le tissu de satin blanc de la chemise est parsemé de disques rouges visiblement cousus à la main. Je me rappelle avoir expliqué comment, enfant, je faisais des coussins minuscules avec des ronds de tissu et des boules de coton. Une deuxième pièce textile pend plus loin à l’extrémité d’un mat de bois. On comprend rapidement son rapport aux sports équestres, quoique j’aurais positionné les nasaux dans les trous destinés aux oreilles du cheval. Autrement, j’ai noté que dans les œillères de plastique, il y avait l’inscription Seiko. J’ai pensé aux montres. Aux cafetières? Parallèlement, incrustée dans le gypse du mur, une boule de bowling aux reflets de caramel nacré se profile comme une planète dont le trajet s’est achevé abruptement. En explorant le site web de l’artiste, on remarque que la même boule de bowling Brunswick Jewel avait fait l’objet d’une série photographique Io, Europa, Ganymede and Callisto.

Crédit: Sébastien Lapointe

Crédit: Sébastien Lapointe

Dernier élément de l’exposition : un bassin translucide dans lequel flotte une sorte de bouée globuleuse orange. Une eau saturée d’huile prend l’apparence de lait. Des gouttes grasses émergent en superficie. Ce n’est pas sans me remettre à l’esprit mon dernier thé au beurre. Au final, je suis retourné me plonger dans l’exposition à quelques reprises avec ce même intérêt pour le langage plastique de Karen Kraven qui nous laisse dériver d’un élément à l’autre sans véritable hiérarchie. Les idées circulent, nous traversent comme autant de nouvelles orbites. Donc. Quel était ton point de départ? En fait, je voulais surtout savoir par quel élément entrer dans ton exposition?

24 janvier au 2 mars 2013

Karen Kraven – As Above, So Below

http://www.karenkraven.com

Claudie Gagnon – Les queues de comète

Frédéric Lebrasseur – J’ai été élevé par des végétaux

Centre Clark, 5455, Avenue De Gaspé, Montréal

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GUILLAUME ADJUTOR PROVOST

À propos de Guillaume Adjutor Provost




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