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Publié par le 7 fév, 2013 dans Théâtre | commentaires

I Show ou Je M’occupe De Transférer Le Message à Chanda – Entrevue avec François Édouard Bernier

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Crédit: Dimitrios Touloumis

I Show, à l’Usine C du 21 au 23 février 2013

François Édouard Bernier fait partie de la cellule Interprétation dans le iShow, création du collectif Les Petites Cellules Chaudes.

I Show ou se mettre soi-même en spectacle. Vous parlez d’ailleurs que nous sommes dans une ère où on doit « montrer quelque chose de nous, n’importe quoi, avant qu’il ne soit trop tard pour l’intimité. » Avez-vous peur de cette perte du rapport direct avec l’autre? Est-ce le premier élément qui vous a motivé à proposer quelque chose qui interagit directement avec le public?

François Édouard Bernier : Notre processus créatif autour des réseaux sociaux nous a amenés à explorer plusieurs facettes de ces contacts virtuels. Notre approche ne se voulait pas (elle ne se veut toujours pas) critique. C’est un constat que l’on souhaite le plus objectif possible. À la base, nous avons cherché à théâtraliser le médium, nous avons tenté d’y intégrer la fiction, mais au bout du compte, nous étions forcés de constater que les résultats les plus probants de nos tentatives venaient de l’absence de fiction. La réalité était suffisamment théâtrale. À partir de ce constat, nous avons choisi de fonder notre spectacle sur la sincérité. Une vérité de l’autre d’abord, l’autre qu’on rencontre par hasard sur des sites de réseautage aléatoire, qui est là, témoin, réels, puis la nôtre, puisqu’il s’agit d’un échange. Je ne crois pas que le iShow s’est bâti autour de la peur de la perte du contact. C’est plutôt le contraire. C’est dans l’incontrôlable besoin d’aller vers l’autre, à travers un espace poétique, une espèce de lieu réel qui lie les corps à distance.

Votre spectacle semble littéralement une cellule d’observation où expériences et simulations sont réalisées live devant les spectateurs. Une forme de laboratoire, en quelque sorte. Votre spectacle devrait-il se voir avant tout comme un geste créateur ou plutôt comme une forme d’étude sociologique en direct? (L’un n’empêche pas l’autre, me direz-vous peut-être?)

F-É : C’est d’abord une démarche créative. Il n’y a pas de volonté démagogique dans le iShow, nous ne souhaitons pas « définir », nous souhaitons transmettre au public une réalité qui leur est quotidienne et la magnifier pour transcender la trivialité du geste quotidien pour faire émerger la poésie. Cependant, il faudrait faire du déni pour refuser de voir que certaines réalités sont mises de l’avant dans notre spectacle. Ne serait-ce que la simple idée de « montrer » comme l’indique le titre de la production. Mais ces interprétations sont laissées à la discrétion du spectateur.

Il y a souvent ce rapport amour-haine avec les réseaux sociaux. D’une part, on aime être connectés, partout et tout le temps, mais d’autre part, on accuse souvent ces medias d’être de véritables consommateurs de temps, de représenter une façon beaucoup trop efficace de procrastiner et se perdre dans les dédales du web. Est-ce cela à aussi débuté/motivé votre réflexion? Cela l’a-t-elle parfois, justement, freinée?

F-É : Ces idées ont effectivement nourri les nombreuses discussions que nous avons eues sur le sujet au tout début. Il nous semblait tout de même essentiel de ne pas porter de jugement ni sur nos comportements virtuels respectifs, ni sur ceux de n’importe quel utilisateur. À force d’explorer en groupe les médias sociaux, nous nous sommes exposés à faire des choses que nous n’aurions jamais cru faire d’emblée et que nous aurions jugées chez les autres avant le début de cette création. C’est aussi à travers d’innombrables heures, sur différentes plateformes, à avoir l’impression parfois que nous perdions notre temps, que certaines idées ont jailli. La dualité amour-haine est toujours présente. Durant certaines répétitions, nous éprouvions un grand inconfort, parfois même du dégoût, à voir à répétition des choses que nous ne souhaitions pas voir. Cette dualité-là est donc aussi dans le spectacle, mais jamais de façon consensuelle.

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Crédit: Dimitrios Touloumis

La création en grand groupe, ça se passe de quelle façon?

F-É : Dans notre cas, les choses se sont faites assez naturellement. Ça demande énormément de discussions, mais les choses se sont organisées assez facilement autour de différentes « cellules » de tâches. La cellule mise en scène élaborait les ateliers exploratoires. La cellule dramaturgie a œuvré à construire le spectacle à partir des différents tableaux. Et tous, nous avons exploré, exprimé nos idées, soumis des suggestions, des textes, expérimenté différents médias sociaux, etc.

Chatroulette est reconnu pour son contenu parfois très limite, ce qui vous a demandé de classer le spectacle 18 ans et plus. Par contre, on sait qu’un très grand nombre d’adolescents et de jeunes sont happés par les réseaux sociaux et cette problématique de l’image, cette volonté de confirmation de soi à travers tout ce système virtuel. Auriez-vous aimé qu’ils puissent aussi avoir accès à cette réflexion?

F-É : Nous aurions beaucoup aimé pouvoir en faire un spectacle grand public. Il aurait été très pertinent de le présenter à des groupes scolaires, mais cela demanderait certains changements parce que nous avons aussi pris la décision de ne pas nous censurer. Nous savions que ces choix limiteraient l’auditoire, mais c’était important de nous donner la liberté d’aborder avec le plus de vérité possible tous les aspects du contact social virtuel et cela sans la censurer, sans l’édulcorer.

Dans un monde idéal, le public en sort avec quelle impression? Avec quelle réflexion?

F-É : Dans un monde idéal, le public reçoit la poésie que nous cherchons à mettre de l’avant avec le iShow. Qu’il reparte avec un tas de questions sur l’idée d’espace public et d’espace privé, sur la rencontre aussi quelque soit sa forme. Sinon, pour ce qui est d’une réflexion précise, notre passage au OFFTA en mai dernier nous a montré que toutes les interprétations sont possibles, de la plus défaitiste à la plus optimiste. Certains voient dans certains tableaux un infini pathétisme, alors que d’autres y voient au contraire beaucoup d’espoir. C’est précisément ce que nous souhaitons. Peu importe ce que vous en garderez, vous vous questionnerez sur la façon dont vous interagissez virtuellement et réellement avec l’autre. À la façon dont vous choisissez de « vous montrer ».

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Bio François Édouard Bernier (source agence Corinne Giguère):

Diplômé du conservatoire d’art dramatique en 2007, François Édouard commence sa carrière dans Corps et Âme de John Mighton présentée au théâtre Périscope par Le Théâtre Niveau Parking et dans L’affaire Tartuffe mise en scène par Mathieu Gaumond. Depuis de nombreuses années, François Édouard porte un intérêt particulier pour la mise en scène et l’écriture. Il a déjà à son actif plusieurs textes théâtraux ainsi que deux adaptations de roman en œuvre dramatique, notamment La douce, court récit de Dostoievski présenté en lecture publique au théâtre Premier Acte à la fin de l’année 2008. À la télévision, on l’a vu prendre les traits d’un revendeur de drogue dans Providence. Il a aussi interprété le coloré personnage de Catherin dans l’émission Vrak la vie sur les ondes de Vrak Tv. François Édouard a aussi participé à quelques courts métrages dont Pink de Maxime Robin et Tamari Record, un film de Dominic Sévigny. Plus récemment, vous avez pu le voir au LAB LX dans la pièce Le dindon (remixé), ainsi qu’à l’Espace Libre dans Mais n’te promène donc pas toute nue, toutes deux de Georges Feydeau et mises en scène par Frédérick Moreau, dans le cadre du Projet Feydeau.

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MYRIAM DAGUZAN BERNIER

À propos de Myriam Daguzan-Bernier


Myriam est fondatrice et rédactrice en chef de Ma Mère Etait Hipster. Pigiste à temps complet, vous pouvez la lire chez BRBR et chez Châtelaine. Elle est également gestionnaire de communauté pour l'émission LIRE à ICI ARTV et édimestre pour Châtelaine. Dans ses temps libres (ça existe ça?) rien ne la rend plus heureuse que de passer des heures à fouiner sur le web pour dénicher plein de choses: musique, art, projets, bouffe, nouveautés, etc. Bref, vous ne la trouverez jamais loin d'un ordinateur ou de son téléphone un ti-peu intelligent.



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