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Publié par le 24 jan, 2013 dans Danse | commentaires

Bleu – Vert- Rouge de maribé- sors de ce corps/Marie Béland (Agora de la danse)

BVR4(c)Nicolas Labelle

Interprètes: Simon-Xavier Lefebvre, Ashlea Watkin, Marilyne St-Sauveur
Photo: Nicolas Labelle

Non, ce n’est pas un drapeau. Non, ce ne sont pas les couleurs de carrés épinglés sur des vestes. C’est la nouvelle création de la chorégraphe Marie Béland, un tryptique haut en couleurs et comico-absurde, voire délirant.

Bleu, vert, rouge : il s’agit de trois couleurs primaires, dont les combinaisons donnent toutes les couleurs du spectre visible. Rappelez-vous, quand nous étions en maternelle, nous mélangions allègrement ces couleurs pour en obtenir d’autres. La rétine de l’œil de l’être humain, espèce dite trichomate, comporte trois types de cellules photoréceptrices, qui peuvent chacune distinguer l’une de ces trois couleurs primaires.

Le point de départ du nouvel opus de Marie Béland est que nous sommes continuellement bombardés d’images, de couleurs, de sons, de mots, de phrases, parfois à notre corps défendant. Ainsi, la chorégraphe s’est intéressée aux empreintes laissées par ces éléments sur nos corps et sur la manière dont celles-ci nous façonnent et transforment notre rapport à autrui et notre dynamique interpersonnelle.

Interdisciplinaire et imprégné de culture populaire, Bleu – Vert – Rouge mélange avec bonheur la danse, le théâtre, le théâtre d’objets, la vidéo et le traitement sonore. Les danseurs y chuchotent, parlent, crient et chantent. Collaborateurs à la création, Simon-Xavier Lefebvre, Marilyne St-Sauveur et Ashlea Watkin portent celle-ci par leur physicalité brute de décoffrage et volontairement brouillonne et par leur justesse de présence et de jeu.

Interprètes: Ashlea Watkin, Marilyne St-Sauveur,Simon-Xavier LefebvrePhoto: Nicolas Labelle

Interprètes: Ashlea Watkin, Marilyne St-Sauveur,Simon-Xavier Lefebvre
Photo: Nicolas Labelle

Contrairement à ce que je croyais, la pièce n’est pas séparée en trois tableaux vivants baignant distinctement dans une couleur, à la manière de la Trilogie des Trois Couleurs du cinéaste Kieślowski, mais brassent les trois. Dans les prémices de Bleu, d’une poésie emplie de drôlerie, les interprètes se meuvent d’abord en ombres chinoises derrière un écran à l’avant-scène en communiquant par gestes et par chuchotements. Peu à peu, le mouvement s’intensifie. Le volume du son, produit par les danseurs et retravaillé en direct par Steve Lalonde, monte. La vidéo – qu’on doit à LEMM – s’en mêle et l’on voit maintenant les danseurs engager une conversation. Une télé diffuse des images. Tout au long du show, on verra sur divers écrans des extraits d’émissions de variétés, du film Rambo, de matchs de hockey et de football, on verra même des souris se nourrir de brocolis. La vidéo permet de voir plusieurs angles d’une conversation, de révéler le décalage entre ce que les interprètes disent et pensent. Ce décalage reviendra constamment, mettant en lumière une idée d’hypocrisie : les mouvements, les mimiques, les grimaces, les expressions contredisent en permanence les paroles.

Interprètes: Ashlea Watkin, Marilyne St-Sauveur,Simon-Xavier LefebvrePhoto: Nicolas Labelle

Interprètes: Ashlea Watkin, Marilyne St-Sauveur,Simon-Xavier Lefebvre
Photo: Nicolas Labelle

Vert fait intervenir le théâtre d’objets, manipulé par les interprètes qui prennent divers tons de voix pour faire parler, danser et interagir des sortes de balais à cheveux bleus, verts et rouges, empruntant au Théâtre de l’absurde. On retrouve le bricolage et le Do It Yourself chers à Marie Béland. Rouge articule les deux premières parties en une sorte de crescendo du chahut général. On revoit des passages mais vus sous un autre angle et, ou avec le son et l’image qui manquaient au départ. La cacophonie, les boucles de répétition et les résonances entre les volets montrent que personne n’écoute personne. Et de répéter jusqu’à l’écoeurement : « it’s you, it’s me, we’re together, we’re family, it’s a party, it’s fun ». Le flux continu des images et des paroles, l’absorption de celles-ci par les personnes dans leurs corporéités et leurs esprits, débouchent-elles sur l’absence totale de sens et de communication?

Interprètes: Simon-Xavier Lefebvre, Marilyne St-Sauveur, Ashlea WatkinPhoto: Martin Flamand

Interprètes: Simon-Xavier Lefebvre, Marilyne St-Sauveur, Ashlea Watkin
Photo: Martin Flamand

Alors que j’ai savouré Bleu et que Vert m’est apparu délicieusement absurde, je me suis retrouvée à bout de souffle pendant Rouge, volet marqué par des longueurs et une violence versant parfois dans l’excès et quelque peu dérangeante, m’a-t-il semblé. Certes, le propre et la force de ce que Marie Béland appelle elle-même un ovni est de tourner en rond, mais à trop tourner en rond, on perd parfois le Nord. Ceci dit, pour la chorégraphe, la danse n’est que le miroir de l’état de la société. Bleu-Vert-Rouge ne peut donc que refléter les abus et la déraison de celle-ci.

Marie Béland veut libérer l’écriture chorégraphique tant dans le fond que dans la forme. Et pour cela, elle fait appel au caractère subversif et émancipateur du comique, qui permet, selon le philosophe français Auguste Penjon (1893) «  l’irruption soudaine d’une spontanéité, d’une fantaisie, d’une liberté dans la trame des événements et des pensées. Le comique, à tous les degrés et sous ses formes les plus diverses, est donc l’œuvre d’une liberté…. Cette brusque intervention, qui dérange le convenu, qui bouscule l’ordre et introduit un pur jeu là où le sérieux se croyait sûr de durer, voilà, si je ne me trompe, où trouver la source profonde du rire ».

***

NAYLA NAOUFAL

***

Crédits:

BLEU-VERT-ROUGE

maribé – sors de ce corps / Marie Béland

Agora de la Danse : 23-24-25 janvier / 20 h et 26 janvier / 16 h

Direction artistique et chorégraphie

Marie Béland

Interprètes et collaborateurs à la création

Simon-Xavier Lefebvre, Marilyne St-Sauveur, Ashlea Watkin

Conception et manipulation sonores

Steve Lalonde

Conception et régie vidéo

L E M M

Conseillers artistiques

Olivier Ducas, Francis Monty

Éclairages
Yan Lee Chan

Scénographie et costumes

Angela Rassenti

Conception de la toile de projection et direction technique

Érik Palardy

Dramaturgie et direction des répétitions

Sophie Michaud, Anne Thériault

À propos de Nayla Naoufal


Nayla est stagiaire postdoctorale à l'Université Laval, où ses travaux s'inscrivent au croisement de l'éducation relative à l'environnement, de l'éducation interculturelle et de l'éducation à la paix. Dans son autre vie, elle est critique de danse et collabore à Ma mère était hipster et au Devoir. Fondatrice du blogue Dance from the mat et vagabonde intellectuelle assumée, elle affectionne les librairies, les bibliothèques et les salles obscures.



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