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Publié par le 21 déc, 2012 dans Bande dessinée, Danse, Des nouvelles de Poème Sale, Littérature, Musique, Théâtre | commentaires

Revue de l’année 2012 ou v’là des bonnes affaires

Plusieurs collaborateurs ont mis la main à la pâte pour vous proposer un survol de 2012, mais aussi un aperçu de ce que 2013 aura à vous offrir.

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Un top de l’année? Non. On n’avait pas envie de faire ça. En effet, le principe de notation ne veut rien dire de bien précis et chaque production a son unicité. C’est pourquoi l’équipe s’est entendue sur le principe du « v’la X bonnes affaires ». Des disques, livres, spectacles, créations et artistes qui valent le détour. C’est déjà ce qu’on fait à l’année, alors on continue sur le même ton. Donc, voici la liste de nos « v’là ». (et ça se dit bien, non?)

MATHIEU CHARLEBOIS – MUSIQUE

V’là 5 albums (+1) qu’on ne verra pas assez sur les tops de 2012:

Pink – Four Tet
Un album où Four Tet prend son temps plus que jamais. Ses constructions, de minutieux échafaudages, s’étirent de façon hypnotique et révèlent à chaque fois de petites merveilles mélodiques.

Fox – Karim Ouellet
Un album pop dans le sens le plus noble du terme. De la bonne pop qui fait danser, chanter, sourire et n’insulte jamais l’intelligence. Bien au contraire. Les musiques et les paroles de Ouellet sont d’un raffinement exquis et l’oreille curieuse en a pour encore quelques mois à décortiquer ce qui se passe sur ce disque.

Centennial : Newly Discovered Works of Gil Evans – Ryan Truesdell
Un album que les jazzophiles n’auraient osé souhaiter que dans leurs rêves les plus fous. L’arrangeur Gil Evans est décédé depuis 24 ans, maintenant, mais certaines de ses partitions n’avaient toujours pas été endisquées.  En entendant ces 10 arrangements extraordinaires déterrés par le compositeur Ryan Truesdell, on a envie d’aller l’embrasser. Merci, merci, merci.

There’s no leaving now – The tallest man on earth
L’album d’un chanteur qui a une voix étrange, une méthode de guitare un peu bizarre, une façon d’enregistrer peu orthodoxe et des chansons absolument brillantes. Ça pourrait être étrange, c’est simplement magique.

Be strong – The 2 bears
Un album d’électro-pop bonbon, par la moitié barbue de Hot Chip et un de ses amis. Comment est-ce que ça pourrait mal virer ? C’est aussi sucré que c’est bon.

(+1)
Shut up and play the hits (3 DVD) – LCD Soundsystem
Le chant du cygne de l’un des artistes les plus importants des années 2000, documenté par un film, d’abord, et la captation complète du concert d’adieu, ensuite. Sa musique n’a jamais été aussi bien jouée, la réalisation est magnifique, et je me sens comme le roux qui pleure à chaudes larmes dans le public pendant « Home ». James Murphy, merci pour tout. Tellement.

Mentions honorables :
In our head – Hot Chip (n’eût été du petit creux d’intérêt à mi-parcours, il serait du top), Ultraìsta – Ultraìsta (manque juste un petit quelque chose…), J’aime ta grand-mère – Les trois accords (encore un bon disque de leur part), Aux alentours – Marie-Pierre Arthur (c’eut été un top 6, elle en serait), Lives in Between – Kalle Mattson (vous ne connaissez pas ? Vous n’êtes pas seul, on est plusieurs à manquer de quoi.), Le treizième étage – Louis-Jean Cormier (certaines paroles ne me semblaient pas à la hauteur), Be still – Dave Douglas (du jazz-folk accessible à tous), An awesome wave – Alt-J (tout le monde l’a mis dans son top 2012, et avec raison), 12 Bit Blues – Kid Koala (son meilleur et son plus cohérent en carrière).

***

DANIEL GRENIER – LITTÉRATURE

V’là 5 bons livres d’après moi:

Les bases secrètes, de David Turgeon. Un vrai livre de lecteur où tout est permis, pour ceux qui aiment lire et relire Italo Calvino, Alessandro Baricco et Júlio Cortazar. D’un chapitre à l’autre, on se promène dans de multiples histoires au gré des humeurs d’un narrateur capricieux qui n’a pas peur de semer une touche de confusion pour mieux nous éclairer par la suite. Ça risque de ne pas finir comme on l’avait prévu, et c’est tant mieux.

Nina, de Patrice Lessard. L’histoire d’amour de Lessard avec la ville de Lisbonne et ses méandres émotionnels se poursuit, dans ce long roman construit sur des souvenirs flous et des mensonges bien précis. À la recherche de son frère Antoine, Vincent débarque au Portugal avec sa blonde Nina. Un peu perdus, un peu déboussolés, ils font la connaissance de Gil Borboleta, un détective privé qui leur propose ses services, mais n’est peut-être pas celui qu’il prétend être. (Voir la chronique de Daniel lors de la parution du livre.)

Comme des sentinelles, de Jean-Philippe Martel. Un premier roman qui parle de boisson, de cocaïne, de cours de littérature française et de l’absence du père, et qui réussit à le faire sans tomber ni dans le mélodrame, ni dans la lourdeur du sermon didactique. Tout repose sur le ton cynique et l’intelligence du narrateur protagoniste, Vincent, qui rapporte les évènements et nous fait part de ses pensées sans aucune complaisance et sans apitoiement. (Voir la chronique de Daniel lors de la parution du livre.)

Griffintown, de Marie-Hélène Poitras. Un roman tout en ambiance et en demi-teintes où Montréal apparaît comme on l’a rarement vue. Au milieu du tumulte créé par la spéculation immobilière dans le sud-ouest de la ville, il y a encore quelques irréductibles qui vivent dans un monde de western et de duels à finir. Par l’entremise du personnage de la jeune Marie, qui tente de se faire une place dans le monde difficile de la calèche durant un été, Poitras nous amène à la rencontre des cochers, des shylocks et des justiciers qui (ne) font (presque plus) la loi à Griffintown. (Voir la chronique de Myriam lors de la parution du livre.)

Hunter s’est laissé couler, de Judy Quinn. Étrange objet littéraire que ce premier roman de Judy Quinn. À la fois le fruit d’un travail de recherche étoffé et d’une retenue dans l’écriture qui confine à l’allusion, c’est un livre qui raconte la vie d’un homme, par bribes, par flashes, à travers le regard de gens qui l’ont connu, ou qui l’ont simplement aperçu. Au final, on en sait peu sur Hunter, mais on est passé par quelques-uns des plus beaux morceaux de prose des lettres québécoises depuis longtemps.

***

NAYLA NAOUFAL – DANSE

V’là 7 bons shows de danse (ou mon kaléidoscope de butinages):

2012 aura été une année foisonnante et savoureuse en danse contemporaine à Montréal. Une année de dialogues entre artistes, où les solos étaient faux et où les danseurs conversaient avec les musiciens, les théâtreux, les artistes visuels, en direct sous nos yeux ; une année où plusieurs shows mettaient l’accent sur l’expérience, le sensible et l’immersion du public dans l’œuvre ; une année sous le signe de la lumière, qui s’invite dans nombre de créations, devenant parfois un interprète à part entière ; une année où on a enfin compris que danse contemporaine rime aussi avec fête, in situ, piscine, dehors, bulles ; une année où la vidéodanse a bourgeonné à Montréal ; une année où on a vu sur scène des corporéités qui s’écartent du modèle qu’on voit d’habitude, ce qui est essentiel, « non seulement du point de vue de l’histoire, mais aussi du point de vue de l’évolution actuelle qui tend à rabaisser le statut de l’homme à celui d’artefacts ou d’objets design*» : corporéités âgées,  enceintes, avec une mobilité contrainte, de non-danseurs, etc. (*Raimund Hogue)

Je vous livre, pêle-mêle, mes coups de cœur 2012. Cette liste n’a d’ordre qu’alphabétique et ne se veut pas exhaustive. C’est un kaléidoscope de mes butinages et de mes découvertes. Elle aurait pu être plus longue, plus courte, mais voilà je me cantonne à 7. 7 comme les étoiles de la constellation de la Petite Ourse, 7 comme les couleurs de l’arc-en-ciel, 7 comme le pH neutre, 7 comme les portes de Thèbes, 7 comme le nombre de têtes de l’Hydre de Lerne.

2012 a été aussi l’année où j’ai commencé à rendre compte par la plume du plaisir de mes mirettes, d’abord en créant Dance from the mat, et ensuite en rejoignant, pour ma plus grande joie, l’équipe de Ma mère était hipster. Merci de nous lire et on se voit bientôt à l’Agora, à Tangente, à l’Usine C et dans les autres lieux montréalais où l’on danse!

***

DOMINIQUE CHARRON – DANSE/CINÉMA

Quatre chorégraphes et un solo – Vus à Montréal en 2012

Taoufiq Izeddiou / Aaléef

Le marocain Taoufiq Izeddiou a créé Aaléef en plein printemps arabe, et il s’est imprégné de son énergie. Présenté au FTA en juin dernier, son solo en contre-jour propose une forme de chaos organisé, où chant primal et lourdes chutes côtoient riffs de guitare acoustique et mouvements fins du pied. À voir le danseur/chorégraphe se mettre une robe et du rouge à lèvres à la fin de la pièce et courir en rond de façon interminable, on pourrait croire à du grand n’importe quoi, mais Izeddiou y met juste assez d’humour pour qu’on le sente tout à fait conscient de ce qu’il offre. Dans le public, pendant qu’un couple ricanait en se cachant le visage, un homme applaudissait avec énergie en criant “Ouais! Ouais!” et en brandissant le poing. Juste pour ça. Ah! Juste pour ça, j’ai envie de voir où Izeddiou ira ensuite. Le malaise le plus agréable de mon année.

Anne Teresa de Keersmaeker / En Atendant et Cesena

La chorégraphe belge a remporté le Grand Prix de la danse de Montréal 2012 pour son diptyque En Atendant et Cesena, présenté au FTA ce printemps. La récompense est amplement méritée. Les pièces, créées en collaboration avec le musicologue Björn Schmelzer, sont un alliage de chants du XIVe siècle et de danse contemporaine. Chanteurs et danseurs se mélangent sur scène, chacun collaborant au travail de l’autre. Son oeuvre est soufflante, dense, spirituelle, exigeante, raffinée et parfaitement exécutée. Une chorégraphe contemporaine majeure. Pour spectateurs entraînés.

Site web de la compagnie

Daniel Léveillé / Solitudes solo

La première de Solitudes solo a eu lieu cet automne à l’Agora de la danse, mais c’est bien l’ensemble du travail du chorégraphe qui vaut le détour. Avec beaucoup de déconstruction et d’analyse des mouvements, Léveillé réussit à révéler le corps dans toute sa vulnérabilité, biologique et humaine. Il peut aussi compter sur la grande liberté de ses danseurs qui osent se mettre à nu, au propre comme au figuré. Il n’y a pas d’artifice chez Léveillé, pas de prétention, pas de désir de se donner en spectacle. Juste une forte sensibilité à la condition humaine. Daniel Léveillé est un chorégraphe philosophe. Je ne saurais trop vous inviter à aller voir ses pièces.

Site web de la compagnie

Mélanie Demers / Goodbye

Son Goodbye était présenté au FTA cette année et, étonnamment pour une liste de chorégraphes, ce n’est pas tant son travail chorégraphique que je tiens à saluer ici, que son travail multidisciplinaire. À l’aise avec les langages théâtral et littéraire, la chorégraphe montréalaise a atteint une maîtrise certaine de la mise en scène. Dans Goodbye, les genres sont habilement mélangés pour former un tout cohérent et signifiant. Les danseurs/acteurs interpellent le public avec des discours sociopolitiques, lui demandent ce qu’il pense de l’amour ou le regardent en silence, avant de jouer entre eux à des rencontres dansées. Mentionnons ici au passage Brianna Lombardo, qui dansait aussi dans Usually Beauty Fails de Frédérick Gravel cet automne, et dont l’énergie m’a particulièrement séduite cette année.

Site web de la compagnie

Robert Battle – Alvin Ailey American Dance Theater / In/Side 

Je triche un peu ici, mais le solo In/Side de l’Alvin Ailey American Dance Theater a été un des moments forts de mon année de danse, et je m’en voudrais de ne pas l’inclure. Si l’ensemble du spectacle présenté par la compagnie en avril, à la Place des Arts, était inégal et trop grand public, cette pièce créée sur Wild is the Wind de Nina Simone mérite une mention pour sa finesse mélangée à la force brute. La mélancolie simonienne, avec ses tensions et relâchements, y a été capturée avec justesse par Battle et le résultat est un petit bijou de sensibilité et de beauté. Frissons.

Cinéma: 

V’là cinq portraits de Québécois vus en salle en 2012:

Le Nord au coeur / Serge Giguère
Ce documentaire a plusieurs qualités cinématographiques (et quelques faiblesses), mais c’est d’abord son sujet qui en fait un incontournable: Louis-Edmond Hamelin, le défricheur de la géographie nordique, intellectuel trop peu cité parmi les figures majeures du Québec. Hamelin raconte son parcours au portraitiste Serge Giguère, nous fait voyager jusqu’au Mushuau-Nipi dans le Grand Nord du Québec et partage son respect pour les Premières Nations, qu’il reconnaît pleinement comme premiers habitants du Nord. Un film d’autant plus pertinent, en cette période annoncée de revendications autochtones et de développement du territoire. À écouter pour rencontrer le grand Hamelin et pour mieux comprendre le Nord et ses habitants. Avec le coeur. (La chronique de Dominique lors des RIDM)

Si vous courez, vous pouvez encore attraper le film au cinéma Excentris où il est présenté jusqu’au 24 décembre.

Philémon chante Habana / Pédro Ruiz
Avant d’aller voir Philémon chante Habana au FFM, je doutais un peu de la pertinence d’un tel film. J’avais entendu son histoire et sa musique déjà. À quoi bon? C’était sans compter le talent du cinéaste Pédro Ruiz et la force d’attraction de Philémon. De retour à La Havane où il a enregistré Les sessions cubaines, le musicien se raconte en mosaïque parmi les images chaudes de Cuba, les retrouvailles avec ses amis et les pièces chantées dans plusieurs lieux porteurs. Bien qu’un peu trop long, le film révèle une dimension de l’oeuvre de Philémon (et de l’homme) dont on ne pouvait deviner que l’esquisse jusqu’à maintenant. Voilà toute la force d’un portrait réussi. (La chronique de Dominique lors des RIDM)

Robert Gravel, mort subite d’un homme-théâtre / Jean-Claude Coulbois
Riche d’une impressionnante collection d’images d’archives, ce portrait du co-fondateur de la LNI, du Théâtre expérimental et du Nouveau théâtre expérimental intéressera même ceux dont le bagage théâtral est limité. Avec des extraits de la dernière entrevue donnée par Gravel, avant sa mort précipitée en 1996, et des témoignages d’amis ayant collaboré de près ou de loin à ses oeuvres, le film nous plonge dans l’univers de création de l’acteur/auteur/metteur en scène. On y rencontre son désir de toucher au laid, à l’étrange et au spontané, de se mettre lui-même au défi en même temps que les acteurs et les spectateurs, et le tout en cherchant ces vérités sur lesquelles on préfère souvent fermer les yeux. Au passage, on y attrape des notions d’histoire du théâtre québécois, et on y prend toute la mesure du titre affublé à Gravel par le réalisateur: celui d’homme-théâtre.

Over My Dead Body / Brigitte Poupart
Atteint de fibrose kystique, Dave St-Pierre a vécu un an et demi dans un état grave avant de recevoir une greffe de poumon. Sa complice artistique et amie Brigitte Poupart a choisi de poser sa caméra sur lui pendant l’attente. C’est le résultat de cette longue documentation qu’elle présente dans Over My Dead Body. La force du film tient dans la relation déjà profonde entre les deux, qui permet à Poupart de faire des liens entre les différents morceaux de l’être qu’elle filme. Elle explique par la narration ce qui ne transparaît pas à l’écran ou glisse dans le montage des extraits de spectacles de St-Pierre, pour dresser des parallèles entre sa création et ce qu’il vit dans la maladie. Elle ne met pas en scène le combat d’un homme malade, mais trace plutôt le portrait complexe d’un être entier: son ami. Touchant, humain et vrai. (La chronique de Myriam sur le documentaire)

Vous pouvez visionner le film sur le site de Télé-Québec jusqu’au 27 décembre. Profitez-en!

L’état du monde et Épopée / Rodrigue Jean et Hubert Caron-Guay
J’ai découvert Épopée en allant voir le long métrage L’état du monde aux RIDM. Ce collage de trois courts métrages était en fait issu d’un projet beaucoup plus vaste: Épopée. Initié par le réalisateur Rodrigue Jean, le collectif propose des “récits écrits et tournés en collaboration avec des personnes vivant l’exclusion dans le quadrilatère au Centre-Sud de Montréal”. Qu’y-a-t-il de plus dans ces films que dans la multitude de films déjà réalisés sur les gens de la rue, la toxicomanie ou l’exclusion? Peu de choses. Sauf qu’il ne s’agit pas de personnages anonymes, mais de gens avec qui nous habitons Montréal et que nous pouvons croiser chaque jour.  La beauté du projet? Tous les films sont en ligne sur epopee.me (La chronique de Dominique lors des RIDM)

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poème sale sur le party!POÈME SALE – POÉSIE

Les évènements poétiques de l’année 2012 ( en tous cas ceux auxquels on a assisté… )

Viens! On thrash ton Sorel. (Shout-out à Fullblood pour avoir marqué l’incrédulité du Café Saint-Thomas à Sorel-Tracy)

Le Off-Off Festival de poésie de Trois-Rivières au café Zénob. (Big up à Jean-Sébastien Larouche pour avoir initié la prise du Zénob qui ne savait pas ce qui l’attendait è 1h du mat. et beaucoup de love à Shawn Cotton pour une lecture incarnative des poèmes de JP Tremblay.

Le OFF festival de poésie de Trois-Rivières (Pour la convergence des poètes qui ont dû faire avec le party de fête de 90 de Monsieur Gingras et le gars qui voulait jouer au pool pendant la lecture des auteurs)

Le cabaret de la pègre du 20 avril 2012 (Pour la performance séminale de Édouard Bond)

Lancement du numéro 149 de la revue Estuaire au chic bar Paspébiac. (Tomber en amour avec Mara Tremblay en buvant une grosse 50)

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NICOLAS ROY – MUSIQUE

V’là cinq bons disques

CINQ!! Juste cinq bons albums!! Bonjour le tri! Je pourrais, après courte réflexion et sans hésitation, faire une série de génuflexions devant les œuvres achevées de Grizzly Bear, Frank Ocean, Twin Shadow, Fiona Apple, Dirty Projectors, Neneh Cherry, Beach House, Bat For Lashes, alt-J, Sharon Van Etten, Tame Impala, Lambchop ou Father John Misty. Mais non. Je vais plutôt vous parler de cinq affaires qui se sont tenues, un peu ou carrément, sous la zone balayée par les radars des grands penseurs de l’indispensabilité musicale de fin d’année. Allons-y!

Whitehorse – The Fate of the World Depends on This Kiss

Ma découverte lors de la dernière édition de M pour Montréal. Un duo gonze/gonzesse sous les faisceaux, un contrat conjugal en coulisses, l’union singulière du folk, de l’alt‑country, du blues et du… disco. En gros, le meilleur de chacun de ces univers. Et ça sonne gros de partout, en direct comme sur CD. Autant le swagger sur scène est brut et sauvage, autant le travail en studio est minutieux et remarquable. Les compositions sont diversifiées et aventureuses, les voix prodigieusement entrelacées, les vieilles guitares pas cuites, les surprises à chaque détour, etc. Un bijou de 1 à 12.

Aidan Knight – Small Reveal

Aidan Knight est Canadien. Originaire de Victoria. Et voici Small Reveal, son « second effort », pleinement déployé. Voici aussi l’histoire d’un conteur de l’intime qui s’est offert un stade sonore pour nous éblouir. À la manière d’un Bon Iver par exemple. Comme Justin Vernon, Aidan peut par ici défendre une balade épurée de sa seule voix mélancolique, et par là, naviguer avec aisance dans les eaux souvent tumultueuses du folk expérimental et orchestral. Je suis d’avis que les frissons que vous économisez pour l’un pourraient judicieusement être investis dans l’autre. Un très joli disque d’hiver par ailleurs. La trame sonore d’une bûche qui crépite dans l’âtre.

Julien Sagot – Piano Mal

On savait qu’il avait du talent le percussionniste. Ne fait pas partie de Karkwa le premier venu. Eh bien, ne fait pas non plus partie de l’équipe Sagot n’importe qui. Pour un premier album, l’artiste a visé juste en recourant aux services de Simon Angell à la réalisation et de Leif Vollebekk aux arrangements. Le résultat est étonnant d’authenticité et de trouvailles. Julien emprunte sur Piano Mal la voie de la simplicité élégamment maquillée et de l’humilité en tenue de soirée. Avec juste ce qu’il faut d’indéchiffrable dans le texte et une dose efficace d’exploration dans la composition. Un album qui passe le test et qui laisse espérer une suite plus prochaine que lointaine. (La chronique de Myriam sur le disque)

Searching for Sugar Man – Bande Sonore

Un album hors catégorie du fait que le morceau le plus frais du soundtrack a reçu (ou non) son baptême d’ondes au début des années 1970. Ce qu’il faut savoir pour prendre la pleine mesure de l’extraordinaire histoire de Sixto « Jesús » Rodriguez, c’est que les deux albums de l’Américain d’origine mexicaine ont été à ce point relégués dans l’ombre des oubliettes au moment de leur parution, que l’auteur-compositeur a mis peu de temps après un terme à sa carrière et, selon la légende, à ses jours. C’est grosso modo le point de départ du documentaire qui lui est consacré.   MISE EN GARDE : la bande-annonce vend un peu le punch.

Alpine – Hands (single)

Mon dernier coup de cœur n’est pas pour un album, mais pour un single sorti de nulle part et qui tarde à introduire sa famille élargie en Amérique du Nord. Je parle de la pièce Hands du groupe australien Alpine. Plusieurs d’entre vous, incrédules, se gratteront le coco à la recherche de la source de mon émoi. Je ne me l’explique pas. Peut-être l’effet des voix sur mon système limbique, le fruit de la carrure des guitares sur mes glandes surrénales, la synchronisation parfaite du tempo et de mon biorythme ou la hache qui se balance dangereusement près des chevilles de la jeune fille. Allez savoir. On en reparle en 2013.

***

MYRIAM DAGUZAN BERNIER 

J’ai tout couvert cette année ou presque (pas dans le sens de tout ce qui se fait, mais plutôt dans le sens de « tous les domaines »), me voici donc bien embêtée de savoir ce qui je veux souligner. Mais puisqu’il le faut, je me lance:

Musique: 

Jessica Pratt. God, je l’aime. C’est si beau, si élégant. Un folk indémodable qui s’inspire résolument des 60’s, en prenant le meilleur.

Chelsea Wolfe. Une autre voix féminine qui m’a totalement charmée. Ses albums précédents sont juste assez sombres et introspectifs, et son plus récent album me fait réellement penser au jouissif « Let England Shake » de PJ Harvey. Rien de moins. Elle est en spectacle au IL Motore le 22 janvier prochain.

Émile Proulx-Cloutier est un artiste que je suivrai assurément en 2013. Par deux fois déjà, il m’a enchanté et profondément émue avec ses compositions extrêmement belles, lumineuses, pleines d’émotions vraies et senties. On va le voir en spectacle à la 5e salle en février. Et on attend son disque!!!!

Danse/Théâtre:

D’abord le FTA. Ce festival, je m’en ennuie à la minute où il se termine. J’attends déjà l’édition 2013 avec impatience, c’est un incontournable. J’ai vu là des shows qui m’ont fait questionner la création comme jamais. Un must.

Mes lieux de diffusion préférés? L’Espace libreLa ChapelleL’Usine C. Des lieux où le théâtre n’est pas figé dans sa seule discipline et où celle-ci se questionne elle-même, devant nous et AVEC nous.

Bande dessinée/Littérature:

Les cicatrisés de Saint-Sauvignac m’a fait salement rire. Original, irrévérencieux et intelligent.

Charlotte before christ. Un roman que j’ai franchement savouré, dans lequel j’ai trouvé quelque chose d’important, de précieux.

La muse récursive. Beaucoup apprécié cette bd fort intrigante et foisonnante. Non seulement un plaisir de lecture, mais une oeuvre qui reste en tête.

Cinéma:

Coup de total et unilatéral pour Laurence Anyways. Rien à ajouter de plus. (La conversation entre moi et Daniel sur le film)

***

Finalement, sachez que « Ma mère » en arrive à sa troisième année et demie d’existence et a énormément changé depuis les débuts. Nous sommes maintenant une équipe complète (d’autres collabos à venir) qui travaille fort pour vous offrir le meilleur de la culture émergente. D’ailleurs, je me permets de remercier cette équipe incroyablement solide et géniale. Sans eux, tout ça ne serait pas possible.

Le webzine s’est aussi doté cette année d’une section « danse » ainsi que « bande dessinée », des domaines, ma foi, incontournables. D’autres éléments nouveaux s’ajouteront au cours de 2013.

Bref, continuez à nous suivre et… MERCI!

À propos de Myriam Daguzan-Bernier


Myriam est fondatrice et rédactrice en chef de Ma Mère Etait Hipster. Pigiste à temps complet, vous pouvez la lire chez BRBR et chez Châtelaine. Elle est également gestionnaire de communauté pour l'émission LIRE à ICI ARTV et édimestre pour Châtelaine. Dans ses temps libres (ça existe ça?) rien ne la rend plus heureuse que de passer des heures à fouiner sur le web pour dénicher plein de choses: musique, art, projets, bouffe, nouveautés, etc. Bref, vous ne la trouverez jamais loin d'un ordinateur ou de son téléphone un ti-peu intelligent.



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