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Publié par le 3 déc, 2012 dans Danse | commentaires

Short & Sweet [Wants & Needs Dance – Sala Rossa]

Gerard Reyes.02

Gerard Reyes


La 9ème édition de Short&Sweet a eu lieu dans une Sala Rossa remplie à craquer mercredi dernier : 27 chorégraphes ont pu s’en donner chacun à cœur joie pendant… 3 minutes. Ensuite, les organisateurs criaient « time » et musique et lumières étaient éteintes, que la performance soit terminée ou non.

Derrière Short&Sweet, il y a les chorégraphes montréalais Andrew Tay et Sasha Kleinplatz. Dans le cadre de leur compagnie Wants & Needs Dance, ces derniers conçoivent et organisent des spectacles décalés et décoiffants, qui sortent la danse de son contexte habituel. Plus de théâtre où on est sagement bien assis, mais une salle de concert où on peut se déplacer une bière à la main et échanger. Par exemple, pendant leurs événements Piss in the Pool, Andrew Tay et Sasha Kleinplatz invitent des artistes à s’approprier une piscine vide et à y créer une pièce in situ.

Ce qui est génial dans Short&Sweet, ce n’est pas seulement le concept de contrainte de temps et l’ambiance cabaret – renforcée cette fois-ci par l’ambiance boudoir de la Sala Rossa – mais aussi le fait qu’en une soirée, on peut voir un vaste éventail de créations, aussi bien d’artistes émergents que de chorégraphes et de danseurs foulant régulièrement les scènes montréalaises. Et ces créations relèvent souvent de la performance, du théâtre ou de la danse-théâtre.

3 minutes par performance ou « dragée chorégraphique », pour reprendre l’expression de Catherine Lavoie-Marcus, qui a participé à ce neuvième opus. 3 minutes, c’est court, me direz-vous. Par conséquent, nombre de créations font dans le registre du cocasse et de l’absurde. Mais, même ainsi, il est passionnant de constater combien ces 3 minutes portent la signature du ou de la chorégraphe et ouvrent une fenêtre sur son imaginaire.

L’été dernier pendant le FTA, la huitième édition de Short&Sweet avait pour thème les duos insolites, qui devaient obligatoirement associer un danseur avec un non-danseur, artiste ou pas. Mais, pour la neuvième, les organisateurs ont préféré donner carte blanche aux chorégraphes, qui étaient nombreux à participer pour la première fois.

Jean Daniel Papillon.01

Joachim Yensen-Martin & J.D. Papillon

Faute de pouvoir vous parler de chacune des performances, toutes savoureuses et téméraires, j’en évoquerai quelques-unes : la très jouissive performance d’Helen Simard, où un chanteur de rock pousse 20 personnes dans le public à se déchaîner et à faire un moshpit dans la salle (pendant 40 secondes, j’ai vraiment cru à la spontanéité de celui-ci et me suis dit que ce chanteur devait donc être bien populaire) ; le sensible et facétieux duo de claquettes orchestré par Kimberley de Jong avec Paige Culley à l’arrêt d’un bus en plein hiver ; le duel façon roman graphique de J.D. Papillon avec Joachim Yensen-Martin, où le chorégraphe s’inspire de la démarche de Crystal Pite pour créer son propre univers où il porte un regard distancié et hilarant sur les codes sociaux attribués au genre ; la poésie absurde et pétulante de Catherine Lavoie-Marcus en kabuki géante sur échasses humaines, avec la participation désopilante de l’interprète Lael Stellick qui sort tout droit d’un film de Kaurismäki ; le one-woman-show (ou one-man-show, on s’en fout comme de notre premier body en dentelle rouge) torride et touchant de Gerard Reyes ; l’extrême beauté des contrastes de volume dans l’étreinte de Jonathan Fortin et de l’interprète splendide et boteresque Katia Lévesque ; la sauterie de Priscilla Guy où plusieurs interprètes se lient, se délient et s’arc-boutent en échangeant leurs flûtes de champagne ; les ninjas cagoulés de noir de Caroline Dusseault qui se livrent à des mouvements lyriques. Les performances présentées à ce Short&Sweet tendent à questionner nos représentations de la corporéité et du mouvement : quels types et registres de gestuelle associe-t-on à un personnage donné et pourquoi ? Pourquoi tel mouvement nous semble ridicule ou émouvant ou amusant ou encore dérangeant?  Pourquoi est-on surpris par certains rapports de volume et de taille?

Jonathan Fortin.03

Jonathan Fortin & Katia Lévesque

Autres rapports à soi, au corps, au public, à la danse et à la performance. Autres corps, autres sensibilités, autres métissages. Explorant plusieurs champs, défrichant de nouveaux croisements, Short&Sweet attire un public éclectique, dont une partie n’irait pas nécessairement voir de la danse. C’est comme un cours accéléré sur la scène artistique de Montréal, qui chamboulera vos préconceptions sur la danse. Autrement dit, si vous avez un ami de passage et qu’un Short&Sweet est annoncé, cela fait partie du parcours indispensable, avec Schwartz’s, le CCA, la SAT et le Mont-Royal (remplacer par les autres lieux que vous aimez, on n’est pas bégueules à Ma mère était hipster).

Catherine Lavoie-Marcus

Catherine Lavoie-Marcus

Short&Sweet, c’est festif, sexy et rigolo, mais c’est aussi plusieurs textures. On peut en rester à la première couche et passer une excellente soirée. Ou on peut pousser plus loin et réfléchir à tout ce qui émerge de ces performances qui ne se prennent pas la tête. Non, la danse contemporaine n’est pas quelque chose à comprendre à d’avance pour un public « averti » – le nombre de fois où j’ai entendu « ah non la danse, moi je ne connais pas, je ne saurai pas quoi en penser » – non ce n’est pas hermétique ou plate, non on ne meurt pas d’ennui en étant contorsionné dans un siège exigu, et si je ne vous ai pas encore convaincus, alors rendez-vous au dixième Short&Sweet.

***

Nayla Naoufal 

À propos de Nayla Naoufal


Nayla est stagiaire postdoctorale à l'Université Laval, où ses travaux s'inscrivent au croisement de l'éducation relative à l'environnement, de l'éducation interculturelle et de l'éducation à la paix. Dans son autre vie, elle est critique de danse et collabore à Ma mère était hipster et au Devoir. Fondatrice du blogue Dance from the mat et vagabonde intellectuelle assumée, elle affectionne les librairies, les bibliothèques et les salles obscures.



Commentaires

  1. Isaline dit :

    Excellent article et très savoureux! Nannnn, on est pas bégueule ;)

    1. Nayla Naoufal dit :

      merci Isaline :) non pas bégoeules car nos mères étaient hipster :)

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