Eleni Mandell [L'Astral]
La première fois de ma vie où je réussis à me convaincre de prendre mon temps parce que de toute façon on le sait les shows ça commence toujours au moins deux heures en retard, avec trois premières parties, plus les changements scéniques, plus le gossage technique. Mauvaise idée. D’habitude je suis quand même là bien en avance, parce que, comme au cinéma, même si je sais qu’il y a des previews qui me donnent au moins quinze minutes de jeu, j’angoisse en voyant que l’heure approche.
Je suis arrivé en retard, vers 20h15 : Eleni Mandell était déjà sur scène.
Quand je suis entré à l’Astral, elle était là, debout seule sur la scène avec sa guitare et elle s’adressait à la foule dans un français cassé. Charmante, pleine d’humour et d’humilité, elle nous a fait comprendre que ça lui faisait plaisir d’être ici. On l’a cru et elle a commencé à jouer une très belle pièce de son dernier album, « Desert Song ».
Toute seule pour les trois premières chansons, on a vite compris que ça ne serait pas le même genre de spectacle que pour sa dernière tournée, où elle était accompagnée de trois musiciens, avec des arrangements très rock. Je me suis demandé si j’étais déçu jusqu’à ce qu’elle me convainque, avec « One Look », tirée d’Artificial Fire, qu’elle s’en tirait très bien comme ça, avec juste sa voix et sa guitare.
Un peu plus tard, pour « Moonglow, Lamp Low » (Miracle of Five), le contrebassiste Bazil Donovan est venu la rejoindre, et ils ont continué comme ça ensemble jusqu’à l’entracte.
On a eu droit, durant cette première partie, à une douzaine de chansons provenant en majorité de I Can See the Future, qui vient de sortir, comme « Magic Summertime », « Crooked Man », « Bun in the Oven ». Évidemment, elle aussi a joué quelques chansons plus anciennes, dont la très belle « Dreamboat » (Snakebite) que je découvrais avec plaisir.
Toutes très bien interprétées par Mandell qui semblait détendue, les pièces se sont suivies les unes les autres dans une atmosphère chaleureuse et dépouillée. En fait, et c’est ce qui m’a frappé à mesure que le show avançait, dénuées de toute fioriture, sans artifice, on se rendait compte de la beauté intrinsèque de ces chansons. Et aussi de la puissance envoûtante de la voix de Mandell, qu’on a tendance à sous-estimer à cause de son registre assez bas. Sa voix est sublime et, contrairement à bien des chanteurs qui perdent leurs moyens live, hier soir elle était tout à fait en contrôle, misant sur une passion, une sensualité même, qui ne se perçoit pas autant sur ses disques. Elle s’amusait en jouant sur les tons et c’était contagieux.
Ça se voit, Mandell fait partie de ces gens timides qui se libèrent étrangement sur scène. La complicité avec le public était évidente. Au cours de la soirée, elle a fait plusieurs commentaires empreints d’autodérision et de sarcasme, qui ont fait rire la foule. Pour introduire une série de chansons particulièrement autobiographiques, elle a lancé :
Now I’m gonna talk about my ex-boyfriends. It’s about time I make some money off of them.
En effet. Le petit sourire en coin du contrebassiste était représentatif de l’ambiance générale.
La première partie s’est terminée sur deux de mes chansons préférées de Miracle of Five : « My Twin » et « Girls ».
Après un court entracte, elle est revenue sur scène et a joué pendant encore presque une heure. Son côté plus folk-rock est ressorti avec son matériel plus ancien, comme « Iowa City » (Country for True Lovers) et « Pauline » (Thrill). Elle a osé chanter en français, malgré la nervosité, une jolie pièce qui s’appelle « Dis-moi au revoir encore ». Jumelée avec « Artificial Fire », cette chanson dit bien la relation particulière qu’elle entretient avec Montréal.
Au-delà de l’interprétation savoureuse de pièces que j’aime et que je connais bien, comme « The Make-Out King » et « Salt Truck » (Miracle of Five), je retiens de cette deuxième partie la sublime « The Future », qui ouvre le dernier album et qui ne m’avait pas chamboulé jusqu’à maintenant.
Écouter Eleni Mandell me la chanter hier soir à l’Astral, ça m’a fait changer d’opinion.
I want to fall again In love again
I know where it will happen
Along the California coast
Where the ocean meets the mountains
I can see the future
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