The Tempest Replica [Crystal Pite/Compagnie Kidd Pivot]
La renommée chorégraphe canadienne Crystal Pite a choisi pour sa plus récente création un texte déjà existant (et non le moindre): The Tempest de Shakespeare.
Ainsi donc, Prospero vit en exil sur une île depuis 12 ans, avec sa fille Miranda. Duc de Milan, il a été chassé de chez lui par son frère et le roi pour avoir appris la magie. Par désir de vengeance, Prospero demande à l’esprit Ariel de souffler une tempête sur le bateau de ses ennemis, qui vient s’échouer sur l’île…
Tout au long de sa pièce, Pite ne manque pas de nous en rappeler l’origine littéraire. Une grande toile à l’arrière de la scène, évoquant la texture d’un vieux papier, sert de décor, et on y projette régulièrement des images ou des mots à la manière d’intertitres cinématographiques, pour appuyer la narration: “Acte 2, Scène 1”.
En première partie, à l’exception de Prospero qui arbore une tenue de ville, les danseurs sont habillés des pieds à la tête d’un tissu blanc-gris évoquant, là aussi, la texture du papier. Leurs mouvements sont articulés et légèrement cassants, à la manière de pantins dont les ficelles seraient tirées par un animateur de talent. L’image est plutôt claire: ils sont les personnages d’un livre qu’on a ouvert, contrôlés par un esprit créateur (le magicien Prospero? Shakespeare? Pite?).
Les danseurs n’adopteront la tenue de ville et les mouvements libres qu’en deuxième partie, alors que Prospero les libère de son emprise. De pantins exécutants, ils passeront à des personnages expressifs portant colère, amour, déchirure, doute, honte, force, tristesse, folie, rage…
Si le langage de The Tempest Replica est principalement dansé, l’ambiance est quant à elle très théâtrale grâce au travail de scénographie qu’il faut saluer. Des projections vidéos et des effets sonores viennent régulièrement compléter le travail des danseurs et appuyer la narration de belle façon, malgré quelques excès.
Au final, The Tempest Replica est l’oeuvre d’une chorégraphe mûre qui manie avec doigtée le vocabulaire dansé. Les interprètes sont solides, à l’aise avec les émotions qu’on leur fait porter et en plein contrôle de leur corps, jusque dans les mouvements les plus fins. On peut se demander à quoi peut servir une relecture de The Tempest, ou plutôt, ce que cette version peut bien réussir à en dire de plus. Mais on ne peut qu’applaudir la maîtrise avec laquelle les membres de Kidd Pivot nous offre The Tempest Replica.
The Tempest Replica est présenté à guichet fermé les 11, 12 et 13 octobre à l’Agora de la danse.
Interprètes :
Bryan Arias, Eric Beauchesne, Sandra Marìn Garcia, Yannick Matthon, Jirí Pokorný, Cindy Salgado et Jermaine Maurice Spivey.
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