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Publié par le 1 oct, 2012 dans Théâtre | commentaires

Le chant du dire-dire [Théâtre Le Mimésis]

Photo: Hugo B Lefort

Ils m’avaient déjà conquise l’année dernière lorsqu’ils avaient joué Le chemin des Passes dangereuses de Michel Marc Bouchard au bain St-Michel. Cette année, Yves-Antoine Rivest, Guillaume Regaudie et Louis-Philippe Tremblay redeviennent des frères, cette fois dans Le chant du dire-dire de Daniel Danis présenté à l’église  L’Immaculé-Conception dans une mise en scène de Marc Béland.

Je dois avouer avant toute chose que c’est le lieu qui m’intriguait le plus. Je m’imaginais difficilement comment il était possible d’utiliser l’espace et si j’allais aimer l’idée. Bref, l’endroit était parfait pour mettre en scène,  ce que l’auteur appelle dans son texte la « société d’amour » de la famille Durant. Trois frères, Fred-Gilles, William, Rock et leur sœur Noéma (Marie-France Bédard) rendus orphelins par l’orage, se sont réfugiés dans leur petite maison où ils prennent soin les uns des autres. Les trois hommes nous racontent comment ils ont perdu leurs parents, parlent de leur vie et de quelle façon ils prennent soin de leur sœur adorée. Cette dernière a voyagé pendant 1 an pour devenir chanteuse. Au terme de son périple, ils la retrouvent muette et léthargique suite à un accident cardio-vasculaire. Pour tenter de la guérir, ils lui prodigueront des ce que les trois hommes nomment des « soins d’amour »; chaque jour ils la lavent, la maquillent et la massent pour être certains qu’elle sache à quel point ils l’aiment et afin qu’elle reprenne vie.

Assis dans le cœur de l’église, tout près des comédiens, nous avons l’impression d’être installés dans la maison familiale et d’observer cette microsociété; il n’y a aucune distance entre nous et les acteurs, ce qui créé une forme d’intimité. L’action se déroule autour d’un simple lit à deux étages et du dire-dire, une machine – ressemblant à un phonographe — inventée par leur père pour y crier leurs joies et leurs peines.

La mise en scène minimaliste, le décor épuré et l’écho du lieu saint laissent toute la place aux mots de Daniel Danis. Rajoutons à cela une excellente performance d’acteurs et nous nous retrouvons absorbés dans cet univers insolite. Chacun des interprètes a su rendre avec justesse les traits de personnalités de ces « hommes-enfants »;  à la fois matures et aussi impulsifs que des gamins. Il y a la colère qui habite William, la naïveté et la douceur de Fred-Gilles, le côté protecteur du grand frère Rock. La silencieuse Noéma ne laisse pas sa place, elle est aussi troublante que captivante; chacun de ses cris vient résonner profondément en nous lors des rares moments où elle semble reprendre vie.

La « société d’amour » que la petite famille s’est recréée aux côtés du dire-dire est réconfortante, mais aussi étouffante. Soudés, ils y vivent une relation amour-haine, comme s’ils étaient devenus prisonniers de leur fratrie, incapable de ne pas vivre tous ensemble. C’est par leur amour qu’ils tentent de guérir leur sœur. Mais est-ce suffisant et permettra-t-il de tout traverser? On tentera de leur enlever leur cadette pour lui offrir les soins appropriés. Refusant d’être séparés, ils iront jusqu’à s’entredéchirer, jusqu’à ne plus exister…

Le chant du dire-dire m’a beaucoup touchée par la beauté du texte, par la force du jeu des acteurs. Et j’ai été déconcertée de voir cette famille prête à tout pour ne pas se perdre, vivre un amour si grand et si fort qu’il finit par détruire, par leur faire perdre toute notion d’individualité. Déstabilisée d’assister à quelque chose de si beau et de si effrayant à la fois.

C’est la deuxième production du théâtre Le Mimésis que je vois et j’ai bien hâte de découvrir les futurs projets de cette jeune compagnie et dans quels lieux seront mises en scène leurs prochaines pièces.

Du 26 septembre au 20 octobre à l’église L’Immaculé-conception (Papineau coin Rachel). Pour plus d’informations, vous pouvez visiter leur site internet.

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Marianne Renaud



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