Concert littéraire de Thomas Hellman [FIL 2012 - Lion D'or]
Le poète est un sismographe qui enregistre les tremblements d’être.
Roland Giguère
Thomas Hellman est de ceux que nous aimons écouter, pour sa sensibilité et son amour des mots, et que nous aimons entendre, pour sa voix envoûtante et ses lectures sublimes.
Hier soir au Lion d’Or, il nous a présenté ses lectures, celles qui « font de la musique quand il les lit », comme il se plaît à nous le dire. Des textes d’auteurs qu’il aime particulièrement, Samuel Archibald, jeune auteur qui nous a offert Arvida en 2011, Allen Ginsberg, Eduardo Galeano (un auteur uruguayen), Patrice Desbiens, qu’Hellman vénère presque et diffuse depuis plusieurs années déjà et enfin, Roland Giguère, poète québécois et son plus récent coup de cœur. Cette affection s’est révélée rapidement fertile, car Thomas Hellman nous a révélé qu’en lisant les poèmes de Giguère, à chaque page, une mélodie lui venait.
Dans une succession de textes lus, chantés, en musique ou pas, l’auteur-compositeur-interprète nous a fait découvrir les mots que ces différents auteurs – uniquement masculins – ont écrits. Accompagné de Sage Reynolds, contrebassiste de jazz, et d’Olaf Gundel, pianiste-guitariste et collaborateur de longue date, le chanteur nous a offert des interprétations tout en nuance et dépouillement, donnant toute la place aux textes.
Né d’un père texan et d’une mère française, le métissage linguistique et culturel se ressent dans les paroles et la musique de Thomas Hellman. Ne serait-ce que l’utilisation du banjo, instrument qui nous téléporte vers le sud des États-Unis à l’époque du dixieland et du bluegrass. Le chanteur nous a raconté durant le spectacle quelques anecdotes au sujet de la visite d’un musée de l’immigration américaine à New York, le Tenement Museum, qui lui a rappelé le poème de Galeano, Immigrants du siècle dernier.
À l’époque (début XXe), les nouveaux arrivants débarquaient dans le port de New York et étaient envoyés en Ohio, au Kansas, et au Texas, là où le grand-père de Thomas Hellman est né. L’imaginaire de l’artiste est parsemé de ces parcours, de ces déracinements familiaux. On les reconnaît dans les mots de Galeano, dans les dérives d’Allen Ginsberg (Howl), dans la double culture franco-ontarienne de Desbiens.
Thomas Hellman nous a offert également deux chansons tirées des albums L’appartement (La fin du monde) et Prêts, partez (Le temps efface tout), ainsi qu’un inédit, Sous la pluie. Quelques fans présents dans la salle réclamaient d’autres chansons de l’artiste, mais il revenait toujours vers des textes de Roland Giguère, que l’on sentait ancré profondément dans son cœur.
La suite de Giguère exécutée après l’entracte (Sur notre île / Pour tout effacer j’avance / Seul jour), très jolie, habillée de l’unique piano dont jouait exceptionnellement Thomas Hellman (avec un petit air de Yann Tiersen), se révéla l’un des moments les plus réussis du spectacle, tout comme les harmonies entre les deux musiciens Olaf Gundel et Sage Reynolds dans Comment dire et Sans histoire.
Et si Hellman a terminé de belle façon son spectacle en lisant le poème Dernière page, de Patrice Desbiens, il ne nous a pas pour autant abandonnés, et nous a au contraire poussés vers les mots de ces auteurs que plusieurs d’entre nous ne devaient pas connaître. Il nous a donné envie de poursuivre la découverte en lisant ces poètes. Spectacle partage, spectacle généreux, spectacle pédagogique, l’artiste accompagne parfaitement la littérature qu’il nous présente, se faisant passeur et transmetteur.
Dernière page.
On ne vit pas de rêves
on rêve de vivre
sobre ou ivre
c’est toujours le
même livre.Sobre ou ivre
on rêve de vivre
à la dernière page
on ferme le livre.
À surveiller, le livre-disque de Thomas Hellman qui sortira en novembre, fruit de l’exploration des textes de Giguère issus du recueil L’âge de la parole, publié en 1965.
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