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Publié par le 14 sept, 2012 dans Théâtre | commentaires

Le Mécanicien [Théâtre d'Aujourd'hui]

Photo: Véronique Boncompagni

Théâtre d’Aujourd’hui, jusqu’au 29 septembre 2012

Assis derrière nos écrans de télévision, nous sommes souvent confrontés à l’horreur. Que ce soit le 11 septembre 2001, le meurtre sordide commis par Magnotta ou même l’attentat du 4 septembre dernier lors du discours de Pauline Marois. Nous regardons cette violence, sans la comprendre ni la concevoir. Impossible de se l’expliquer, impossible d’en détacher les yeux, l’horreur a quelque chose de fascinant. La pièce Le mécanicien de Guillaume Corbeil, mise en scène par Francis Richard, nous positionne face à cette attirance pour les atrocités et nous confronte aux bouleversements qu’elles peuvent provoquer en nous.

Résumé de la pièce

Un couple rentre à la maison après s’être fait raconter une histoire qui l’a plongé au cœur de l’horreur. Le temps d’une visite au garage, l’horreur ne se trouvait plus de l’autre côté d’un écran, mais juste là, devant eux. L’huile sur les mains du mécanicien, après tout, n’était-ce pas des taches de sang ? Elle et lui voudraient reprendre le manège de leur quotidien, mais comme malgré eux, ils réactivent sans arrêt ce qu’ils ont ressenti pour s’approcher un peu plus de l’étrange objet de leur désir. Surgit dans leur cuisine le verso de leur monde confortable : le déchiqueté, le tronçonné, l’infect…

Suite à ce qu’ils ont vu chez le mécanicien, le jeune couple n’arrive pas à passer à autre chose, à continuer de vivre le quotidien. Surtout Elle. Débute alors le questionnement. Comment peut-il penser au souper? Comment est-il possible de faire comme si de rien n’était ? Elle tente de comprendre ce geste, de se l’expliquer, pour ne pas oublier. Pour le justifier, elle s’imagine que le mécanicien doit avoir un lourd passé, être un ancien soldat sanguinaire ou un meurtrier ; pas simplement un mécanicien. Elle refuse que ce geste puisse être anodin et pourtant il se peut qu’il le soit. Elle va plus loin encore, s’imaginant des histoires pires que ce qu’elle a vu, s’enfonçant dans l’horreur. Entre Elle et Lui débute un jeu où s’entremêlent fantasme et peur. On s’imagine faire partie de cet univers sombre – se trouver pris en otage par un terrible tortionnaire– être attiré par cette violence si loin de notre quotidien. Mais lorsque l’on s’aventure dans le côté obscur d’un être, on ne sait pas ce qu’on peut y trouver, l’horreur peut s’y cacher.

À ce moment, la pièce change de ton, la réalité prend le dessus sur le fantasme. Ce n’est plus un jeu, Lui se transformera en bourreau, laissant la part d’ombre prendre le dessus. Elle, deviendra la réelle victime. Le sordide perdra de son charme et de son attrait. Elle a voulu jouer et se retrouve maintenant prisonnière de celui-ci. Il la ligote sur le comptoir de la cuisine et menace de lui trancher la gorge. Fidèle à notre époque, il filmera sa victime avec sa petite caméra, la torture est projetée en direct sur le mur de la cuisine. On se demande jusqu’où il ira, on veut que ça cesse, mais on ne peut détacher notre regard pour autant. La projection donne l’impression de regarder une vidéo sur YouTube. Les deux comédiens, dans la cuisine, sont cachés par le mur avec seulement l’ouverture du passe-plat pour nous laisser entrevoir le corps attaché de la jeune femme. Cela crée un sentiment de voyeurisme, une impression de voir ce qui ne doit pas être vu. Ce n’est pas uniquement une vidéo que nous regardons.

Photo: Véronique Boncompagni

Malgré la dureté du sujet, l’auteur a su ne pas rendre sa pièce trop lourde en ajoutant une petite touche d’humour dans les dialogues. J’ai aimé la simplicité du décor et de la mise en scène, laissant toute la place à la réflexion qu’un tel propos peut apporter. Elle et Lui, ça pourrait être n’importe qui… On s’y reconnait facilement, je me suis bien souvent questionnée sur ce besoin de voir l’inimaginable. J’ai longuement discuté avec des amis pour tenter de comprendre cette envie de regarder, par exemple, la vidéo de Magnotta, sans jamais y arriver. Sans jamais parvenir, non plus, à savoir ce qu’on tente d’y trouver. La mise en scène en crescendo, un début plus lent, je dois avouer que j’ai eu peur de ne pas aimer et je me suis demandé si la pièce allait devenir plus « punchée ». Pour finalement, me rendre compte après quelques minutes, qu’elle nous fait entrer graduellement dans cette attirance pour le sordide et apprécier pleinement le talent des deux comédiens, Pierre-Luc Léveillé et Anne-Hélène Prévost.

J’en suis ressortie assez troublée. Sans réponses à mes questions, peut-être qu’il n’en existe pas non plus. Troublée de me dire qu’en nous peut se cacher une part d’ombre, qu’on ne préfère pas découvrir, et que c’est de là que nous vient cette attirance pour l’horreur. Sans doute que je vais me questionner bien longtemps encore ! Chose certaine, Le mécanicien de Guillaume Corbeil vaut la peine d’être vu.

Infos pratiques

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Marianne Renaud



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