OUMF [Festival de arts émergents - Musique]
Les écoles et universités sont recommencées, et c’est la rentrée culturelle dans toutes les bonnes institutions artistiques. Il parait que ces événements cycliques annoncent l’arrivée de l’automne. Toutefois, un événement la semaine passée nous laissait croire que l’été n’était pas encore complètement perdu à l’extrémité de l’horizon : le festival d’arts émergents OUMF en plein coeur du Quartier Latin. Une sorte de baume postélectoral, à vrai dire, avec un graphisme beaucoup plus attrayant que celui des pancartes de n’importe quel parti politique.
Vendredi soir, donc, j’arpentai avec une amie les rues autour de l’UQAM dans le but d’aller voir le spectacle du très éclectique groupe aRTIST oF tHe yEAR. Ce band, c’est un mix d’échantillons musicaux avec une variété de rythmes funky tout en gardant comme fond une trame d’électro. Les gars sur scène sont déguisés en « tout et n’importe quoi », avec des perruques, des lunettes soleil ludiques et des habits de l’Afrique de l’Ouest. Bref, une allure globale bien léchée comportant sa part d’indolence. Les gars jouent dans la dérision, mais j’avais l’impression que toute cette énergie ne m’atteignait pas contrairement à la réaction du public. Je suis une grande admiratrice de musique électro, mais celle de aRTIST oF tHe yEAR, je ne savais plus comment l’apprécier. Je n’avais pas l’impression que ce que j’entendais était totalement nouveau et se démarquait dans la vague électro. Le groupe jouait pourtant leur dernier album… Je suis donc restée un peu, observant les membres du groupe tout en alternant mon regard vers le public relativement exalté.
Mon amie me fait signe qu’il y avait plus loin, sur Saint-Denis coin Ontario, un groupe de reprises a capella de chansons de Gerry Boulet : Les Gerry’s. Ça, ça m’interpellait. J’avais déjà essayé d’aller les voir en spectacle l’hiver dernier à l’Astral, et j’avais eu le don de me retrouver au mauvais endroit : à l’Astral 2000 pour assister à un de ces spectacles très louches… 
La rue Saint-Denis était donc piétonne pour l’événement du OUMF et tous pouvaient dessiner et peinturer sur l’asphalte. Nous nous sommes donc assises sur la rue devant la scène pour capter cette merveilleuse énergie que les comédiens et chanteurs des Gerry’s nous transmettaient. J’étais émerveillée. Gerry Boulet fait définitivement partie de mon imaginaire. Je rajouterais même que la première fois que ma mère m’a parlée de la mort, c’était en réponse à celle du rockeur. Il a officiellement été le premier mort que j’ai pleuré dans ma vie. Alors oui, je l’aime profondément et j’assume mon admiration inconditionnelle pour lui. J’étais donc en face de ces sept chanteurs et je recevais totalement ce qu’ils transmettaient à leur public. Les Gerry’s font définitivement sourire, rire aux éclats et chanter avec un brin de bonheur dans la voix. Ils lèguent avec précision ce que la voix de Gerry Boulet peut évoquer : un cri du cœur avec une voix qui décape. Du jamais entendu encore aujourd’hui. Les Gerry’s ont chanté les plus grands classiques du chanteur sans jamais oublier le mythique « marci! » à la fin de chaque chanson. Ça a agréablement bien conclu le vendredi soir du OUMF.
En sortant d’une mise en lecture au Théâtre de Quat’sous samedi soir, je savais que si j’accourais vers le Quartier Latin, j’avais le temps de capter le spectacle de l’excentrique Socalled. J’avais un peu mal à l’âme avec le texte dramatique que je venais d’entendre et Socalled m’a redonné l’entrain que j’avais perdu en cours de soirée. Sa musique aux multiples sonorités roumaines et de l’Europe de l’Est est définitivement le genre de résonance que je recherche dans ma vie pour embellir mon quotidien. Un son différent de ce qui est entendu par ces temps-ci : diversifié, hybride culturellement et hautement réfléchi. Il chante tantôt en anglais, parfois en hébreu et incorpore des séquences hip-hop ainsi que des mix inspirés du registre traditionnel de la musique tsigane. Socalled, accompagné de son séquenceur, nous déballe l’enrobage de sa musique klezmer à même un solo de machine. Et tous contemplent la machine comme un membre du groupe.
De la musique hébraïque slave montréalaise. N’est-ce pas le plus beau mélange? Ça vient personnellement interpeller mon imaginaire. Et me remettre en images mes beaux jours passés en Bulgarie et en Macédoine, dans la péninsule balkanique.
Ce juif anglo-montréalais est un personnage qui donne beaucoup en spectacle et on y ressent un souci de sa part à transmettre sa passion musicale par son interaction avec le public. Je suis repartie de ce spectacle gratuit en plein centre-ville avec des réflexions en tête, dont l’importance de cette hybridité des cultures dans la musique montréalaise. Ça ne fait qu’enrichir la qualité du continuum musical que nous avons ici depuis quelques années. Bref, tout ce spectacle n’était que de l’ashkénaze au sommet de sa forme. Socalled est définitivement un artisan qui a su créer du nouveau. J’attends un prochain album avec impatience.
***
Caroline Lévesque









