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Publié par le 6 sept, 2012 dans Théâtre | commentaires

Soirée électorale et lancement de saison [Théâtre Aux Écuries]

Illustration: Julie Doucet

Décidément, on n’a pas fini de parler du Théâtre Aux Écuries !

Comment concilier soirée électorale et lancement de saison théâtrale ? Et bien, les Écuries nous ont proposé une solution des plus intégrées : on amalgame politique et théâtre dans une formule à la fois efficace, partisane et terriblement drôle. La politique incarnée par une bande de joyeux (et compétents) lurons composée des membres de la programmation et de l’administration ; le théâtre comme tribune pour déconstruire le discours politique suivant une formule à mi-chemin entre l’improvisation théâtrale et le micro ouvert, où le suivi des résultats par circonscription pourrait faire pâlir Radio Canada de jalousie. Bref une soirée en deux parties avec un cabaret politique mené par Guillaume Tremblay et donnant la parole à plusieurs invités. Parce que le théâtre est un lieu qui possède historiquement une charge politique. Parce que la parole exposée, pour être profonde, doit aller au-delà du simple divertissement.

Qui aura déjà suivi des lancements de saison sait pertinemment qu’une soirée de ce type, et bien c’est long. Parfois jusqu’à la saturation. Aux Écuries, non seulement la formule de était drôle et inattendue, mais en plus ils ont fait fort : c’était court. Pas le temps de niaiser, l’annonce de la saison n’était pas surchargée ni en powerpoint fastidieux ni en discours protocolaires soporifiques. Pas d’invités aux discours trainant en longueur, mais plutôt des tableaux d’invités faisant bonne figure (voir un peu tapisserie parfois). Non, la saison des Écuries a été envisagée comme un programme politique en plusieurs points, formule point form synthétique pour aborder des questions de fond et les grandes tendances:

  • La sécurité : enfin une signalisation digne de ce nom aux Écuries !
  • Les ressources naturelles et l’environnement : un fanzine magnifique tout en papier recyclé qui accueille les spectateurs de cette soirée electhéâtrale;
  • Le droit de mourir dans la dignité….et de renaître (sous d’autres formes éventuellement) : Hamlet est mort. Gravité zéro, création du Théâtre de Pacotille abordera les conflits intergénérationnels . Hamlet est mort, mais pas tant. Un autre monstre, Nosferatu, un spectacle interdit aux mauviettes mis en scène par Denis Athimon et Julien Mellano (Bob Théâtre) et qui dépoussière la célèbre et inquiétante figure pour une version en théâtre d’objets à mourir de rire;
  • Affirmer notre identité : Mommy d’Olivier Choinière, une pièce qui promet son pesant de peanuts. Car Mommy c’est Maman, la sacro-sainte, zombie qui revient se venger des vivants en déterrant par la même occasion des vieilles idées sur des valeurs, la culture, la nation;
  • Valorisation des relations interprovinciales et défense de la langue française : Bliss version anglaise de la pièce Félicité d’Olivier Choinière, mise en scène de Steven McCarthy, qui réinterprète quelques contes de dieux et de monstres en français et en anglais. Une sorte de cohabitation heureuse et surréaliste entre francophones et anglophones
  • Recherche et développement : la création aux Écuries est un sujet prioritaire, à traiter avec maints égards et toute l’attention d’un bureau administratif et d’une équipe de programmation dignes de ce nom. Trois créations ont été présentées, aux noms évocateurs et délicieusement morbides (car bien entendu, nous, on n’a pas peur) : « J’arrive en morceaux dans 10 valises ». Nous ne parlons pas ici d’un certain Magnota, mais plutôt de la démarche artistique de Catherine Cédilot qui donne à 10 metteurs en scène l’occasion de la manipuler (avec son consentement cependant) en réinterprétant le recueil de textes J’arrive de Guillaume Van Roberge. Les grands-mères mortes de Karine Sauvé et Ceci est un meurtre par le groupe Endoscope: d’autres  créations dont le titre est à prendre au 2e degré (bien sur) qui donnent envie de se déplacer.

Quelques varias plus tard, la soirée électorale a débuté. Guillaume Tremblay s’était pour l’occasion entouré d’un expert cravaté à la cigarette ostentatoire qui commentait exagérément les résultats (enfin, quand il ne regardait pas des vidéos de lol-cat). On nous a également dévoilé le côté obscur de ces élections : la conspiration d’évasion spatiale ou d’invasion extraterrestre sponsorisée par certains partis ou le secret beauté de Pauline et de son visage ferme, à savoir des plongées régulières dans sa glacière portative. Essentiel. Format grandiloquent et deuxième degré partisan, non sans oublier l’humour. Parce que l’humour a toujours été un signe d’intelligence et parce que les intervenants qui se sont succédé sur scène avaient des choses à dire. Et ils les ont bien dites. Parfois quelques longueurs sont venues décourager les plus volatiles trop pressés d’aller scruter les résultats annoncés au compte-goutte, mais globalement le format a plu. Et le récit de Marcel Dubois, lu par Hubert Lemire en cultivateur de navet qui écrit à l’ex-Premier Ministre Charest en le menaçant de passer sous la moissonneuse batteuse 3 ministres de son gouvernement s’il ne vient pas dans son trou paumé voir comment vivent les agriculteurs éloignés de Montréal, avait tout d’un triste conte moderne aux allures de diatribe contre les oligopoles de la grande distribution. Un récit partisan, brillamment rédigé, incarné par une conviction sans failles.

Bref, une soirée qui a donné la parole à la culture, aux lettres, au théâtre, ces enfants mal-aimés des budgets gouvernementaux. Parce que, quoi de mieux pour illustrer les multiples rebondissements du monde politique, les petitesses de ses intervenants, la vacuité de certaines promesses que de bons acteurs sur une scène ? Au moins, on est soulagé : hier ça n’était (presque) que du théâtre.

Site du Théâtre Aux Écuries 

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Aurélie Suberchicot



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