Taste of Body (Shen Ti De Zi Wei) – Wang Fan
2012 / Couleur / 52 min Chine – USA
La danse moderne est connue et pratiquée depuis peu en Chine, comparativement à sa longue histoire en Occident. Cette forme de danse privilégie l’expression personnelle et le refus des codes, ce qui contraste avec la tradition chinoise qui se fonde plutôt sur la danse en groupe et l’uniformité.
Réalisé par la danseuse et cinéaste Wang Fan, le très intéressant documentaire Taste of Body jette un regard sur ce choc culturel. Il suit un atelier donné par le réputé chorégraphe américain Tere O’Connor aux danseurs de la Beijing Modern Dance Company.
Techniquement, le film a parfois des airs d’amateurisme ou de vidéo maison. Le son est souvent mauvais, les images, parfois floues et le montage, chaotique. Un choix visiblement assumé par la réalisatrice : nous sommes dans un environnement brut d’expérimentation, encore très loin de la scène.
Il n’y a pas non plus de trame narrative au documentaire. On alterne plutôt entre des discussions sur la création et le travail des danseurs pendant l’atelier. Ce refus de la narration est en plein accord avec le travail de Tere O’Connor, qui évite d’imposer son regard à une oeuvre. Il la laisse plutôt suivre son propre chemin et donne ensuite au spectateur le rôle de l’interpréter et d’y donner un sens.
Si la forme de Taste of Body fait écho au travail d’O’Connor, il n’en demeure pas moins qu’on nous initie à une thèse, illustrée par les danseurs et leurs interactions. Et ce travail des danseurs auquel on assiste m’a semblé un peu hermétique pour qui n’aurait jamais fait de danse.
Le spectateur néophyte verra-t-il l’incapacité d’un danseur à se détacher des mouvements déjà appris? Sera-t-il surpris par un mouvement qui va dramatiquement à l’encontre de ce que le mouvement précédent appelait? Verra-t-il la différence entre le danseur qui reproduit exactement, et l’autre, qui change quelques détails au mouvement pour se l’approprier? C’est pourtant là que se cache une grande partie de ce qui a été vécu par les danseurs pendant l’atelier.
Et c’est ce qui me semble le plus intéressant du documentaire: assister à la lutte intérieure des danseurs qui cherchent à comprendre et à incarner une nouvelle façon de danser.
Un documentaire à voir, donc, mais en connaissance de cause.
La fiche du film sur le site du FFM2012
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Dominique Charron








