EllesXXx [Zone Homa 2012]
Il est bien de voir au théâtre des pièces portant sur des problématiques qui touchent spécifiquement les femmes. La Zone Homa présentait jeudi dernier Elles XXx, une création théâtrale des jeunes comédiennes Marie-Pier Labrecque et Mylène Mackay.
Elles ont commencé la pièce en se présentant comme étant un couple de lesbiennes, en leur vrai nom de comédiennes. Des femmes aux cheveux blond-platine, minces, grandes, plantureuses, séduisantes, aux mouvements et déhanchements provocateurs et affriolants. D’un seul coup, les rires qui avaient débuté dans la salle se sont étouffés. Il y avait sur scène un spectacle aux tournures pornographiques. Les deux filles se sont mises à gémir, à s’embrasser langoureusement et à se caresser mutuellement, tout en révélant à la salle les préférences sexuelles de l’une et de l’autre avec un ton très crû. Je me disais bêtement que le public allait sans doute aimer la pièce d’un point de vue « esthétique ».
Elles ont enchaîné la deuxième scène en étalant en moins de cinq minutes les plus gros préjugés populaires entourant le féminisme. Tout le monde riait dans la salle. Bien sûr, tout cela était fait sur un ton humoristique; on le réalisait rapidement à voir la panoplie de personnages féminins absurdes interprétés par les deux comédiennes.
Quand on parle de féminisme et de problématiques féministes en général, je suis aux premiers rangs. Je me suis longtemps impliquée dans une organisation de femmes, et j’ai même contribué à lancer un collectif féministe. Disons juste que c’est mon sujet de prédilection…
Il y a dans cette pièce des dénonciations multiples. Par exemple, les femmes étant en colère contre elles-mêmes et leurs réactions vis-à-vis du machisme. Ou celles qui sont jalouses des autres filles ou de leurs amies. Bref, on y parle d’un manque de solidarité. On comprend que cette pièce est une ode au féminisme. J’étais donc charmée qu’on traite de ce sujet sur scène, dans une perspective artistique en plus. Mais j’étais toutefois sur mes gardes. En fait, je ressentais plusieurs malaises qui revenaient de manière cyclique et je tentais parfois de capter le regard de l’amie qui m’accompagnait ce soir-là pour voir si elle avait aussi ce genre de sentiment désagréable.
Il y a dans cette pièce autant de dénonciations que vivent les femmes d’ici, et celles d’ailleurs, et on juxtapose systématiquement les problématiques des femmes occidentales et celles des femmes orientales. Plus précisément celles du Moyen-Orient. En effet, il a une scène au ton ironique sur « comment se fabriquer une burqa avec un sac-poubelle ». On y avance alors que les « burqas se répandent au Québec avec l’arrivée des femmes du Moyen-Orient ». La burqa fabriquée avec un sac de vidanges résiste à « toutes les claques et les coups de poing ». Aïe! C’est plutôt ça qui fait mal… J’ai cru qu’on pointait du doigt un discours d’intolérance. Mais, je me trompais…
Je me suis dès lors demandé si tout le traitement des sujets de la pièce est un éditorial de la part des comédiennes et auteures et si, en général, elles sont à l’aise avec tout ce qu’elles disent. Pour les comédiennes, même le port du voile semble problématique. Le théâtre peut brasser les choses et remettre en question certains enjeux sociaux. D’où son rôle d’acteur politique direct dans une société. Toutefois, la manière d’aborder un sujet est, à mon avis, tout aussi importante pour ne pas tomber dans l’intolérance.
Elles soulèvent aussi le problème des femmes actrices qui vieillissent (devant le meilleur public pour passer ce message, celui-ci étant formé le soir de la représentation de comédiens et de comédiennes). Elles viennent alors briser un tabou dans le milieu théâtral au Québec. Comme quoi il est plus facile d’être un homme acteur et de vieillir. Même que cela ajouterait une certaine crédibilité au jeu. Un moment fort de la pièce, ce sujet de l’angoisse de vieillir.
Par contre, je trouve que les personnages féminins mis en scène dans Elles XXx manquent d’intelligence. Elles sont constituées principalement de jeunes femmes écervelées qui ne pensent qu’à leur image. Oui, il y a là-dedans une critique directe. Mais il me semble que ce n’est pas représentatif d’une diversité de rôles féminins dans une société? Et si je m’avance plus loin : pourquoi rire et s’en prendre instantanément à cette catégorie de femmes obsédées par l’image et la minceur? Il me semble que tout cela est bien trop facile… N’est-ce pas plutôt un symptôme d’un système beaucoup plus complexe et global? C’est envers ce système (le patriarcat) qu’on devrait se braquer…
Avec la pièce Elles XXx, on s’attaque à coup de hache à la superficialité pour faire ressortir des angoisses sous l’artifice. La pièce est hautement captivante, malgré les ambigüités dans le traitement du propos. Comme quoi le théâtre fait mûrir la réflexion…
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Caroline Lévesque






