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Publié par le 23 août, 2012 dans Théâtre | commentaires

Sorel-Tracy: une histoire de magouillage municipal [Zone Homa]

Crédit: Laurence Dauphinais

Mardi soir, j’assistais à ma première mise en lecture d’un texte dramatique. Moi qui raffole du théâtre, j’avais un petit malaise avec le fait de ne pas savoir vraiment comment allait se dérouler ce genre de soirée et surtout, quelle était concrètement l’idée derrière cet événement.

C’est un banc d’essai, un test pour voir où nous en sommes rendus dans le travail

nous dit Emmanuel Reichenbach, l’auteur de la future pièce qui sera présentée au Théâtre d’Aujourd’hui en février 2013. C’est une manière d’être alimenté par le public, de recevoir la critique afin d’enrichir le texte et de le modifier au besoin. Quelques minutes avant que les cinq comédiens se placent devant leur lutrin respectif, leur texte sous les yeux, j’ai discuté un peu avec Guillaume Cyr, qui interprète le personnage principal de la pièce. Il m’a mise en contexte, m’a dit que pour lui, c’est un tout nouveau texte qu’il n’avait pas encore pris le temps d’apprivoiser pour mieux se l’approprier. Il avait commencé à le lire deux jours avant cette soirée organisée dans le cadre de la Zone Homa. Mais rien de cela n’a paru.

Dès les premières lignes, j’ai été charmée par le ton du texte et je suis entrée assez rapidement dans l’univers qu’on nous lisait. C’est une pièce ancrée dans l’actualité. On y traite de l’administration municipale d’une ville fictive (Sorel-Tracy) en place depuis vingt ans et en pleine période électorale. Le maire Boivin et son équipe composée de son bras droit, du directeur et de la nouvelle secrétaire usent de toutes les stratégies pour atteindre un Saint-Graal maintes fois obtenu : le pouvoir. Toutes les composantes de l’administration municipale de ma ville natale, Laval, étaient étalées devant moi… Il ne me restait plus qu’à m’en délecter et rire nonchalamment dans ma barbe.

Cette pièce est une belle critique des stratégies de communications et des relations de pouvoir entre les différents intervenants politiques. Et ces jeux de coulisses, il y en a aussi au sein même de l’équipe de la mairie. Comme quoi le système est loin d’être parfait. Et au bout du compte, qui cette élection dessert-elle?

Ce texte dramatique est venu personnellement m’interpeler par ses composantes politiques et communicationnelles. J’ai quand même étudié dans le domaine, et j’ai aussi pensé un jour (le temps d’un court instant, je m’en confesse) entrer dans les coulisses du système électoral traditionnel avec un poste d’attachée politique. Mais rien de cela ne fut.

On voit que Reichenbach a longuement observé la classe politique pour en faire une parodie qui ne s’éloigne aucunement de la réalité des élections municipales « clé en main » comme on en retrouve beaucoup dans les municipalités du Québec. Et c’est ce qui fait que l’on rit jaune, car trop d’éléments entendus dans le texte réfèrent à des scènes du quotidien. Il y a dans ces écrits une grande recherche : l’auteur s’est questionné sur les relations publiques, et on ressent des influences théoriques de Edward Bernays avec son livre Propaganda. Et puis, avec le personnage de cet artiste ténébreux qui visite la mairie pour un projet qui viendrait mettre en valeur un maire qui déchoit de ses fonctions à vue d’oeil, il y a tous ces questionnements sur le langage. On y comprend que l’individu en général est assujetti à la langue qui possède ses propres lois de fonctionnement, et qu’il n’est pas libre de l’utiliser comme bon lui semble, car il y a des règles à respecter au niveau de la syntaxe et de la grammaire. La structure est alors comme une prison, et on ne peut pas parler en dehors de ses paramètres… Le pouvoir se retrouve donc aussi dans le langage : il est le droit, la loi, l’État, la violence.

Guillaume Cyr est complètement hilarant dans le rôle du maire Boivin. Il a le charisme d’un monarque absolu, macho, phallocrate, et autoritaire. À travers chaque personnage hautement stéréotypé (même le personnage de l’artiste est une caricature sur deux pattes!), il y une critique acerbe et une «écoeurantite » de cette classe dominante qui ne remettra jamais en doute ses propres privilèges et intérêts.

L’amorce dans l’interprétation des comédiens lors de la mise en lecture de Sorel-Tracy mettait en valeur le penchant humoristique du texte. J’ai somme toute beaucoup d’attentes envers la future mise en scène de cette pièce de théâtre qui est une création du Théâtre Sans Domicile Fixe. Pour un « banc d’essai », ça en était un sacré bon.

***

Caroline Lévesque



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