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Publié par le 12 août, 2012 dans Littérature | commentaires

Le Christ obèse [Larry Tremblay]

*Ce texte divulgue certains éléments cruciaux de l’histoire, libre à vous de poursuivre la lecture. 

Edgar se recueille sur la tombe de sa mère lorsqu’il entend d’étranges bruits. Il réalise qu’il s’agit d’une personne qui se fait attaquer par quatre « chevaliers de l’Apocalyspe », comme il les nommera. Il veut  venir en aide à cette personne en détresse, mais une bouteille de bière vole tout près de sa tête. Comme il craint de s’être fait repérer, il fuit et revient sur la tombe de la défunte. De peur de tomber sur les quatre personnes, il attend et finit par s’endormir là. À son réveil, il se remémore ce qu’il a vu et revient sur le lieu du crime où il trouve une jeune fille au visage tuméfié, à qui on a fait subir des atrocités. Sur un coup de tête, il décide de la ramener chez lui. D’être son sauveur, en quelque sorte.

Edgar vit seul dans la maison où il a été élevé avec sa mère. Celle-ci est décédée quelques mois auparavant et il tente de vivre son deuil le mieux possible. Adulte, mais toujours caché sous les jupes de sa maman qui le dominait totalement, il s’ouvre peu au monde et est un homme esseulé et complexe. Taraudé par diverses questions relatives à son enfance et sa relation symbiotique avec sa génitrice – son père est décédé très jeune et sa mère a complètement effacé jusqu’à la dernière trace de l’existence de ce dernier – il est en constante réflexion et nous partage ses interrogations tout au long de ce bien étrange bouquin. La décision de ramener cette jeune femme avec lui nous apparaît d’autant plus bizarre lorsqu’on apprend tous ces détails.

Commence alors une histoire bien particulière entre cette femme – qui s’avérera un homme – et Edgar. Relation de codépendance, rôle de dominé et de dominant, mais que tous deux s’échangent à un moment ou un autre. Edgar est pour lui à la fois un sauveur, un père, un enfant, un tortionnaire, un ami, un étranger. Il va nommer son convalescent « Jean » en l’honneur de sa mère qui aimait le pape Jean XXIII. Il va aussi le soigne, le nourrir, le panser, le baigner, bref fera tout pour le sauver d’une mort à peu près certaine. Doucement, une routine va s’installer et Edgar va s’habituer à la présence de Jean, et même l’apprécier. Jusqu’à ce qu’elle devienne nécessaire. Pendant ce temps, continuera à se questionner sur sa vie, ses choix, son passé. Une situation particulière lui en apprendra un peu plus sur sa mère et ce fameux père disparu. Et aussi sur l’agression de Jean.

Cette situation absurde culminera en évènements tragiques. Personnage déjà hautement instable émotivement, Edgar plongera aussi dans une forme de délire où des images de sa mère et du Christ se superposeront au visage de Jean. Il se mettra à perdre le fil de ses actes: a-t-il lui-même agressé Jean? Était-ce réel ces quatre personnages qui ont attaqué cet homme ou est-ce le fruit de son imagination? Tout au long du récit, on sera ballotté entre le côté rationnel et renfermé d’Edgar et son autre versant, un comportement nettement plus délirant et impulsif. Décrite avec une certaine froideur, l’histoire ne nous permet pas d’empathie ni vraiment de compréhension envers ce personnage tellement étrange et ses actions difficilement explicables. Et cette ambiance de huis clos étouffante…

Petite plaquette qui se lit d’un bout à l’autre, parce qu’on est avide de comprendre l’évolution des deux personnages, de décortiquer ce mystère grandissant autour, non seulement de Jean, mais aussi de la mère. Une histoire dans laquelle on n’est jamais à l’aise, où l’on se sent pris dans un tourbillon infernal et dont on ne veut pas nécessairement savoir l’issue, car plus tout avance et plus il nous paraît évident que ça ne finira pas dans la joie. Lecture fascinante, mais plutôt  lourde et même parfois pénible parce que dérangée et dérangeante. J’en sors avec la même impression que lorsque j’ai vu les pièces de théâtre écrites par l’auteur (j’ai vu Le Ventriloque et Abraham Lincoln va au théâtre): légèrement déboussolée, me questionnant sur l’être humain, sur la fine ligne entre folie et raison, sur ce qui nous pousse à agir, ce qui nous détermine comme personne, sur nos fantômes. Un univers qui m’a fait un peu penser aux thématiques que chérit Amélie Nothomb.

Une lecture introspective, un passage du théâtre au roman tout à fait réussi.

Une entrevue avec Larry Tremblay

À propos de Myriam Daguzan-Bernier


Myriam est fondatrice et rédactrice en chef de Ma Mère Etait Hipster. Pigiste à temps complet, vous pouvez la lire chez BRBR et chez Châtelaine. Elle est également gestionnaire de communauté pour l'émission LIRE à ICI ARTV et édimestre pour Châtelaine. Dans ses temps libres (ça existe ça?) rien ne la rend plus heureuse que de passer des heures à fouiner sur le web pour dénicher plein de choses: musique, art, projets, bouffe, nouveautés, etc. Bref, vous ne la trouverez jamais loin d'un ordinateur ou de son téléphone un ti-peu intelligent.



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