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Publié par le 11 août, 2012 dans Théâtre | commentaires

Winnebago [Théâtre - Zone Homa]

Le mot « winnebago » évoque pour moi les vacances à Virginia Beach avec mes grands-parents lorsque j’étais enfant. Des souvenirs tout roses. La pièce Winnebago du jeune auteur Maxime Carbonneau raconte elle aussi des histoires de famille, mais dans une ambiance beaucoup plus « white trash ».

Résumé de la pièce:

Ça commence. L’élastique est tiré.
Deux frères s’échouent en ponton au pied d’un barrage sous une canopée de pylônes dans un monde étranger. Le pays s’annonce vaste, le cooler est vide. Les frères attendent leur mère partie au Truck-Stop rejoindre Jason qui lui avait donné rendez-vous des siècles plus tôt. Les frères attendent. Une roche est pitchée d’un slingshot. Une roche qui leur parvient comme une invasion. Rien ne pourra demeurer. Un barbecue s’allume, un Gatorade se renverse. La rencontre aura lieu. Les choses meurent vite ici.

Un univers white-trash de barrage hydro-électrique, de Jimmy(s) et de Kevin(s).
Un récit sur l’oubli, sur ce qu’on doit tuer de soi au contact de l’Autre.
Sur le ratage inévitable que sont les rencontres.

La mère venue rejoindre son grand amour dans le truck-stop d’une petite ville oubliée; elle est prête à patienter aussi longtemps qu’il le faudra. Pendant ce temps, ses fils l’attendent dans le winnebago. Ils ont faim et ont peur. Une relation fusionnelle les unit, un amour trouble entre les deux jeunes garçons. Il y a aussi la squaw – magnifiquement interprétée par Sophie Desmarais- qui tombera amoureuse d’un des fils partis à la quête de nourriture. On retrouve aussi Jimmy, entiché de la squaw, chef de la bande des Jimmy (s), petit caïd de la ville qui croisera la mère et s’amourachera d’elle. Un road trip durant lequel on a arrêté d’avancer, on a cessé de fuir pour être confronté à soi-même.

Une histoire sur fond d’apocalypse racontée dans une langue franche et pleine de poésie, qui se termine dans la tristesse et la douleur de la mort. Une pièce sur la quête de l’amour, de la liberté et sur le renoncement. Plusieurs thèmes et récits s’entremêlent, il en devient même difficile de résumer la pièce. Il y a tellement d’éléments que j’en suis venue à me demander de quoi parlait exactement la pièce, à chercher le sujet central. Tous les thèmes sont clairement expliqués, le problème vient du fait qu’il y en a trop, beaucoup trop. Et qu’aucun d’eux n’est exploité à sa juste valeur, enlevant ainsi de la force à la pièce qui part dans toutes les directions.

On a envie d’en savoir plus, de mieux connaitre les protagonistes, de les approfondir. Découvrir l’histoire d’amour de la mère, comprendre sa quête de liberté, sa vie avec ses fils. Jamais nous ne saurons qui était réellement ce grand amour. Creuser davantage le personnage de Jimmy qu’on aime détester et qui semble renfermer une telle complexité. La gentille brute, à la fois enfant et homme à la sexualité ambigüe. On aimerait aussi aller au fond de la relation entre les deux frères, comprendre les zones d’ombres de ces garçons qui ne semblent avoir connu que leur mère et le fameux « winnebago ».

La pièce de Maxime Carbonneau renferme des histoires et des propos intéressants, de beaux personnages qu’on ne fait malheureusement qu’effleurer, ce qui m’a laissée sur ma faim. J’ai aimé la poésie, bien maitrisée, de son texte. Je me suis attachée à ses personnages et j’ai eu envie de me plonger davantage dans son vaste univers.

Vous savez quand tous les éléments d’une bonne recette sont là, mais que le gâteau ne lève pas. C’est exactement l’impression que j’ai eue en sortant de la salle, tout était là pour faire une pièce de théâtre captivante,  par contre il manquait de cohésion dans tout ça, empêchant l’histoire de s’élever.

***

Marianne Renaud



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