Vivisection [Cisko C - Matt Dunhill]
Glénat, 2011
Théo assiste à la troisième union de sa soeur en deux ans et y découvre une demoiselle qui pourrait, lui semble-t-il, être la femme de sa vie. Par contre, il découvre bien vite que celle-ci est en fait sa cousine… qui n’a que 15 ans. S’ensuivent diverses discussions et réflexions avec ses ami(e)s, mais surtout en tête-à-tête avec lui-même. Le sujet de cet album est réellement un prétexte à l’exploration sur l’être humain et, entre autres, la biologie vue par le truchement de Théo – microbiologiste de formation – domaine qu’il applique à différents événements qui surviennent pendant la réception, mais aussi pour analyser des souvenirs qui lui passeront par la tête au courant de la soirée.
La bd débute d’ailleurs sur deux vues en écorchés du corps de Théo, avec les descriptions des muscles et des os. Petite explication sur ce qu’est une cellule, mise en bouche pour expliquer tout le branle-bas de combat qui se passe dans le corps humain en général, mais surtout dans la tête de Théo qui vient d’apercevoir la fameuse Claire, l’objet de ses fantasmes. Déboussolé, il ne sait trop s’il doit l’aborder ou non. Et, vraisemblablement, l’attirance est réciproque.
Les ami(e)s sont mitigés: certains pensent qu’il n’est pas permis de séduire un(e) cousin(e), d’autres disent que ça ne change rien. Théo est pris entre les deux et s’ajoute à cela la crainte d’être jugé… par sa mère. Cette peur sera l’occasion pour le dessinateur de transformer la maman de Théo en différents monstres terrifiants avec lequel ce dernier doit se battre – métaphoriquement – comme une épreuve à surmonter pour obtenir sa liberté. Moitié fantasmé et moitié réel, le récit se déroule donc sur à peine quelques heures pendant lesquelles se mélangent souvenirs, réflexions sur l’amitié, l’amour, le désir. Bref, sur l’être humain comme machine sentimentale complexe.
Le dessin noir et blanc a quelque chose de très gamin et juvénile: les bouilles des personnages sont caricaturales, les traits de crayon sont vifs, dynamiques, très géométriques. Il y a beaucoup de détails, une réelle minutie dans la description des différentes scènes. Les envolées fictives permettent de jolis délires visuels. Par exemple lorsque Théo nous ramène à l’époque de son secondaire, où il nous raconte ses premiers fantasmes avec sa professeure de biologie. On le voit alors tout petit et épinglé sur une table de dissection – comme les petits animaux qu’il disséquait en classe – face à cette géante biologiste qui lui demande d’être bien gentil et de ne pas bouger. On imagine le reste….
La BD porte bien son titre: on effectue bel et bien une « vivisection » sur le personnage de Théo qui se retrouve ainsi scruté à la loupe et décortiqué autant par la plume du scénariste que le crayon du dessinateur. J’ai bien aimé cette bande dessinée vivante et sympathique, et malgré que ce ne soit pas nécessairement un album mémorable, on y passe tout de même même un joli moment en compagnie d’un personnage charmant aux questions bien humaines.
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