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Publié par le 30 juil, 2012 dans Littérature | commentaires

Le Phyto-analyste [Bertrand Busson]

Le phyto-analyste

Éditions Marchand de feuilles, 2012

« Quel livre étrange » commente Josée Lapointe dans son article dans La Presse. Et, en effet, c’est le moins qu’on puisse dire.

D’abord, il est difficile de décrire exactement ce qui se passe dans ce roman, ou plutôt ce « thriller botanique ». Le personnage principal, prédestiné à aimer les plantes, s’appelle Germain Tzaricot. Il a été élevé par un papa botaniste qui lui appris tout ce qu’il sait sur ces végétaux. Tout au long du livre d’ailleurs, Tzaricot ponctuera les différents événements de plusieurs phrases prononcées par son paternel alors qu’il était encore vivant. L’histoire commence donc sur une triste découverte: toutes ses plantes sont mortes et la pourriture se répand à vue d’oeil dans son laboratoire. La première hypothèse est complètement farfelue (bien qu’on verra bien d’autres éléments saugrenus au courant du récit). Tzaricot croit que la pourriture pourrait peut-être venir de l’odeur nauséabonde du barman qui tient le bar où se retrouvent quotidiennement le chercheur et quelques amis. Mais malgré un kidnapping d’une nuit, le temps de donner un solide bain au puant personnage, Tzaricot se rend à l’évidence que la pourriture qui prend de plus en plus de place ne vient définitivement pas de là.

Commence alors une vraie enquête où l’on découvrira que la pourriture vient en fait d’une drogue: le nucléaire, une substance verte lumineuse que les junkies s’arrachent. Tzaricot devra trouver qui se cache derrière ce complot, car il réalisera rapidement qu’il est le centre de cette problématique. Et aussi qu’il est dans un état assez critique. En effet, on a changé son coeur à son insu en le remplaçant  par… un chou-fleur. Il y aura éventuellement d’autres enlèvements, beaucoup de bagarres, et bien des éléments loufoques à venir.

Lorsque j’ai feuilleté le bouquin en librairie, j’ai d’abord pensé à Rosa Candida qui, je vous le confirme, n’a rien à voir avec ce bouquin. Sinon, l’amour de la botanique. On est à des miles de l’aspect contemplatif de ce roman qui, lui aussi, est très singulier, mais dans un tout autre registre. Avec Le Phyto-analyste, on ne sait jamais tout à fait où l’on s’en va. C’est touffu, chargé, tant au niveau du déroulement de l’histoire que du style littéraire. Il y a de la métaphore à foison, tout est propice à la surenchère. On est parfois un peu essoufflé, mais cela ne nous arrête pas dans notre lecture pour autant. Il y a toujours un rebondissement, un événement étrange qui se passe et, par-dessus tout, on aimerait bien arriver à connaître le fin de mot de ce récit disjoncté où histoire de drogue côtoie manufacture de condiments, où les plantes utilisent des codes binaires pour envoyer des messages et où l’on procède à des transplantations de légumes dans un corps humain. Vraiment vraiment particulier.

J’ai franchement bien aimé ce bouquin. En plus des références multiples qu’il contient (à ce sujet, je suis assez fanatique des lexiques, j’avoue que j’aurais aimé en avoir un à la fin du livre), on plonge dans une histoire qui, à mon avis, aurait un fort potentiel pour être illustrée en bande dessinée. En fait, tout au long de ma lecture, j’avais des images de vieux Batman. Je voyais des couleurs éclatantes et les bagarres me semblaient tellement improbables par moment que j’avais souvent en tête les phylactères remplis d’onomatopées comme Wham! Bam! et j’en passe. Le roman m’a aussi fait penser à Ceci n’est pas une histoire de dragon aux Éditions de Ta Mère, avec un côté très éclaté et tordu, de même qu’un suspense improbable et des rebondissements fulgurants. Par contre, je trouve la base du Phyto-analyste beaucoup plus solide et l’ensemble tient mieux la route.

Un auteur vraiment intrigant que je remercie de ne pas avoir freiné sa folie créatrice, même si on ne sait pas toujours où finira cette histoire rocambolesque. Il y a de temps à autre de petits clichés bien sentis, mais ils nous font simplement un peu sourire plutôt que râler. On sent une volonté d’exploration qui est la bienvenue et qu’il faut simplement accepter de faire entrer chez soi, sans trop se poser de questions. Une lecture dont on sort le sourire en coin, un peu perdu quand même, mais avec des tonnes d’ images, d’odeurs et de textures en tête. Un cabinet de curiosités sous forme romanesque, en quelque sorte.

Note: la couverture de ce livre est vraiment très belle. 

Une entrevue avec l’auteur Bertrand Busson:



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